Dites ouïe !

Dans une rue de Paname

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J’y suis tellement passée ces dernières années entre deux aéroports. Toujours l’étape obligatoire entre la Finlande et la France, comme si c’était la case départ du Monopoly. Paris, ça m’évoque les contrôles de sécurité, l’attente des bagages, le périph’ encombré, les couloirs surchargés. L’accumulation et la vitesse aussi. Des changements à ne pas manquer, des escalator à grimper, des marches dévalées, des gens bousculés. La dernière fois, c’était pour un grand retour. Je me sentais insignifiante sous le poids des bagages, étape obligatoire entre la Finlande que je fuyais et la Bretagne qui m’accueillait. J’y suis passée sans vouloir y être, j’arpentais les rues parisiennes le corps tiraillé entre le nord et l’ouest. Paris, témoin de mon déchirement. J’y suis donc retournée avec appréhension. A Paris, le temps défile à toute vitesse, les gens vont dans tous les sens et je perds mon rythme. Et pourtant, quand on s’engouffre vers le métro, le temps se suspend, les lumières blafardes me font perdre l’heure, il pourrait être midi ou 2h du mat’. Des gens viennent de se lever, sur certains visages, dans les cernes noires, on devine des nuits blanches. A Paris, on peut totalement se laisser porter, emporté par la foule, déplacé par des tapis roulants mécaniques, transporté par des rames souterraines. Je suffoque d’être sous terre et en même temps je suis fascinée par ce moyen de transport. Quand je foule les trottoirs, j’oublie que sous mes pieds il y a cet ingénieux système. Des taupes creusent leurs galeries dans le sous-sol et déplacent sur leurs dos des milliers de personnes. Je suis souvent passée par Paris pour partir en voyage loin mais Paris, c’est déjà comme visiter plusieurs pays en même temps. Je capte des bribes de chinois, de tchèques, je m’accroche à la sensualité de l’espagnol. Je suis ravie par les couleurs et la diversité : il y a des gens couleur café, des cheveux roses, des yeux bridés, des crêtes peroxydés. Je me demande comment cette femme peut entretenir cette magnifique chevelure blonde dans la pollution et le stress. Je suis toujours fascinée que des gens vivent à Paris, pour moi c’est tellement mouvant que je ne pourrais pas m’y fixer. J’aurais l’impression de dormir dans un wagon de RER. J’admire ceux qui pratiquent la méditation dans cette agitation incessante. Je réalise qu’en « province », comme ils disent, le temps se déroule différemment. J’expérimente pourtant. Je ferme les yeux au milieu d’inconnus les pieds bien ancrés, je respire profondément pour ne pas m’envoler comme un sac plastique. Paris, je suis là. C’est comme une histoire d’amour condensée : en un week-end, j’éprouve passion, dégoût, envie, lassitude. Paris, je t’aime et je te hais. Ici, on peut être dépossédé de sa vie si on se laisse aller. Il suffit de regarder autour de soi pour savoir quoi choisir : le vegan burger de chez Rapidos, la combi-short de Miniprix, la pièce au Théâtre du dos d’âne, une escapade avec Air BurnOut… Tout est écrit, parfois même juste imagé, ça parle mieux au cerveau. Plus besoin de décider, laissez-vous porter et ça va bien se passer. Je me dis que ça doit être épuisant de vivre à Paris quand on veut garder son libre-arbitre. Réussir à être centré sur l’essentiel. Pour moi qui me disperse facilement, ce serait probablement une torture. J’aurais un pied à un vernissage, l’autre dans un concert, un verre de vin à la main, une raquette dans l’autre, la tête au planétarium, les yeux sur le beau gosse qui passe, une narine bouché par la poussière et l’autre envahi par Sephora, la bouche remplie de sushis, nan au kiri et tzatziki. Pas franchement vivable. Même si je suis née dans le 91, je n’ai pas les gènes pour ça. Comment ils font tous les péquenauds qui s’installent à Paris ? Est-ce que la mairie organisent des stages d’adaptation. Maintenant, il y a les stages de déconnexion, est-ce qu’il y a aussi des sessions d’immersion où on habitue les gens en les enfermant dans une cabine chargée de CO2, on leur apprend à tenir debout dans le métro quand il n’y a plus de barres disponibles sans toucher son voisin ? J’arrive au Jardin du Luxembourg et je respire plus amplement. Je suis épatée par ces arbres centenaires, chapeau les gars ! Ils font les malins à Yellowstone mais ils ont quand même des meilleures conditions pour grandir. Mes pupilles frétillent de tant de vert. Un coin sauvegardé. Je suis étonnée que personne n’ait eu l’idée de placarder sa pub sur le tronc du séquoia. Je respire, j’admire. Tout autour est tellement matériel que je me sens Vendredi sur l’île déserte. Ici, les gens marchent lentement, d’autres s’embrassent sur un banc, certains osent même s’endormir comme ça en plein milieu de la capitale. La nature est vraiment puissante. Je capte des chants d’oiseaux, je me recharge. Soulagée, je repars à l’assaut de l’asphalte. Avec un nouveau regard. Paris, c’est un musée à taille humaine. Comment peut-on trouver tant de trésors dans une seule ville ? A chaque coin de rue, je m’émerveille d’une façade, d’une statue, d’une plaque commémorative. De blasée, je passe à enchantée. La Tour Eiffel, si galvaudée, me fait toujours de l’effet. Je me sens si petite à ses pieds. Notre-Dame, magique au bord de l’eau. Les vendeurs de cartes postales anciennes le long de la seine qui rappellent comme Paris inspire les artistes, les gargouilles stoïques face au flot de touristes. Je sens comme une effervescence joyeuse. Paris, la ville de l’amour. Je croise des Américains, des Russes, des Argentins empressés de photographier la plus belle ville du monde pour partager avec ceux qui n’ont pas pu être du voyage. Ils ont économisé des années pour se le payer. Leur enthousiasme me touche. J’oublie le bruit, l’air saturé, les va-et-vient et je plonge dans l’histoire, je me prélasse dans la contemplation.

Paris, tu paries, Paris, que je te kiffe

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