Dites ouïe !

Joue contre joue

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A écouter

 

A lire

Lumière tamisée, des lampions scintillent, des jupes virevoltent. Je me sens comme une fée invitée à une fête dans la forêt magique. L’appréhension m’étreint en voyant tous ces couples enlacés en cadence. Je ne sais pas faire ça, je n’ai pas appris. Est-ce qu’ils voudront de moi dans leur ronde ? Je repense au documentaire Le grand bal que j’avais trouvé fascinant et effrayant car je m’étais sentie exclue de ce monde réservé à ceux qui savent lâcher prise, se laisser porter et s’accorder. Un premier homme m’invite et tout de suite je sens la peur de décevoir, l’envie de dire « je ne suis pas celle que tu crois ». Je me sens gauche dans ses bras, j’ai envie de lui plaire, d’être considérée comme une bonne partenaire de parquet. Il m’apprend, il compte les temps. Je me laisse porter en restant concentrée. Et puis, il y a les cercles, je me sens beaucoup moins jugée dans la foule. On me prend les mains tout naturellement, je me sens entraînée. J’observe les pas chorégraphiés et très vite je prends mon envol portée par l’énergie collective. Mon sourire reste accroché à mes oreilles pendant que mon corps s’élance. Je regarde tous ces gens, qu’est-ce qu’ ils sont beaux. La sueur coule dans mon dos et je me sens vivante ! Je réalise la chance que j’ai d’être en vie, d’être pleine d’énergie et d’être accompagnée dans ma gaieté. Je m’enivre des rires, des regards francs et charmants. Toute cette liesse me berce. Je trouve ça si touchant de se rencontrer en dansant, pas de conversations inutiles, c’est comme si on avait posé nos cerveaux au vestiaire pour laisser la place au langage corporel. Je me sens ballottée comme dans une tempête confortable, celle où on sent qu’il n’y aura pas de naufrage, ni de blessés. Je jubile de partager cette joie intense d’être là, juste ça, sans aucun objectif productif et quantifiable. On se croirait au bal masqué, derrière les barbes et les rides, je vois les gamins que nous étions. Comme dans la cour de récré, on se cherche, on crie, on se court après et on tape des pieds. Ici, tout semble autorisé. En l’espace de quelques heures, j’ai croisé tant de regards que j’ai l’impression d’avoir voyagé autour du monde et plus loin encore. J’ai serré des mains chaudes, des moites, des fermes, des timides et je suis touchée qu’une telle diversité puisse vibrer à l’unisson. C’est comme si nos cœurs s’accordaient pour amplifier les pulsations de la Terre. Sans hésitation, je me mêle à cet orchestre mouvant. Je n’ai plus peur de me tromper. Les mots de mazurka, gavotte, bourrée, valse glissent sur moi. Je m’intéresse surtout à ce qu’ils créent. Partout, c’est  l’amour que je vois briller. Tous ensemble, on ne fait qu’un. C’est déjà l’heure de la dernière danse et du chœur se détachent des duos. J’offre ma confiance à l’inconnu qui me prend la main. J’autorise mon corps à se rapprocher et à être entouré. Je lâche prise sur mes envies de tout contrôler, danseuse n’est pas nécessairement meneuse. J’accepte l’intimité et la lenteur quand il s’agit d’être à deux, je contacte ma douceur et tout mon être est à l’écoute de mon partenaire pour honorer l’œuvre des musiciens. Quand tout s’arrête, je me sens ivre sans avoir bu une goutte d’alcool, je suis shootée à l’euphorie. Alors je titube jusqu’à mon lit, les étoiles tournent, ma peau palpite…je m’endors en fredonnant « c’est beau la vie ».

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