A méditer !

Vivement la retraite

Nouvelle image

A écouter

A lire

Il y a deux mois, j’ai fait un séjour en mode avion sans passer par la case aéroport. Je suis allée à 60km de chez moi dans un petit village, une copine, partie très loin, elle en avion, m’avait prêté son nid. L’idée était de déconnecter et de me retrouver seule avec moi-même plusieurs jours. Quand j’ai parlé de « retraite », certains ont eu peur. Ce mot, on l’entend tous les jours : « Chantal fête son départ à la retraite ! » ou encore « Ça t’embête pas de pas cotiser pour ta retraite ? » mais quand j’annonce « je fais une retraite » alors que j’ai 33 ans, certains sont sceptiques. J’ai pensé à aller dans un monastère mais ça m’a semblé trop austère, à aller camper dans les bois mais il fait beaucoup trop froid, à prendre une chambre d’hôtel vue sur mer, mais je n’ai pas les moyens. J’avais envie d’un endroit où je ne connais personne, où tout est à découvrir, où je me sens en sécurité et confortablement installée. Je suis donc partie, en prévenant mes proches, car à notre époque si on ne répond pas à un sms dans les cinq heures, ça devient louche. J’ai aussi dit où j’allais pour atténuer d’éventuelles inquiétudes : « non, je ne fugue pas ! ». Mon programme est très simple : éteindre mon portable, débrancher le réveil et continuer à vivre. M’autoriser une pause dans la course à la production. Je ne renonce pas à me laver, ni à manger, au contraire, je le fais en étant présente et pas en guettant une vidéo sur whatsapp ou en me dépêchant parce que je suis en retard. Dans ce séjour, il n’y a pas de retard puisqu’il n’ y a pas d’horaires. Seulement mon horloge biologique, la plus difficile à suivre mais celle qui me connaît le mieux. Est-ce que j’ai vraiment faim ou c’est parce que je m’ennuie ? Là, est la question… L’idée n’est pas non plus de me replier sur moi-même, je dirais même plus : je me déploie comme la fleur qui sent le printemps approcher. J’occupe tout l’espace. Me reposer, dormir quand j’en ai envie sont en tête de liste mais j’ai besoin de mouvement. Alors, je sors, je me balade au gré du vent. Le soleil brille et m’accueille. Je suis la petite rivière qui traverse le village, ça m’apaise. Je repense à cette chanson que fredonnait ma grand-mère quand j’étais petite : « ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive, elle court comme un ruisseau que les enfants poursuivent… ». Je me sens légère et joyeuse. J’entends une conversation étouffée comme un poste de radio en sourdine et je réalise que c’est le bruit de l’eau quand elle s’emballe et qu’elle rencontre des grosses pierres. J’essaie de décoder le message. J’entends aussi des hirondelles, c’est fou à cette époque, c’est trop tôt ! Mais je chasse gentiment cette pensée : ne pas juger, juste apprécier. J’oublie qu’on est le 21 janvier 2019 dans le Morbihan. Je me fonds dans la nature. J’admire ces grands arbres moussus, toujours droits malgré les tempêtes et cet étang tranquille. Je me penche comme Narcisse et je souris de découvrir un autre monde qui ondule, le ciel à mes pieds. Je croise des joggers, les écouteurs dans les oreilles, peut-être qu’ils sont d’ici et qu’ils ont déjà tout regardés, peut-être qu’ils sont pressés parce qu’ils n’ont que 45 minutes de pause déjeuner. J’aime le bruit que fait le bois quand je marche sur le pont, j’aime les ponts d’ailleurs, je trouve ça tellement poétique. En dessous, l’eau poursuit sa danse et moi je lévite sans la troubler. Je rencontre des ânes qui broutent imperturbables et des moutons noirs qui ont l’air plutôt bien dans leurs sabots même s’ils sont marginaux. Je pénètre dans un sous-bois, je joue avec les rayons du soleil, je ne veux pas les perdre complètement parce qu’il fait froid et humide. Toute cette activité hydraulique, ça m’a donné envie de faire pipi alors je me soulage sur les feuilles mortes. C’est infiniment plus agréable de pouvoir admirer l’horizon, sentir l’air frais sur mes fesses plutôt qu’une lunette en plastique et un parfum entêtant de brise marine. J’envie les hommes qui peuvent le faire facilement dehors et j’en connais beaucoup d’ailleurs qui préfèrent les bosquets aux cabinets ! Peut-être encore une histoire de conquête territoriale ou un simple besoin primitif. Je me souviens, en Finlande, je faisais pipi sur la neige et la vapeur me faisait rire. Je longe une voie ferrée, un train me dépasse à grande vitesse et me rappelle le monde moderne dans lequel je vis. Je me sens comme Jacquouille la fripouille dans Les Visiteurs !Je jubile de marcher à pas lents pendant que cette machine infernale avale les kilomètres. Je me réjouis de me dire que je peux monter à bord si j’ai envie de parcourir le monde ou continuer à cheminer. Tout est possible. Je réalise que je ne pourrais pas faire une boucle , il faudra rebrousser chemin. Je n’ai jamais aimé faire ça, comme relire un livre  ou retravailler mes textes. C’est comme si ça me coûtait de revenir sur mes pas, comme si je voulais conserver le premier jet. Ça fait écho à ce que je vis : décider de laisser le passé derrière moi, avancer coûte que coûte et ne pas me retourner comme Orphée. Alors je comprends que parfois, il faut accepter que tout n’est pas réglé. Je pourrais continuer à avancer mais je serai vite fatiguée et peut-être perdue. Non, il faut que je reparte d’où je viens. Loin de m’ennuyer, je découvre le paysage d’un autre œil, le soleil me chauffe à présent l’autre côté. Certes, je reconnais le chemin, mais mille détails m’avaient échappé. Alors que deux heures plus tôt, j’avançais vers l’inconnu, je rentre vers un lieu familier. Mon regard, tous mes sens sont enrichis de nouveauté. J’approche pas à pas la civilisation : des joueurs de boules apprécient le climat printanier, ils rient et s’encouragent. Un univers très masculin où la polaire sans manches semble être l’uniforme de rigueur ! Je souris de les voir si joyeux juste en lançant une boule en métal. Est-ce qu’ils rêvaient à cet instant quinze ans plus tôt assis sur leur tracteur, devant leur ordinateur ou penché sur leur patient ? Je ne saurai dire mais ils ont l’air d’apprécier leur retraite. Je poursuis la mienne encore trois jours. Il ne s’agit pas d’oublier mes soucis, ils sont encore tous là. Parfois, un plus impatient se pointe et je lui explique calmement que c’est pas encore le moment que je m’occupe de lui. Le monde continue de tourner apparemment donc j’ai bien fait de m’offrir cette pause. Il y a sûrement des sms non lus, des notifications qui clignotent, des mails qui s’impatientent mais le soleil se lève toujours chaque matin, la vie semble suivre son cours. Des gens se promènent au marché et je n’entends aucune rumeur sur mon absence. Je la savoure encore plus et je me dis que tout ce bien-être accumulé, je le saupoudrerai sur ma vie quotidienne et quand le moment viendra, je repartirai en retraite…même si je n’ai pas encore tous mes trimestres. Et vous, c’est pour quand ?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s