Dites ouïe !

Orage, ô désespoir !

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Quand j’étais ado, je détestais le mois de novembre. Faut dire que beaucoup de choses me révoltaient à cette époque. Octobre ça passait car c’est le mois de mon anniversaire, y avait les fêtes, les cadeaux et les vacances. Décembre, ça sentait les clémentines, Noël et les vacances. Novembre, par contre, c’était long, froid, gris et moche. Et encore, je pouvais m’estimer heureuse qu’il y ait des jours fériés. Pour moi, chaque jour était le même : pluvieux, sombre, déprimant. Je partais à l’aube au collège et rentrais à la nuit. Et le week-end, je m’enfermais dans ma chambre sans ouvrir les volets. Ma mère m’appâtait pour aller ramasser des champignons dans la forêt au-dessus de chez nous et j’acceptais en grognant quand elle proposait une contrepartie intéressante. En fait, toute l’année, j’étais sensible à la météo, en gros quand il ne faisait pas beau, tout était foutu. C’était normal, tout le monde se plaignait quand il pleuvait. Je me dis aujourd’hui qu’être le soleil ça doit pas être de tout repos. Les gens attendent tellement de lui. S’il a l’audace de ne pas se pointer, tout le monde râle. S’il donne des coups de soleil, on l’accuse. S’il est là trop souvent, on ne le voit même plus. Je trouve ça fascinant comme les gens vivent en fonction de la météo, comme si le climat définissait leur état. Ou plutôt comme s’il y avait une communauté occulte qui régissait leur vie par la pluie et le beau temps : les fameux « ils ». Ils ont dit que ça allait pas durer. Ils ont annoncé une tempête. Ils prévoient une canicule. Ils ont l’air sacrément influents parce que des milliers de gens s’habillent, organisent, se réjouissent ou se lamentent en fonction de ce qu’ils ont décidé. Moi qui croyais qu’on vivait dans un pays où règne la liberté de penser et de faire… En plus, on nous dit qu’on peut pas prévoir l’avenir alors que certains ont le culot de définir demain. Comment on faisait à l’époque où Evelyne Dhéliat n’existait pas ? Sûrement, qu’ils se les gelaient parce qu’ils mettaient un tee-shirt au mois de janvier. Ou peut-être qu’ils observaient…le matin, ils sortaient le bout de leur nez pour jauger. C’est sûr que de nos jours, on veut pas se risquer, il suffit de cliquer bien au chaud dans notre canapé pour savoir de quoi demain sera fait. Ceci dit, heureusement que la météorologie a été inventée pour agrémenter les discussions des Français. Elles sauvent les gens de situations catastrophiques. Les intempéries sont leurs alliées quand ils refoulent leurs ressentis. Ouf, pas besoin de parler de moi, y a eu une inondation à Trifouillis-les-Oies. Aujourd’hui, je suis allée me balader, un dimanche dans le brouillard de novembre, il y a 20 ans j’aurais mieux aimé aller en prison. L’avantage c’est que je suis seule. J’aime marcher dans les feuilles mortes imbibées. L’air frais me chatouille les narines. Par endroit, la boue s’agrippe à mes chaussures comme pour me demander de ralentir. Des oiseaux piaillent, est-ce qu’ils partiront en Afrique bientôt ? Les feuilles encore tenaces au sommet du bouleau bruissent et me susurrent des poèmes. J’aperçois mon arbre, non pas que je l’ai planté mais il est un peu comme un ami. Toujours au rendez-vous. Je l’approche timidement, c’est qu’il est impressionnant même dépourvu de ses glands. Je l’enlace tendrement, j’enfouis mon visage dans son écorce moussue et j’écoute ce qu’il a à me raconter. Il se met à bruiner et je me sens en sécurité. Je prends congé de mon compagnon végétal pour continuer à cheminer. Les gouttes jouent de la musique sur le bout de mon nez. Je me délecte de l’humidité car je sais qu’à tout moment, je peux décider de rentrer pour aller me réchauffer. Entre le canal et les marais, un ruisseau s’est formé, je m’arrête pour le regarder. Ça clapote, ça mousse, ça se précipite. On dit que la nature s’endort en hiver et je la trouve encore bien enjouée. La semaine dernière, j’étais devant la mer et elle n’avait pas l’air prête à hiberner. La brume s’est dissipée. Un bruit curieux me fait revenir sur mes pas, je vois des vaches alors j’imagine un veau juste né, ou serait-ce un oiseau ? J’approche sans pouvoir distinguer d’où il provient. C’est peut-être un ragondin, j’en vois souvent nager par ici. Je ne parviens pas à identifier son auteur et je ne cherche pas plus. Ce bruit c’est comme un appel, quelque chose qui vient me confier : « Tout est là, à portée de main, il suffit de contempler ». Le soleil perce les nuages et inonde mon visage de chaleur. « Merci » que je lui dis. C’est tellement délectable quand il arrive sur la pointe des pieds pour me surprendre, quand je ne l’espérais pas et qu’il me fait un clin d’œil. Tellement moins prévisible qu’un ciel d’été. Au fond, je sais qu’il est toujours là pour moi, le tout est d’accepter quand il a besoin de se cacher. Je poursuis mon chemin, définitivement réconciliée avec novembre.

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