Dites ouïe !

Vive la France !

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A écouter

 

A lire

J’ai envie de vous parler de Polo… On commence à bien se connaître tous les deux, ça fait des années qu’on se côtoie. Fidèle et réglo, je sais que je peux compter sur lui. Je sais aussi qu’il faut pas déconner, il t’explique les règles du jeu : chaque fin de mois, je dois pointer et j’ai juré de pas rester les bras croisés sur mon canapé. Il me permet même de partir en vacances, comme les autres Français, 30 jours par an je peux partir bronzer ! Des fois, je le sens s’éloigner comme s’il m’oubliait, je ne le prends pas mal, au contraire, je me dis qu’il a beaucoup de chats à caresser. Et puis même overbooké, chaque mois il pense à mon virement. J’ai saisi les règles du jeu : si je bosse, j’ai droit à un cadeau, c’est du troc en fait. Et puis il y a Cafrine aussi, c’est un peu comme une maman poule, elle me file des sous pour mon loyer et quand Polo a tout donné, elle prend le relais. J’ai failli oublier Séculine, une sacrée copine. C’est ma couverture de survie, dès que j’ai un pet de travers, que je sens l’angoisse poindre, elle arrive et prend tout en charge. Elle a des tas de pilules colorées brodées à l’intérieur de sa cape et si je me sens très très mal, elle m’amène dans des endroits où on s’occupe de moi et tout ça GRATOS…c’est dingue ! J’ai souvent entendu « tu vis pas au pays des Bisounours ! » et j’ai jamais bien compris parce qu’avec tous ces amis, qu’est-ce que je me sens bien câlinée ! Grâce à eux, j’ai le loisir de raconter ma vie, ma cousine peut faire grandir son bébé dans son ventre en toute sérénité, mes voisins dorment au chaud. Il paraît qu’il y a des pays où il faut se débrouiller : si t’as pas d’argent, t’es moins que le néant. J’y crois pas. Comment peut-on supporter une vie sans sa cure thermale annuelle subventionnée ? Y a même des gens qui décident de tout quitter : leur maison, leurs terres, leurs amis, leur famille, ils entassent leurs souvenirs dans une minuscule valise et parcourent des kilomètres pour venir chez nous. Franchement, chapeau ! C’est bien un signe que notre pays est formidable. On devrait se sentir flattés et les remercier tous ces migrants de tant aimer notre douce France. La semaine dernière, dans la rue, un homme m’a tendu la main, il voulait s’acheter un pain au chocolat pour son ptit déj. J’ai trouvé qu’il abusait… « une chocolatine ? Et pourquoi pas un Paris-Brest pendant qu’on y est ! ». J’ai toujours refusé de donner de l’argent aux mendiants en retenant ce que j’avais entendu dans mon enfance : « on sait jamais s’ils vont s’acheter de l’alcool ou de la drogue ». J’ai fait un rapide inventaire de mon sac et je lui ai proposé une galette de riz complet. J’ai été offusquée qu’il refuse puis j’ai passé mon chemin. J’ai parcouru quelques mètres, je me sentais agacée alors je suis revenue sur mes pas et je lui ai donné 1€ en lui disant que j’avais changé d’avis. C’est fou comme en l’espace de quelques secondes, je m’étais transformée en prout-ma-chère alors que 20 minutes plus tôt je faisais du stop au bord de la route. L’hôpital qui se fout de la charité ! J’avais eu le culot de mépriser cet homme parce qu’il avait eu l’honnêteté de formuler une demande précise. C’est pas parce qu’il est marginal qu’il doit se contenter d’un en-cas qui ressemble à du polystyrène… Avec les milliers d’euros que ma chère patrie m’a versée depuis des années, c’est le moins que je puisse faire. J’aurais envie de détourner la maladresse de Marie-Antoinette et de distribuer une bonne brioche sortant du four à tous ceux qui réclament un petit morceau de pain. Bref, je remercie cet homme qui m’a permis de me remettre en place. Tout circule. On me rend service et j’aide à mon tour. La vie est faite d’échanges. Des fois, je rencontre des gens qui disent qu’on vit dans un « pays d’ assistés » en parlant de l’Hexagone et ils refusent de côtoyer Polo, Cafrine et Séculine comme si c’étaient des galeux. Ils me toise depuis leur trône de l’Indépendance comme si c’était grâce à eux que je me fabrique une vie paisible. C’est juste que moi j’accepte les cadeaux quand il y en a. Si un jour il n’y a plus de cadeau, je n’irai pas bouder dans mon coin en braillant à la trahison, je m’adapterai et ça se passera très bien. J’entends déjà les « si tout le monde profitait, on serait mal barrés ! » et je leur rétorque « on ne sait pas, on n’a jamais essayé. Chiche ?! ». Certains ont peur d’une éventuelle punition divine s’ils croquent la pomme qu’on leur tend. Comme si on n’ avait pas le droit au bien-être. Ça me fait penser à ces parents qui minimisent leur amour pour leurs enfants pour que ces derniers s’habituent à « notre monde si cruel ». C’est justement en ouvrant nos cœurs, en lâchant prise sur nos peurs qu’on se sentira confiant et courageux. Je suis convaincue que si chaque Français consacre son énergie à accepter sa situation voire, si j’ose (!), à se réjouir, Séculine fera des économies et se concertera avec Polo et Cafrine pour mieux distribuer les cadeaux ! Comme ça, il y en aura pour tout le monde, plus de jaloux, et tous ensemble on criera « Vive la France ! ». Sans plus attendre, je prends conscience de la chance que j’ai d’être née dans ce beau pays riche et généreux et je rugis de plaisir !

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