Dites ouïe !

5 semaines par an

swimmer-1861949_1920.jpg

A écouter

A lire

J’entends les gens évoquer leur proche départ en vacances. Certains ont 2, 3 voire 4 semaines et je sens la jubilation dans les yeux. Moi je leur réponds que je travaille tout l’été et j’ai droit à des mines compatissantes : « ça va aller quand même? ». Alors je m’interroge… Effectivement, est-ce que je vais supporter d’être dans un magasin climatisé pendant que mes congénères sont sur la plage de Saint Jean de Luz, en rando dans le Mercantour ou dans les pubs irlandais ? C’est vrai que ça fait rêver, rien qu’en entendant les clients, j’ai un catalogue d’agence de voyage. Alors justement, si j’avais moi aussi plusieurs semaines à poser, ce serait difficile de choisir. Et puis, je sens que pour certains, il ne faut pas se tromper car ils attendent ça comme si leur peine carcérale arrivait à terme. Beaucoup ont tellement attendu que quand le jour béni se pointe, ils tombent malades. Une grippe fulgurante comme ça, en pleine canicule. Alors ils stressent : « c’est pas malin d’être malade pendant mes congés avec tout ce que j’ai prévu. ». Moi je suis bien à bosser, j’opte pour le temps partiel et je m’offre des bouffées de vacances régulièrement. Avant, j’aurais hurlé d’être enfermée juillet et août sauf que l’insouciance estivale me gagne même en bleu de travail. Avant j’étais envieuse et maintenant quand ma collègue m’annonce son menu, je me réjouis pour elle et je me plais à m’imaginer à sa place. Au milieu des têtes de gondoles, je rêve de Venise et ça me galvanise ! Je ressens la chaleur et j’entends la musique de Puccini. J’ouvre les yeux et je ris en réalisant que je me tiens face au rayon lasagnes. Cet été, je décide d’aller travailler à vélo, ça change. Je sens le vent dans mes cheveux, je lâche le guidon et je me sens libre comme l’air. Un peu comme en vacances… Et puis, un soir de semaine, je m’offre une escapade dans la nature, je prépare mon paquetage. A 3km de chez moi, je plante mon campement éphémère, je dîne à la belle étoile, le temps se suspend. Demain, je retournerai travailler et là, tout de suite, je suis en congé ! Il y a quelques années, je me cantonnais au boulot/dodo et cet été, j’innove. Six heures sur un tapis de sol me rendent plus joyeuse que 9h sur mon matelas mémoire de forme. Je suis heureuse de découvrir la souplesse et l’évasion à quelques coups de pédale. Un matin, je me lève une heure plus tôt et je prends un petit déjeuner gargantuesque dans le jardin. Toute seule pendant que le quartier est encore endormi, pieds nus dans la rosée. Ce midi, j’évite la cantine et je pars pique-niquer au bord du canal. Je sors du bureau à 19h et je m’offre un cornet menthe/chocolat en envoyant valser les idées reçues ! Les vacances, j’ai pas envie de les comptabiliser comme quand j’étais enfant « plus que 5 dodos ». Je me souviens de ce temps où, pendant mes journées de salariée, j’organisais fiévreusement mes congés. Une fois « libérée, délivrée », je partais loin pour oublier, j’évitais le sujet tabou et des semaines après, je reprenais le boulot des larmes au fond de la gorge. Certains rapportaient du sable dans leurs chaussures et moi, c’était des galets dans le creux du ventre. A cette époque, j’utilisais beaucoup le mot « vivement » et « j’ai hâte » comme s’il fallait fuir le moment présent. Aujourd’hui, j’ai envie que chaque jour soit agréable même celui où il pleut, même celui où je tombe en panne, même celui où on se dispute. La vie est faite d’une multitude d’instants et je décide que la majeure partie soit positive. Pour moi les vacances c’est pas 5 semaines de congé par an, c’est plutôt 5 fois par jour. Je réévalue mes exigences et je prends ce qui est à portée de main. Ça veut dire quoi pour moi « être en vacances ? » : prendre le temps de la lenteur, de la surprise, de l’émerveillement, de l’exaltation. Et puis, ce qui est bien quand tout le monde est en congés, c’est le calme. J’apprécie que les voitures aient déserté la ville, ça me plaît d’être de ceux qui restent. Vivement maintenant !

1 réflexion au sujet de “5 semaines par an”

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s