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Home sweet home

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J’ai souvent critiqué les gens qui ont des messages tout faits inscrits sur les murs de leur intérieur. Bien souvent en anglais comme si ça donnait un petit côté exotique. Je me croyais mieux parce que moi j’affichais de la déco personnalisée et originale. Aujourd’hui, je réalise que le plus important c’est de se sentir bien chez soi. Pendant des mois, je n’ai pas eu de chez moi. Je n’étais pas franchement à plaindre parce que mes grands-parents m‘ hébergeaient, mes parents m’invitaient, des amis me proposaient leur canapé. Loin d’être à la rue, j’aurais dû être rassurée. Et puis, ça me permettait d’économiser le peu d’argent que je gagnais puisque toutes ces personnes m’accueillaient gracieusement. Pourtant, je perdais l’équilibre, j’aspirais à avoir mon chez moi, je ne trouvais pas le sommeil. Je rêvais d’avoir la clé de mon intérieur. Ça devenait pour moi une obsession, la quête d’un Graal. Je m’accusais d’être trop impatiente. Pourquoi me mettre en danger financièrement alors que d’autres sont ravis de m’avoir comme Tanguy ? Pourquoi cette urgence alors que certains sont beaucoup moins bien lotis que moi ? Même ceux qui n’ont jamais appris l’anglais connaissent ces trois mots : « home sweet home ». La douceur d’un chez soi. La sécurité de sa maison. Alors, je suis partie en croisade. C’est presque ça de nos jours quand on est considéré comme précaire, c’est la croix et la bannière pour avoir un toit. J’étais déjà pas bien assurée de ma décision que les obstacles se sont dressés. « Vous ne gagnez pas assez. Qui va payer votre loyer ? Pas d’ boulot, pas d’dodo ! ». J’ai commencé à flipper. Trouver un travail et après un toit ? C’est quoi le plus important là maintenant pour moi ? Je sens que chercher un logement relève de la course à l’emploi. Je dois faire mes preuves, que mon curriculum vivable sorte du lot. Les bailleurs ne sont pas des gens qui manquent de sommeil, ce sont des gens qui veulent confier leurs murs à d’honnêtes citoyens. En plus de prouver que je suis « dynamique et motivée», il faut aussi assurer que je serai rigoureuse, respectueuse et fidèle. Je dois être irréprochable et aussi m’engager sur le long terme car les propriétaires, comme les employeurs, n’aiment pas changer de candidat tous les quatre matins. Bref, ce qui devait être un pas vers la sérénité s’annonce rude. Je finis tout de même par la trouver ma casba. Comme beaucoup d’exceptions qui confirment les règles, j’ai rencontré des propriétaires humains, conscients de la réalité et confiants. Des gens qui ont peut-être été eux aussi dans la galère ou qui observent leurs propres enfants, de ceux qui se mettent à la place des gens au lieu de focaliser sur leur porte-monnaie. Et la porte s’est ouverte… J’ai enfin ma clé ! Un lieu rien qu’à moi, d’où je peux crier « cabane » et me sentir en sécurité. Plusieurs portes, fenêtres que je peux ouvrir et fermer à ma guise. Le droit de laisser traîner un verre huit jours sur la table. La possibilité de faire le ménage dès que l’envie s’en fait ressentir. Et puis, il y a aussi mes meubles à moi, mes objets. J’ouvre des cartons qui se lamentaient depuis des années, je dépoussière, trie, jette, j’achète…je m’installe. Un étonnement demeure : je ne me pensais pas si matérialiste, je croyais être capable de me détacher de ces futilités. Et l’euphorie l’emporte : des morceaux de ma vie, des bouts de voyages, des mots d’amour virevoltent dans mon nouveau 45m2 ! J’ai voulu tout mettre, recouvrir ces murs immaculés de l’abondance de mon existence. De la couleur, de la chaleur, des senteurs. Mon nid où chaque chose a sa place et me raconte une histoire. Même la ronde des sigles (Si Molière savait !) n’entache pas ma bonne humeur. Je jongle joyeusement avec CAF, EDF, APL, FSL. J’ai vécu dans 14 lieux différents en 33 ans. Je me suis toujours définie comme une « déracinée » ou encore « citoyenne du monde » posant mes valises et créant mon cocon avec aisance. Je suis allée vivre à des milliers de kilomètres de la France finger in the nose mais c’est comme si j’avais un fil à la patte, ou plutôt un élastique. J’ai testé sa résistance pendant des années et je me suis tellement éloignée en forçant que l’élastique m’a ramenée très vite au point de départ. Et parfois, ça claque sur la peau et ça surprend. Aujourd’hui, j’en suis consciente, je ne rejette pas l’expatriation mais je ne veux plus vivre le séant entre deux continents. Cette fois, il y a quelque chose de différent. J’ai trouvé un port auquel m’attacher. Aujourd’hui, je choisis la France et je m’autorise à m’enraciner parce que je n’ai plus besoin de me démarquer en habitant dans des pays qu’on ne sait même pas placer sur des cartes. La forêt de Brocéliande est aussi mystérieuse que le cercle polaire, le Golfe du Morbihan vaut bien les 188 000 lacs de Finlande. Comme ils disent : « la Bretagne, ça vous gagne ». Je sens que cette terre me rappelle, que j’ai beaucoup de belles choses à vivre ici. Peut-être qu’un jour, je serai tellement bien dans mes baskets que mon pays sera dans mon cœur, je le porterai en permanence et je traverserai les épreuves avec sérénité parce que partout où je serai ce sera chez moi. Pour l’instant, j’apprécie la sédentarité. Je me plais en casanière, je creuse mon terrier, je tisse ma toile.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid…

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