Dites ouïe !

C’est celui qui dit, qui y est

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Plus je grandis, plus mon enfance me manque. Ça fait un bout de temps que je rabâche « c’est quand même mieux d’être adulte, regarde on a plein de liberté et on se connaît mieux ». Je fuis les puérils, houspille les gamins, me moque des enfantins. Je reproche à mes semblables de rêvasser, de traînasser, d’hésiter. Je dis souvent « c’est bon, faut grandir à un moment » ou encore « je suis pas ta mère » pour bien insister sur le fait qu’on est grands , responsables et sérieux. Mais tellement chiants… Je réalise que si j’ai ce regard critique c’est que je suis jalouse. « Aujourd’hui, je saisis ma chance. Tu vas retrouver ton enfance ». Moi aussi j’ai envie d’être une gamine ! De manger des chips après le dîner, de parler aux cailloux, de grimper aux arbres et de faire des gâteaux tous les jours. T’es sur terre depuis à peine deux ans qu’on te dit déjà : « ça, c’est pour les bébés, t’es un grand toi ». Franchement, oui c’est un bébé et c’est pas une insulte pour autant. La pub bébé Cadum c’était y a 60 ans et c’est devenu l’insulte suprême dans les cours de récré. On s’étonne des poussées de croissance : « ils grandissent tellement vite » ! A force de leur dire « bientôt, tu seras grand.e », ils obéissent, c’est qu’ils veulent pas s’attirer les foudres des tout-puissants. C’est vrai quoi, un adulte a toujours raison et fait tout ça « pour ton bien ». C’est le monde à l’envers, ils ont rien demandé ces chérubins, on les fait venir parfois même avec obstination et ensuite c’est comme si on leur faisait payer un droit d’être vivant. « Je t’ai pas créé.e pour que tu t’amuses, que ce soit bien clair. Y a des règles pour être ici. J’ai pas pu marcher pendant 10 jours après ta naissance alors tu vas pas me soûler avec tes envies de glace ». Mais arrêtons le massacre ! Si y a bien une chose qu’on a tous en commun c’est des souvenirs d’enfance au goût de miel. Même ceux qui ont été brimés, enfermés, violés conservent des souvenirs ensoleillés de châteaux de sable, de goûter avec des copains, d’animal imaginaire. Pourquoi quand on est adultes, on continue à faire des anniversaires déguisés, on chante dans les karaokés et on va à Disney ? Je ne voulais pas de robe de mariée traditionnelle, blanche avec une longue traîne. Je l’ai prise courte et rouge, on ne fait pas plus contradictoire ! Je trouvais ça niais mais aujourd’hui je comprends pourquoi des tas de filles et de garçons se mettent sur leur 31. Pour une fois, pour un jour, ça choque personne qu’ils déambulent en roi et reine. Ils jouent comme quand ils étaient petits à être les plus beaux et ce jour-là, beaucoup jouent aussi à être dans leur cour. L’enterrement de vie de jeune est prétexte à refaire une soirée pyjama ou à s’affronter déguisés en sumos. J’dis ça, j’dis rien ! Ça interpelle personne qu’on se prenne des murges pour oser à nouveau marcher à quatre pattes, pleurer comme un bébé ou faire des bisous aux inconnus ? Parce que quand on est enfant, au moins, on a le droit, brièvement certes, d’exprimer nos émotions, de hurler nos besoins, d’afficher nos contradictions. L’enfant, il a le droit de dire « toi, je t’aime, toi je t’aime pas », on accepte qu’il pleure fort puis qu’il rie aux éclats 5 minutes après, ça nous amuse même. Je me demande si on ne fait pas des enfants pour prolonger cet enfant intérieur qu’on a fait taire du genre moi j’ai plus droit aux sucettes, au père Noël et à un doudou donc je vais permettre à un autre être d’accéder à ça. Un acte très généreux en somme. Sauf que le parent oublie comme il a été dérouté quand à sept ans on lui a dit « arrête de faire l’enfant » et comme il a été malheureux de devoir renoncer à cette partie de lui-même à la majorité et il reproduit la même chose. Simples hypothèses car je n’ai pas d’enfant mais j’y songe, j’observe et j’aime me poser des questions. Pourquoi des adultes nostalgiques de leur enfance refuse celle de leur progéniture ? . Genre, je t’ai donné la vie mais attention c’est moi qui décide ce qu’elle sera. Fais pas ci, fais pas ça, patati et patata ! Mais si on n’avait pas été enfant, on serait pas là ! On loue l’innocence des bébés mais on ne se gêne pas pour insulter l’autre parent devant lui, on montre fièrement les dessins de notre enfant mais on s’autorise à lui dire « c’est joli tout plein mais tu deviendras pas artiste toi !», on envie leur capacité à s’endormir partout alors on se sent tout puissant pour les réveiller parce que c’est l’heure, on est bluffé par la grâce et l’oreille musicale de nos bambins et on les oblige à passer des concours, à travailler le solfège chaque soir à heure fixe histoire d’optimiser leur don, on leur construit une super cabane dans l’arbre mais on leur dit « non, hors de question de dormir dedans ce soir » tellement on est envieux. C’est pas un peu pervers tout ça ? Y aurait pas de la revanche dans l’air ? L’enfance est magnifiée mais comme si c’était trop beau pour être vrai, faut que ça passe vite. On les veut « sages comme des images » alors qu’on sait pertinemment qu’un enfant déborde, éclate, rebondit, colorie la vie. Alors, petit à petit, ils n’aspirent qu’à une chose, c’est grandir et les adultes veulent rajeunir, y a pas un malentendu ? Il y a plein de trucs chanmé quand on est adulte comme la sodomie, le crédit, le daïquiri mais qui a dit qu’il fallait redonner ses jouets, sa spontanéité ou son imagination ? Donner c’est donner, reprendre c’est volé ! Est-ce que être adulte justement c’est pas décider sérieusement et raisonnablement d’accepter sa part d’enfant ? Il faudrait étirer cette douce période sur la durée plutôt que d’étirer les petits vers le haut. Pendant une douzaine d’années, on a un peu le droit de jouer, après on en prend pour environ 70 ans à se tenir bien droit et éventuellement après ça, on a re le droit de s’amuser sous le couvert de la démence. Enfance puis démence…et entre temps c’est quoi ? Déliquescence ?! Alors, on dirait que je serais présidente et voici mon programme :

le droit de conserver son passeport d’enfant quand on passe la frontière d’adulte

le droit de faire une marelle entre collègues

le droit de changer de vêtements plusieurs fois par jour si ça nous chante

le droit de jouer à touche-pipi si ça nous fait du bien

le droit de péter et roter en public sans être jeter au cachot de la honte

le droit d’ aller faire ses courses en robe de mariée

le droit de bouder

le devoir d’être franc et direct

le devoir d’exprimer ses besoins et de demander de l’aide aux autres

le devoir de communiquer ses sentiments

le devoir de crier très fort quand on a peur ou mal et quand on est en colère

le devoir de dormir et manger juste quand le besoin s’en fait sentir

le devoir de s’amuser

Qui dit mieux ?!

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