A méditer !

Trois p’tits jours et puis s’en va

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J’ai replongé je l’avoue. Même si je fume pas, j’ai voulu tiré une taf. Une offre d’emploi bien tournée m’a fait de l’œil. Je me sentais tellement rassurée d’en connaître tout le vocabulaire, de pouvoir cocher « sait faire » à toutes les cases. J’ai vu ça comme un ticket pour la stabilité, genre la péniche qui reste amarrée. J’ai revisité mon passé et surligné mon curriculum vitae : malgré des aventures diverses et variées, c’est quasiment gagné. Mon ego bien gonflé, j’ai postulé. En écrivant la lettre de motivation, je me suis enflammée, faut dire qu’écrire ça me galvanise, même des listes de courses ! Je me suis convaincue que « compta », « budget » et « déclarations sociales » pouvaient être poétiques alors j’ai foncé. Et puis j’ai gagné…on m’a aimée et recrutée ! J’allais enfin avoir le cadre que je réclamais, savoir à quoi j’allais être occupée chaque semaine et ce pour les six prochains mois. Ouf ! Un salaire régulier, un comité d’entreprise, des tickets resto, des congés payés… Et puis un titre aussi, mon nom en bas des mails avec une fonction bien précise. J’allais enfin pouvoir répondre à la question : «tu fais quoi dans la vie ?» sans balbutier. Quand j’ai vu le bureau, j’ai commencé à déchanter, les néons et la moquette j’avais dit « plus jamais » ! La directrice et les collègues avaient l’air tellement sympas que j’ai abdiqué. Quelle joie de me sentir faire partie d’une équipe. On m’a même donné un téléphone portable et un ordinateur, rien que moi ! La business woman en moi a rugi. « Mais euh au fait, vous utilisez le wifi ? Parce que bon, en fait, moi et les ondes électro magnétiques on n’est vraiment pas copines. ». Pas de panique, je m’achèterai une pierre Shungite pour me protéger et le tour sera joué ! Et donc, il va falloir que je sois dans un bureau avec d’autres personnes ? Là coincée entre l’imprimante et l’écran de ma collègue. Respire…tu pourras mettre ton casque avec de la musique classique. C’est vrai, c’est peut-être même branché en 2019. J’ai les yeux qui brillent quand j’entends que tous les lundis matins, il y aura des réunions, j’adore ça parler en buvant du thé ! Et puis je serai amenée à me déplacer, trop cool pour la voyageuse que je suis, ça me rassure parce que la sédentarité me fait flipper. Bon ben voilà, je suis presque excitée. Il est temps de parler concret, j’entends urgences à traiter, retard accumulé, rendez-vous planifiés, budgets à créer, contrats à rédiger…et là, tout se brouille. Pourquoi je sens des pierres au fond de ma gorge ? Allez, t’inquiète pas, ça fait 3 ans que t’as pas fait ça mais ça va revenir vite, c’est comme le vélo ! Tiens, ça pédale dans ma tête « qu’est-ce que je fais là, qu’est-ce que je fais là ? ». Entre des sueurs froides, j’aperçois mes collègues souriantes et avenantes, elles m’ont déjà adoptée, je ne peux pas les décevoir, elles ont même accepté mon temps partiel. Et aussi, grâce à moi, Sandra va partir sereine en congé maternité. Moi aussi, je voudrais ça quand je serai enceinte. Ça va le faire…six mois c’est pas grand chose ! Je tiens bon, je souris et me concentre sur les chiffres. Ma collègue a l’air super sympa, vivement la pause déjeuner qu’on discute d’autre chose que de fichiers. Je me sens épuisée avant d’avoir même commencé et je me rassure : «c’est toujours comme ça, il faut un temps d’adaptation et puis, comme par hasard, j’ai mes règles juste quand je commence». Sois patiente, sûr que dans 2 semaines, tu seras comme un poisson dans l’eau. Au secours, je me noie ! Sauve qui peut ! J’ai pris mes jambes à mon cou ou plutôt mon courage à deux mains et j’ai lâché : «je ne vais pouvoir pas continuer». Comme si j’avais retrouvé la parole après des années de mutisme, tout a coulé. J’ai essayé de mettre de l’ordre entre la moquette, les dossiers, la promiscuité, la porte cassée, les tableurs, le micro-ondes dans la salle de pause, besoin de lumière naturelle, loin des ondes, pas assise toute la journée, salle de méditation ? J’aime plus les nombres ! Et là c’est un immense soulagement. Comment j’ai pu imaginer me couler à nouveau dans ce moule alors que j’ apprends à en déborder depuis des mois ? J’avais carrément oublié mon coming out de l’année dernière : conteuse et pas comptable ! Je veux rester avec vous juste pour les réunions ou les goûters, est-ce que je peux aller défendre les demandes de subventions en slamant ? Je suis soulagée d’avoir réagi si vite, il y a quelques années il m’avait fallu des semaines, des mois et même plus pendant lesquels je bouillonnais pour finalement exploser et jeter ma démission à la figure de mes collègues hallucinés. Je suis heureuse qu’en quelques jours, j’ai réussi à entendre la petite voix de mon cœur perdue sous les brouhahas de l’excitation, l’appréhension, la nouveauté et l’impatience. Certes mes collègues n’en sont pas moins ébahies, faut dire que j’avais l’air motivée. Je me suis tellement voilé la face qu’elles ne pouvaient pas deviner. J’étais sincèrement enthousiaste, j’y croyais. J’ai essayé de me persuader que les gênes s’atténueraient et que mon positivisme triompherait. Heureusement que ma copine lucidité a rappliqué pour me sauver ! Il a fallu réconforter ma Raison qui a voulu contrer la peur. Peur d’être marginale, peur de manquer d’argent, peur de décevoir des gens, peur d’être condamnée à errer dans le royaume des paumés. Mon joli p’tit cœur se hisse sur l’estrade pour prononcer les mots qui calment : tout ira bien. Le plus important est de me respecter, de m’accepter telle que je suis, de faire confiance à ma créativité et le reste suivra. Certaines expériences sont furtives, elles n’en sont pas moins profondément enrichissantes. Je remercie sincèrement cette équipe bienveillante et professionnelle qui m’a donné la chance de réaliser que mes aspirations ont changé. Maintenant que je le sais, je vais pouvoir inventer le métier qui me ressemblera et me comblera. Allez hop, au boulot !

3 réflexions au sujet de “Trois p’tits jours et puis s’en va”

  1. Encore une super brève radiodre ! Comme je te comprends, vive l’indépendance et la liberté, et même si c’est plus compliqué, c’est vital pour ma part ;-).
    Ze show must go on !

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  2. Yououuu ! ça me parle à fond. Et alors, le passage sur les collègues ébahis parce que tu avais l’air tellement bien là et le fait que tu te voiles la face (dixit ce que j’ai entendu) m’a permis de déculpabiliser sur un truc. Gracia !

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