Dites ouïe !

Non, c’est non

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A écouter

A lire

Un petit mot, si court et tellement puissant. Ma nièce de trois ans l’adore et moi j’admire comme elle le prononce : « c’est franc, sans appel ». J’aime son air décidé. Alors je m’en inspire. Bon, pour elle c’est sa manière de se construire son identité et pour moi…euh c’est pareil en fait ! J’ai juste paumé 30 ans ! Je l’ai boudé ce mot ou alors juste murmuré du bout des lèvres. Moi, je voulais être cool, la fille pas chiante alors refuser c’était pas dans mon programme. J’ai beaucoup usé du « je sais pas », souvent je voulais dire « non » mais ça laissait une porte ouverte, un truc un peu mystérieux. Aujourd’hui, j’apprends à le (re)dire : « NON ». Il est joli finalement, quand je le vois écrit ça me fait penser à une balle de ping-pong entre deux raquettes, un truc qui rebondit mais qui ne sort pas du cadre. Y a un joli « o » tout en rondeur qui se pose entre deux « n » droits et décidés. Le prononcer c’est pas une condamnation en fait. Comme je le disais dans HELP ! on a souvent peur de ce petit mot. Peur de le sortir comme s’il était brûlant et peur de se le prendre dans la face comme un mur. Renoncer c’est fort. Y a des gens qui sont angoissés quand il faut choisir alors ils disent « oui » à tout. Y a même un nouveau syndrome, FOMO quelque chose, qui est la peur de rater un évènement. Les gens veulent tout faire, leur week-end est rempli de vernissage, concerts, marché aux puces, apéro avec untel, resto avec unetelle. Au boulot, ils sont surchargés mais ils acceptent de rester plus tard ce soir, de regarder des mails chez eux, de prendre le dossier du collègue en arrêt. Ils ne disent jamais « non » parce qu’ils craignent de louper des choses ou d’être jugés. Pour moi, le « non » est devenu un copain. Celui qui m’aide à poser mes limites. Je vois bien que certains sont déroutés. Comme j’ai accepté tout un tas de trucs pendant des années voire des décennies, ils me demandent plus par habitude, pour la forme presque sans écouter ma réponse. Alors quand je refuse, c’est le drame. D’abord la surprise, puis l’incompréhension et enfin la déception. Ils me rétorquent « t’as changé » ou se rassurent en pensant que c’est une crise passagère et que je vais redevenir comme avant. Alors, j’enfonce le clou qui les vexe et moi me libère : « oui je suis en train de changer et non je ne serai plus comme avant ». C’est le principe du changement. Certains ne me croient pas parce qu’ils me connaissent mieux que quiconque « mouais, elle dit « non » mais elle ne sait pas ce qu’elle veut ». Alors si, justement je sais de plus en plus ! Je le répète donc aux sceptiques jusqu’à ce qu’ils se rappellent de leur tendre enfance quand l’autorité disait « non, tu ne traverses pas sans moi », « non, tu n’iras pas en disco », « non, tu n’auras pas de mob ». Ah frustration quand tu nous étreins… Moi aussi, ça me déroute mais qu’est-ce que je me sens bien. J’ai l’impression de (re)venir à ma place, d’être le summum de moi-même ! Je refuse pour mieux accepter en réalité. En avouant à voix haute que je n’ai pas envie ou de faire ci ou ça, je libère de l’espace pour faire ce que je désire réellement. Que tous ceux et celles qui ont rêvé de refuser le bonbon dégueu de leur grand-tante lèvent la main ! Combien sommes-nous à avoir hypocritement accepté l’invitation du collègue qu’on peut pas piffrer ? Il ne s’agit pas de devenir méchant mais vrai. Ou peut-être qu’en vrai, on est méchant. Si cet adjectif s’applique quand on est honnête et qu’on respecte ses désirs alors moi je suis une grosse méchante, vilaine même ! C’est normal de préférer certaines activités à d’autres. Choisir de lire un bon bouquin plutôt que d’accompagner les copains en boîte ne fait pas de moi un loser. Refuser d’aller à la kermesse de mes petits-enfants ne veut pas dire que je suis un monstre. Ça paraît hyper compliqué mais en fait c’est vraiment très simple…quand on sait ce qu’on veut ! Ce qui était loin d’être mon cas. Avant, quand on me sollicitait, j’étais prise au dépourvu, j’avais envie de répondre vite pour coller à mon image de nana efficace. Maintenant que je me connais mieux, et que donc je sais que je ne suis pas efficace, je prends le temps pour répondre. J’ai le droit à ça aussi, le droit de dire « écoute, là j’ai plein de choses qui me traversent l’esprit, je dois sortir la quiche du four, regonfler mon pneu puis aller chercher mes enfants au judo, donc je te répondrai plutôt demain. » ou encore « je suis pas bien sûre, je médite et je te rappelle ? ». Et puis, je réalise que changer d’avis n’est pas interdit non plus, ça ne fait pas de moi une instable ou si d’ailleurs, ça fait de moi une instable mais c’est pas un crime. Parfois, à vouloir faire style je suis tellement sûre de moi que je peux répondre avant même que t’aies posé la question, je me plante. Je regrette : « qu’est-ce que j’ai pas envie d’aller à son anniversaire en fait… », « j’aurais jamais dû accepter de l’aider à déménager, j’ai le dos en vrac » etc. Des choses qu’on a tous ressenti alors pourquoi s’obstiner à dire « oui » à tout va ? Parce qu’on est jeunes, cool, fun ! Parce que « ça s’fait pas », j’adore cette expression souvent sortie par des personnes d’un certain âge qui vivent encore 40 ans en arrière, ceux qui répètent « c’était mieux avant » en brandissant leur smartphone pour acheter un robot multi-fonctions en ligne. Comme disait MC Solaar : « les temps changent » et puis on a tous nos travers alors arrêtons de faire semblant. Ce que j’aime aussi c’est expliquer pourquoi « non », je me dois de rassurer mon interlocuteur qui immédiatement se sent pris en faute. « Elle a refusé, j’y crois pas. J’ai fait quelque chose de travers ? Elle m’en veut pour la dernière fois, c’est sûr… ». Et allez, le petit vélo dans la tête se met à pédaler ! L’être humain est vraiment doué pour l’auto-flagellation. La vie, ça peut être simple si on prend la peine d’écouter : « Je n’ai pas envie de sortir parce que je suis fatiguée », « Je ne mangerai pas ton pot-au-feu parce que je suis végétarien ». Franchement, je ne vois pas la légitimité d’un « oui, mais » dans ces exemples. Quand c’est « non », c’est « non » ! J’ai tout à fait le droit de marmonner « bouh c’est nul » et de pleurer mais je dois respecter ce que l’autre décide. Et puis alors, moi j’adore dire « oui » depuis que je le dis en toute honnêteté, je trouve qu’il sonne vraiment mieux. « Oui, allons chez tes parents. Oh ouiiiiiiiii ! C’est une chouette idée, oui. ». Et maintenant, qui veut jouer à ni oui, ni non ?!

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