Dites ouïe !

Hypercalifragilisticexpialidocious

snail-2345418_1920.jpg

A écouter

 

A lire

On m’a dit l’année dernière que je suis  hypersensible, j’avais déjà entendu douillette, délicate et là je découvrais qu’il existe un terme dépourvu de jugement pour ce que je ressens ! J’ai même entendu parlé d’associations, il y a des articles sur le sujet et j’ai des amies qui travaillent particulièrement avec cette catégories de gens. Quand j’ai su ça j’ai été partagé entre le soulagement d’appartenir à un groupe et la déception d’être banale. C’est vrai qu’ « hyper-quelque chose » ça envoie ! Quand j’étais plus jeune, je disais beaucoup vachement. Je connaissais hyper pour ces endroits gigantesques où on peut passer la journée à faire ses courses. Hypermarché ça sonne encore mieux que super, avant j’avais à choisir parmi des centaines d’articles et maintenant j’ai accès à plus des milliers de denrées et objets. Quelle aubaine !  Ceci dit, pour tous ces nouveaux adjectifs, je sens une petite note négative, les dicos citent l’excès et l’exagération. C’est vrai que je clame haut et fort que je veux vivre des expériences et des relations intenses. Parfois, je me qualifie d’hyperactive, c’est vrai qu’il y a des jours où j’enchaîne les actions et je m’étonne de mon efficacité. Ou alors, j’ai du mal à tenir en place plus de quinze minutes, j’ouvre 8 onglets à la fois, j’entame 2 romans, 1 essai et 1 BD en même temps, en me levant de mon bureau pour aller aux wc, je range le linge, je lis un sms, je me fais un thé, je reviens m’asseoir et j’ai oublié de vider ma vessie.  On pourrait dire hyper dispersée ou hyper déconcentrée. Et puis récemment, j’ai lu que je suis hyperphage. Je dévore sans réussir à m’arrêter, je me vois faire, je sais que c’est pas très sain (même si c’est de la purée d’amandes bio sans sucres ajoutés), je me sens honteuse de ne pas parvenir à me contrôler et je continue jusqu’à ce que mon estomac tire la sonnette d’alarme. J’ai l’impression d’être une diligence avec un cocher complètement inconscient qui s’élance sur les pavés alors qu’il y a une petite chose très fragile à l’intérieur. Encore une fois, quand j’ai lu qu’il y avait un terme pour ça et donc d’autres gens comme moi, j’ai ressenti un soulagement. Comme si la catégorisation diminuait la tare. J’ai dit à mon thérapeute : « je fais de l’hyperphagie » avec le sourire en coin comme si mettre un mot dessus allait me guérir. C’est comme tous ces hypocondriaques qui revivent quand ils entendent les noms de leurs maux. Ça les rassure de pouvoir dire à la cantonade : j’ai une aplasie médullaire. Et ils peuvent même ajouter : « c’est hyper rare » ! Même si j’ai collé une étiquette sur mon comportement, je ne me sens pas mieux. On me dit hyper alors que parfois je me sens plutôt micro. Bon je comprends, on est des milliards, c’est plus facile de classifier, de faire des wikipédia des êtres humains comme ça les docteurs peuvent aller plus vite et c’est plus pratique pour les développeurs d’algorithmes. Tout ce trop me pèse. J’ai besoin de sobriété, solitude, silence. La profusion de produits sur les étals, l’effervescence culturelle, l’ultra confort me fatiguent. Ces derniers temps, je me prends pour une ogresse, je fais des achats compulsifs alors que je me plains de l’accumulation d’objets chez moi, je reste de longues minutes sous la douche brûlante comme si le pommeau pouvait compenser toutes mes larmes bloquées. Tout ça pour combler le vide en moi. Ça fait des mois (voire des années) que ça dure et je réalise que ça ne me fait pas du bien. J’alimente un insatiable mal tapi en moi, j’oublie de me respecter et je cause du tort à la planète en épuisant égoïstement ses ressources. Alors, c’est décidé, JE PARS MARCHER. Cet appel du chemin me titille depuis des années et je sens que c’est le moment. Je coupe le moteur.  La maîtresse a rangé son maillot d’bain et moi je fais l’école buissonnière. Ça me plait de partir à l’heure où des milliers de gens, après la torpeur estivale, reprennent un rythme effréné. Je me réjouis d’aller rejoindre les arbres et les rivières.  Il est temps de choisir, tout ne rentrera pas alors je renonce à la crème de jour, l’après-shampoing anti-pelliculaire, le masque peau grasse, l’huile tonifiante, les ampoules de magnésium, les gouttes « nuits paisibles ». Je m’en remets au soleil, au vent et à la pluie pour me purifier. J’oublie le fromage et le vin rouge et je m’interroge vraiment : « qu’est-ce qui sera essentiel au bon fonctionnement de mon corps ? ». Je me sens déjà mieux. C’est en foulant le sol que je choisis de démêler les nœuds qui m’étranglent. Il y a 32 ans, je me dressais pour découvrir le monde, j’y retourne. Un pas après l’autre en conscience pour tenir debout.

Sur la route parapampampam
Petit Odré s’en va parapampampam
Elle sent son coeur qui bat parapampampam
Au rythme de ses pas parapampampam
Rapampampam, rapampampam
Oh! petite Odré pamrapampam,
Où vas-tu?

1 réflexion au sujet de “Hypercalifragilisticexpialidocious”

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s