Chez les Finntoks

À poil et à vapeur

emoji-sauna_f

À écouter

 

À lire

J´ai 16 ans, je suis au festival des Vieilles Charrues, je campe et après avoir tenu 3 jours sans me laver je décide de rejoindre la longue file d´attente pour les uniques douches du site. Au bout de 45 minutes arrive enfin mon tour, je jubile en poussant la porte et là quelle n´est pas ma surprise en découvrant une dizaine de femmes nues et mousseuses. Quoi ? pas de rideau pour respecter les bons usages ? Je suis très gênée mais l´envie de me décrasser l´emporte sur l´incongruité de la situation. Premier contact avec la nudité collective ! Des années plus tard, en Finlande, j´ai découvert qu´on peut être nu.e sans être confus.e. Le sauna est l´endroit sacré où règne la nudité. J´avais déjà essayé en France, après une séance d´escalade ou dans un hôtel classe mais toujours avec mon maillot de bain. Et quand on goûte au sauna sans tissu, on ne peut plus revenir en arrière. C´est un délice de pouvoir suer sans lycra comme barrière. Les pores respirent, évacuent stress, sel, alcool parfois sans qu´on marine dans son jus. Et puis surtout, c´est l´immense barrière sociale qui s´écroule. Comme si les vêtements représentaient notre dignité. En France, on relie la plupart du temps la nudité au sexe et c´est souvent sale voire honteux. Bouh ! Chez les Finntoks, on se désape sans complexe sans pour autant sentir sur nous des regards lubriques. On n´en fait pas tout un plat, c´est tout. Nu.e comme un ver, je suis complètement vulnérable mais comme les Finlandais sont habitués depuis enfant à cette pratique, ils sont très respectueux voire indifférents. D´ailleurs, au début, ca me dérangeait de dévoiler mes charmes si régulièrement à mon amoureux. Je redoutais qu´il se lasse et que je perde tout intérêt sensuel. Bon, la plupart du temps, le sauna est une pièce très sombre mais quand je sors en plein jour, car c´est quand même génial comme sensation d´aller ensuite nu.e dans le jardin, j´expose cellulite, poils, cicatrices et boutons. Mais finalement, je le vis bien, c´est libérateur de se rappeler qu´on est tous nés à poil et qu´on ne doit pas rougir de notre corps. J ai redécouvert que cette envelope que je trimballe depuis 32 ans ne suscite pas que ou le désir ou la gêne. Quand je vais à la piscine municipale, on déambule dévêtu.e.s dans les vestiaires. J´entends déjà les remarques outrées “quelle bande de pervers !”. Attention, ce n´est pas non plus Woodstock, femmes et hommes sont séparés. Seuls les petits garcons ont droit d´accéder au gynécée et je me demande d´ailleurs s´ils réalisent leur privilège ! C´est tellement plus pratique de pouvoir se balader à poil, pas besoin de retenir sa serviette d´une main pendant que l´autre porte le savon ou le bébé. Et puis, il y a un magnifique échantillon de la gente feminine. Finie le classement maigre/grosse. Dans les vestiaires de la piscine, il y a des hanches généreuses, des seins comme des noisettes, des ventres gélatineux, des fesses rebondies, des poitrines fatiguées, des pubis glabres et de toutes les couleurs. J´avoue, j´observe ! Ces corps nus me fascinent. Sûrement parce que j´en ai rarement vus alors je me rattrape ! Peut-être que si je vivais depuis 10 ans en Finlande, je serai complètement indifférente. Si adolescente j´avais pu baigner dans cette ambiance, ca m´aurait sûrement évité pas mal de complexes. J´aurai pu avoir d´autres exemples que ceux retouchés des magazines. Mes parents n´ont jamais condamné la nudité, je prenais des bains avec mon frère et ma soeur. Je ne souviens pas qu´on m´ait dit de cacher ma « chachou” comme s´il s´agissait d´un furoncle. Mais en dehors de la maison, je n´avais pas vraiment l´occasion de côtoyer la nudité. Même aux cours de danse, chacune se tortillait dans son coin pour enfiler son tutu sans que les autres filles apercoivent un bout de fesse. Quand même, je trouve ca dommage de mettre tant de pression sur un petit corps de sept ans. Apparemment, c´est moins codifié chez les garcons, pour peu qu´ils fassent du foot ou autre sport collectif, ils connaissent les douches collectives et s´offusquent moins de se découvrir en public. Je pense que chaque écolier finlandais fréquente la piscine chaque semaine pendant au moins cinq ans et peuvent donc voir des centaines de corps différents ! Alors oui certain.e.s se comparent sûrement mais d´autres se disent qu´ils ne sont pas si mal foutu.e.s. Je m´imagine, jeune Finlandaise, me disant que plus tard, je pourrai devenir comme cette femme ou celle-ci. Je réalise que 90-60-90 n´est pas très courant et franchement je me sens libérée, délivrée ! Alors, moi je dis tous à poil…mais en toute bienveillance évidemment.

1 réflexion au sujet de “À poil et à vapeur”

  1. Mais tellement!! Aimons-nous, fesses molles ou musclées, seins vergeturés ou lisses, avec ou sans forme, stop à la compétition, oui à l’affection. Vive l’hétérogénéité de nos corps, vive nos différences.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s