A méditer !

Souviens-toi l’été dernier

peacock-3743692_1920.png

A écouter

A lire

Il m’arrive de me dire :  « l’année dernière à cette heure-ci, je faisais ça ou j’étais là… », des mini flash-back qui servent de bilans. J’ai remarqué que Facebook aime ça aussi, me rappeler ce que je faisais le 11 avril 2018 même si c’était pas franchement exceptionnel. Quand j’y repense, il y a tout juste un an, ma vie était nettement différente. Je vivais à Oulu près de la Laponie finlandaise. Fin mai 2018, il s’est passé quelque chose d’incroyablement déterminant pour moi : j’ai créé un spectacle de théâtre de rue. J’étais à ce moment dans une formation pour créer une entreprise. Au milieux de jeunes Finlandais, je me sentais en décalage. Non pas qu’ils aient été ultra dynamiques mais, eux, ils comprenaient parfaitement ce que disait le formateur et ils se projetaient sûrement mieux que moi. Je crois que j’étais surtout là-bas pour ne pas perdre mes droits au chômage et être immergée dans la langue finnoise. Parfois, souvent, je décrochais, je m’évadais par la pensée. J’ai commencé à écrire des histoires, à imaginer un personnage et très vite j’ai su que j’allais jouer. C’était évident, l’asphalte me réclamait. En cours, ça discutait rétroplanning, plan de financement, et moi je décidais que dans quelques semaines, je serai Jacqueline Rions, une guide touristique déjantée. L’inspiration m’est tombée dessus comme une pluie fine qui finit par nous laisser trempé. J’ai laissé ma créativité faire le boulot. J’avais un texte et un costume. J’ai choisi mon aire de jeu puis j’ai planifié mes fausses visites guidées. Tout au long du processus, il y avait une petite voix, celle que j’appelle l’auto-saboteuse, qui me susurrait des trucs du genre : « T’es folle ! Et si personne ne vient, la honte ! T’as pas autres choses de plus sérieux à faire ? » mais je l’ignorais et j’imprimais des affiches pour être sûre de ne pas revenir en arrière. J’étais à fond dans mon idée poussée par une audace insoupçonnée. Au formateur, j’ai dit : « En ole varmaa että minä haluan oma yrityksen perustaminen.». En gros, « faut que je file, j’ai pestacle ! ». Et je me suis précipitée dans les bras de la rue. Je me répétais ce mantra : « leridiculenetuepasleridiculenetuepasleridiculenetuepasleridiculenetuepas ». Et c’était vrai. Non seulement ça ne m’a pas tuée mais en plus ça m’a réveillée. Des spectateurs sont venus à la première, à la deuxième, à la troisième alors j’en ai fait dix. Certains me demandaient de quoi il s’agissait peu habitués qu’ils étaient aux pitreries sur la voie publique. Ma voix résonnait dans l’atmosphère discrète et allait titiller les stoïques Nordiques. J’en ai agacé certains et amusé d’autres. Mission accomplie ! J’avais rêvé d’amuser la galerie, de susciter des émotions donc je jubilais. J’avais voulu faire du bruit, faire entendre parler de moi et un jour, une journaliste curieuse s’est pointée. Elle a ri. Et elle a écrit plein de belles choses dans un vrai journal. J’étais émue et fière. Mon intuition que cette action pourrait intéresser n’était pas une chimère. Je lisais le cœur battant ce terme de comédienne. Elle ne l’avait pas inventé, je lui avais soufflé. Mais de le lire noir sur blanc et de le dire à des milliers de lecteurs, ça a été quelque chose. J’ai réalisé que je m’étais autorisée à être vraiment moi, un vrai Coming out. J’en voulais encore plus, que ce spectacle improvisé en quelques heures et ce costume récupéré à la croix rouge tourne sur d’autres places, dans d’autres villes. Je voulais bousculer les passants et changer leur vie à jamais. Mais à chaque fin de représentation, l’euphorie laissait la place à l‘épuisement et je me sentais très seule. En optant pour le one-woman show, je n’avais pas de partenaires avec qui débriefer. Malgré les applaudissements, les compliments et les dons, je restais sur ma faim. La boucle était bouclée mais quelque chose ne tournait pas rond. Je n’ai pas cherché à comprendre, j’ai emmagasiné de la fierté et j’ai nourri l’espoir qu’on me rappellerait. Depuis, je suis remontée sur scène avec une intense joie. J’ai ressenti une immense satisfaction d’être regardée et applaudie…et un certain pouvoir. Mais aujourd’hui, ça m’interpelle. D’où me vient ce besoin de me montrer ? Pourquoi faut-il que j’aille brailler sur les pavés plutôt que d’écrire dans un carnet secret ? Est-ce pour attirer l’attention sur moi ? Pour prouver que j’existe ? J’observe ces enfants en forme de points d’interrogation : « Maman, regarde moi ! T’as vu ce que je sais faire papa ? ». Quand je suis en représentation, la petite fille refait surface, elle se fait belle et espère qu’on l’aimera. Comme si les applaudissements étaient des nounours moelleux, des bonbons colorés, des bisous sucrés. Comme si je les provoquais pour me rassurer. Un an après l’été dernier, je réalise que derrière mes envies d’émouvoir les gens et de les faire réfléchir, j’ai un grand besoin de consoler une enfant angoissée et de combler un ego fissuré. Alors quand je serai grande, j’apprendrai l’humilité !

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
je n’ai point de talent, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s