Ondes sensibles

Ça

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A écouter

 

A lire

Quand j’étais gamine, parmi de nombreux surnoms, on m’a donné Bozo le clown parce que j’avais les cheveux crépus. Même si j’adorais me donner en spectacle, je le prenais plutôt mal. En plus, je détestais les clowns, j’en avais peur. Il y avait celui du roman de Stephen King qui agrippait les jambes des passants à travers les bouches de métro et puis toutes ces marionnettes désarticulées avec leurs visages de porcelaine qui me fixaient et me glaçaient le sang. Cher patron de McDonald´s, pourquoi avoir choisi un personnage si tendancieux pour attirer les petits enfants à toi ? Avoir le nez rouge, pour moi c’était carrément nul car j’avais souvent entendu des mères dire méchamment à leur fils « arrête de faire le clown » et parfois face à mes blagues, on me rétorque ironiquement « euh, t’as mangé un clown ?! ». Pourtant, j’ai décidé de faire un stage pour en devenir une. En cinq jours, j’ai réalisé qu’il y en avait toujours eu et que c’était vraiment bien de le réveiller. J’avais quelques a priori, je me demandais si j’allais porter des pantalons bouffants avec des chaussures péniches et devoir faire des galipettes avec la panoplie trompette et confettis. Je pense aussi aux clowns tristes ou déjantés comme le Joker et Beetlejuice. Bref, c’est avec beaucoup de curiosité et d’excitation que je me suis inscrite. Quand j’en ai parlé à certaines personnes, on m’a tout de suite parlé des clowns à l’hôpital comme potentielle poursuite. Moi j’y allais d’abord pour m’amuser et découvrir sans recherche de rentabilité. Ça a tout de suite été une révélation. Comme si je m’élançais du trapèze, je me suis sentie réceptionnée par des gens accueillants et vrais. On a fait jaillir l’enfant en nous et chacun avait sa place légitime. Aucun sarcasme ou moquerie, juste de l’admiration et de l’inspiration. C’était vraiment dingue de pouvoir se retrouver avec d’autres fêlés et de diffuser notre lumière, comme si nos failles nous servaient de projecteurs. Je me suis retrouvée avec des gens bien sous tous rapports : prof, informaticien, bibliothécaire, des personnes qui ont des responsabilités, des enfants et qui osent se travestir, se mettre à nu pour se faire du bien. On était guidé par une maîtresse délirante qui nous bien-veillait, pas de réprimandes, que des encouragements : « laisse pétiller les bulles de champagne dans ton corps », « paie toi ce luxe », le mot PLAISIR résonnait dans tout l’espace et servi à toutes les sauces. Tous les jours, on avait droit à plusieurs boums ! Quand on n’était pas en récré, c’était les vacances. Le plus important était de penser à RESPIRER et de se rappeler que « c’est pas grave » comme disent les enfants. Enfin une opportunité d’être complètement soi et de kiffer. J’avais vraiment sous estimé l’aspect thérapeutique d’une telle aventure, j’ai pleuré et ri comme jamais et parfois pour pas grand chose en apparence, juste parce que j’en avais besoin. J’ai pas essayé de décortiquer, j’ai laissé couler et je me suis baignée dans toutes ces émotions. La vie galopait en moi. J’ai joué à être conférencière scientifique, Liza Minnelli, rappeur du Bronx, petit rat de l’opéra, accro à Excel, guérisseuse chamanique et ma mère aussi. Je me suis même offert d’être interprète de Jan Fabre. Mon corps exultait. Enfin cet espace où je pouvais faire mon show sans être interrompue, sans avoir à quémander : « j’aimerais parler, j’aimerais parler, j’aimerais parler » ! J’ai senti une réelle écoute de mes pairs, personne n’a essayé de voler la vedette à l’autre. Tout ça parce qu’on avait droit d’être authentiquement nous. Au lieu de triturer nos blessures dans notre coin, on pouvait les exposer en chantant. Toutes les facettes de ma personnalité ont pu briller : Caliméro, la folle de Chaillot, Wonder Woman, Hitler, la Castafiore…ils étaient tous invités à la fête sans distinction, aucun n’a été blacklisté ! Et puis le plus important qui a pu s’exprimer c’est le ça en moi…cette chose difforme, cette boule monstrueuse qui bave, meugle, tressaute et vomit des insanités. Je l’ai autorisée à entrer dans la lumière et à s’exprimer devant des témoins. Malgré les artifices et le fard, j’ai montré ma nature brute et j’ai été soulagée que les spectateurs soient attendris plutôt que dégoûtés. Cette expérience a été jouissive car même si « c’était pour de faux », j’ai dévoilé qui je suis. J’ai pu orchestrer les retrouvailles de tous mes MOIs. J’aurais voulu être une artiste et vivre ça tous les jours ! J’avoue que le retour à la réalité est un peu abrupt, les conversations météorologiques et les complaintes du Français moyen contaminent presque mon enthousiasme débordant. Alors je ferme les yeux et je ressens les petites bulles de champagne qui circulent dans mon corps, je prends un gros sniff de poudre de perlimpinpin et je cours dans les bras de la vie en jubilant !

Car ça c’est vraiment moi
Ça se sent
Oui, ça c’est vraiment moi
Ça se sent, ça se sent
Ça se sent que c’est moiC’est rien d’autre que moi
Non rien d’autre que moi

Que moi
Non rien d’autre que moi

 

 

 

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