Ondes sensibles

Touchée, calmée

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A écouter

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J’ai des souvenirs de gros chagrins calmés par une caresse sur la tempe, une peur qui s’évanouit quand ma petite main est tenue par une plus grande, un front contre mon front pour soutenir mon désespoir. J’avais l’impression que je savais m’occuper de mon corps. En vérité, j’ai passé des milliers d’heures à arracher des poils ou à percer des points noirs. Je me suis massée oui, avec de la crème anti-cellulite, j’ai beaucoup pincé mes bourrelets, remuer avec dégoût la peau qui pend de mes bras. Je saigne des gencives à force de me brosser les dents avec acharnement comme si je récurais mes WC. Et la tendresse, bordel ?! Défricher, triturer, gratter ça je sais. Aujourd’hui, j’apprends à effleurer, caresser, envelopper, respecter. Il m’arrive encore de la martyriser pour en gommer le trop, pour la rendre soyeuse comme le papier glacé des magazines alors je m’interroge sur mes gestes. J’agis en étant consciente, je la console avec mes mains aimantes. Je comprends ce que veut dire « prendre soin ». Je ne suis pas étonnée que des personnes proposent des « free hugs » dans la rue ou que d’autres s’improvisent câlineuse professionnelle. Je me suis souvent réfugiée dans les bras de ma mère, un nounours ou un oreiller contre mon ventre m’ont parfois apaisée. De la chaleur, de la douceur. J’ai toujours aimé le contact mais très vite je me suis heurtée aux normes qui empêchent. Quand je vivais en Finlande, je m’estimais heureuse d’être Française tant la distance entre les êtres humains est grande malgré le besoin de se réchauffer. En Espagne, je réalise que je suis encore frileuse. La bise que je pratique quotidiennement paraît insipide, comme si nos joues se claquaient alors que plus au sud, elles s’attardent. Dans certains pays, même les hommes se tiennent par la main, les accolades sont banales. Il y a des endroits où les gens dansent pendant des heures, mêlent leur sueur sans pudeur. Je rêve de bisous sonores, de me pendre à des cous. Certains reculent et je chute, d’autres envahissent mon espace vital et je suffoque. Quelle est la bonne distance ? Tel un géomètre, je tâtonne. Je trace la cartographie de mon pays et mes frontières sont mouvantes. Un jour, je t’embrasse, un autre je me casse. Ce qui est différent c’est que je sens mieux et quand j’ose, je ressens que c’est ça dont j’ai besoin. Je veux être touchée au sens propre comme au figuré. Comme « c’est pas beau de demander », je restais seule avec mon corps qui palpitait, ne sachant que faire de cette énergie qui m’embrasait. Maintenant, je l’écoute cet amour qui bouillonne sous mon nombril, s’il n’y a personne avec qui partager, je pose une main sur mon ventre et j’accueille le va-et-vient de ma respiration, le tam-tam de ma vie. Parfois, je pars en exploration, mes cinq doigts sont mes alliés, j’entame un dialogue avec mes pores, je me rassemble. Je me sens vibrante juste en faisant attention. Pas cette attention qu’on crie aux enfants. Je suis là avec moi, je m’offre un arrêt dans le temps, un instant où sont bannies efficacité et productivité. Je souris de mon audace, je suis en connivence avec mon corps, ce moment rien que pour moi.  Et puis, il y a des jours où je me partage. J’aime tant sentir son ventre collé contre le mien, ma chair qui respire sous sa pulpe, sa barbe naissante qui me chatouille, son souffle chaud dans ma nuque. En fusion totale, je retrouve mon unicité. Ce bébé qui hurle, j’ai envie de le bercer contre mon sein pour lui rappeler que la vie peut être douce. Le petit garçon qui a peur du loup, je lui caresse le front. Je presse l’épaule de cette mère qui râle. Je prends la main de mon grand-père qui redoute la mort. On s’élance tous sur la piste de danse, on n’a plus peur les uns des autres, la sueur se mêle sans pudeur. Rapprochons-nous !

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