Dites ouïe !

C’est grave docteur ?

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A écouter

 

A lire

Quand j’étais plus jeune, on disait de moi que j’avais toujours « un pet de travers ». C’est vrai, je me plaignais souvent de douleurs, de maux par-ci, par-là. J’ai été élevée aux Dafalgan et Spasfon. Je ne blâme pas mes parents, je suis sûre qu’ils faisaient de leur mieux avec ce qu’ils avaient à portée de mains. Et puis, c’était joli ces pilules rouges, blanches, roses. Pas si différentes des smarties et car-en-sac ! J’avais donc assimilé que dès qu’il y avait douleur, il y avait une solution. Pourtant, sur le long terme, ça ne passait pas. « Arrête de faire ton intéressante ! T’es vraiment une p’tite nature. Toujours un truc qui va pas chez toi. ». Alors oui, peut-être que certaines fois, je me tordais en deux pour ne pas aller à l’école et plutôt rester au chaud avec maman, j’avoue j’ai certainement exagéré un instant fébrile pour louper le contrôle de math et même adulte, j’ai sûrement simulé pour lire des bédés au lieu de classer des papiers. Le problème à force, c’est qu’on ne me croyait plus, on me prenait pour une hypocondriaque. Mes règles étaient douloureuses ? « Ben c’est comme ça, c’est l’jeu ma pauv’Lucette ». En gros, t’as un utérus donc t’assume. Moi, je gobais médocs et conseils. J’avais une foi inébranlable en la médecine. D’ailleurs, un jour, j’ai vu un endocrinologue, pas celui qui dompte les crinières ou qui étudie les crimes mais le spécialiste des hormones, et il m’a dit : « vous, vous aurez des difficultés à avoir des enfants » comme ça l’air de rien, comme s’il me disait « prenez rendez-vous avec mon secrétariat ». Je l’ai cru. Je lui ai même pas demandé pourquoi, et d’abord de quel droit il affirmait ça sereinement. Je l’ai cru, parce qu’il avait plein de diplômes. Et puis, pourquoi il aurait dit ça si c’était pas vrai. Bon, il aurait pu prendre des gants (de velours) pour annoncer à une jeune femme de 22 ans qu’elle n’était pas comme la plupart mais c’est un autre débat. Et il avait raison, 5 ans plus tard, on m’annonce que j’ai une endométriose. Aujourd’hui, les gens connaissent de plus en plus le mot mais à l’époque ça sonnait vraiment grave. Faut dire que c’est de la famille des tumeurs. TUMEUR ?! Non, c’est pas mortel a priori, on a « juste » des règles ultra douloureuses (« Ouais, ça fait 12 ans que j’vous l’dis ! ») et des difficultés à faire des bébés. En gros, la maladie qui te fait haïr être femme. Donc, sur le coup, je m’en remets aussi aux blouses blanches, je ne cherche pas plus loin que le bout de mon néné. La faute aux gènes, à « pas d’chance » (si on le retrouve un jour celui-là, sûr qu’il va passer un mauvais quart d’heure !), « ça touche quand même 10 % des femmes » me lance la gynéco. « Ouf, me voilà rassurée, je ne suis pas si anormale alors. ». Et puis, pas d’inquiétude, ça se traite très bien, il suffit de prendre un traitement hormonal pour stopper les règles ou être enceinte. Bon, à ce moment, il n’y a pas vraiment de potentiel père devant ma porte donc j’opte pour la pilule en continu. Je vois même les avantages : « plus ce satané sang tous les mois, libéréee, délivréee ! ». Après tout, pourquoi se prendre la tête quand la médecine moderne s’occupe de nous ? Quatre ans plus tard avec envie de procréer, coïts énamourés, anesthésie générale, caméra dans le nombril, passage de karsher, réveil choquant, danses nuptiales, espoir de fertilité, règles maudites, douleurs, insémination, espoir, FIV, espoir, réalité, douleurs…j’ai décidé de me pencher sur la question. Après tout, on a accès à des tonnes de livres, recherches scientifiques, selon les statistiques, ma voisine, la boulangère, la maîtresse de mon neveu l’ont aussi donc pourquoi ne pas en discuter. J’ai commencé à regarder des vidéos, faut pas trop traîner sur le net non plus car c’est des coups à se rendre à l’hôpital en larmes en implorant « Soignez-moi, vite ! ». J’ai comme dézoomé…de ma douleur…de l’infertilité…des médias. D’abord, j’ai accepté un truc primordial : « ce n’est pas de ma faute si je suis malade ». Oui parce que même si c’était facile d’accuser les gènes, moi je préférais m’auto-flageller, mes parents en prenaient aussi pour leur grade. En fait, ça faisait des années que j’essayais de trouver le ou les coupables. C’est toujours comme ça quand y a un truc pas clair, on cherche c’est la faute à qui. « Au feu, la maison brûle ! Bordel de merde, qui a encore laissé le gaz allumé ? ». Sauve qui peut ! Quand on ne fait que chercher le coupable, on rumine, on fulmine, on accumule colère, frustration, rancœur et ça, c’est prouvé, ça ne guérit pas, même pire. Alors, j’ai recueilli pas d’chance  et surtout j’ai arrêté d’être une victime, fini la pauvre petite malheureuse qu’il faut plaindre. C’est pas parce que je suis malade que les gens vont me laisser leur place dans le bus, porter mes courses ou m’offrir des pains au chocolat dans la rue. Sauf si je crie « HELP ! » éventuellement, mais pas parce que je suis habituée des hostos. Plutôt que de m’apitoyer sur mon sort « Tu vois pas que je souffre ? J’aurai jamais d’enfants bouh ! ». Plutôt que de faire la guerrière « Oui j’ai une essoreuse dans le bas ventre 10 jours par mois mais je vis bien. L’infertilité ? Oh, c’est pas pire que la féodalité. ». Aujourd’hui, je fais un constat : j’ai une maladie qui a des conséquences et des remèdes. Acceptation : OK. Un sacré pas ! Et puis le deuxième passage qui s’est imposé à moi c’est : « je vais guérir ». Même si les « pontes » disent qu’on a ça à vie, qu’on s’en sort avec un traitement hormonal en continu, et puis à un moment on peut aussi retirer ce qui gêne : utérus, ovaires et tout le tin-touin ! Moi je garde tout, même ce qui est fébrile, même le vilain petit canard, la brebis galeuse ! Et puis, je veux pas censurer mon corps, s’il doit saigner chaque mois, libre à lui. Y a pas de raison que je puisse pas m’auto-guérir. Quand je me coupe le doigt en préparant la soupe, la blessure cicatrise, quand je me casse une jambe au ski, les os se remettent… Il ne s’agit pas d’aller au fond de la forêt, de faire des incantations et d’attendre que ça passe. Je ne renie personne, j’écoute les différents avis et je fais le tri. Je me sers de la médecine moderne à la pointe, je fréquente les blouses blanches. Et surtout j’écoute mon corps car il n’y a que lui en mesure de me donner la température, les signaux, les symptômes. Je fais confiance à mon intuition aussi. Je plonge en moi pour essayer de comprendre car je suis persuadée que les « pets d’travers », comme on dit dans ma famille, ont beaucoup à m’enseigner sur moi-même. Je reviens à la base : l’alimentation. Comment j’ai pu ingérer tous ces médocs, ces produits industriels, ces cocktails pendant des années tout en me plaignant de mes intestins ? Je pensais être une personne un tant soit peu intelligente mais je ne réfléchissais pas du tout, je ne respectais pas mon corps. C’était moins fatiguant de se coller devant TF1 avec un paquet de chips plutôt que de feuilleter un essai en buvant une soupe maison. Je ne prône pas la vie monacale pour autant, j’aime aussi les excès mais maintenant je sens rapidement d’où vient le mal. Et puis, c’est pas sorcier, comme dirait Jamy, de changer d’habitudes. Peut-être qu’avant, j’avais pas vraiment envie d’aller mieux. Ça me paraissait un effort surhumain, c’était plus facile de m’en remettre aux savants. « Les ostéopathes, psychothérapeutes, acupuncteurs, énergéticiennes, kinésiologues machins…ils sont un peu perchés non ? Franchement, j’y crois pas. Et puis ça coûte cher tout ça, alors que la sécu, elle couvre frais d’hospitalisation, comprimés et béquilles. » Une chose est sûre, aujourd’hui je suis prête, je reprends les rennes. Je me donne les moyens, je préfère investir sur le long terme plutôt que de colmater les fuites à bout de bras. Je m’en vais soigner mon PETIT CORPS MALADE.

Chère endométriose,

tu as vu de la lumière et tu es entrée,

je comprends que tu te sois installée dans mon corps,

je t’ai bien alimentée ces dernières années

je commençais même à m’habituer.

Mais il va falloir songer à t’en aller,

parce que tu me fatigues en fait et tu me fais douiller.

Reprends tes couic et tes claques

Assez squatté mon canapé douillet

Faut que tu fasses de la place

Y a PLAISIR et VIE qui veulent emménager.

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