Dites ouïe !

Correspondance à Destination Indéterminée

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Billet réalisé pour l’émission Du Piment Dans Le Citron de Radio Campus Rouen (émission complète à écouter ici)

 

A écouter

 

A lire

J’ai 5 ans et je rêve de devenir chanteuse et danseuse. J’ai 11 ans et je me vois en reporter. J’ai 16 ans et je décide que je serai globe-trotteuse ou plus précisément testeuse pour le guide du routard. J’ai 23 ans et je deviens chargée d’administration…pour des compagnies de spectacle tout de même. La scène et le voyage restent près de moi. Après quelques années, je me sens essoufflée alors que c’est même pas moi qui ait dansé. Alors je pars en voyage, le guide du routard en poche. Après quelques années, je me sens déboussolée alors je rentre. J’ai 29 ans, qu’est-ce que je fais ? Il est grand temps de se poser dit la société. Et pourtant, autour de moi ça bouge. J’entends parler de démission, congé sabbatique… Ceux qui, il y a 7 ans, me disait « c’est fou ce que tu fais ! » osent à leur tour.  Je me sens soulagée que ce que ce sentiment de perdition soit partagé. On en parle même à la radio et dans les magazines. Qui suis-je ? devient le tube de l’été. Dans quel état j’erre ? le film oscarisé. Et puis, je sens que la société a évolué. On nous propose des séminaires de réorientation et bilan de compétences. Des cinquantenaires se retrouvent en stage d’immersion comme en troisième. Marie-Chantal passe de clerc de notaire à styliste ongulaire, Thomas s’en va de la bourse pour la bouse en devenant éleveur de vaches. Javier, à 47 ans, décide de prendre sa retraite. Certains ont besoin de partir loin pour se retrouver, ils vendent tout sauf leur vélo qu’ils enfourchent pour un tour du monde. D’autres ont plutôt besoin d’immobilité, ils réintègrent le foyer parental et se font choyer en attendant de se réaliser. Tout semble possible. Et puis, d’autres choses ont évolué : Stéphanie et Jérémy se sont mariés, depuis que Mme Senlis est veuve, elle est constamment à l’étranger, Paul et Nathan ont divorcé, Milo est né, Annabelle est devenue Roger. Mes voisins ne mangent plus de viande, la boulangère s’est mise au taï chi et mon grand-père apprend l’italien. Moi, en exploratrice, j’essaie tout :  l’expatriation, le mariage, le sans gluten, l’introspection, le nomadisme, je pense donc je suis, le tout cru, le divorce, le stage « que faire de ma vie », le polyamour, je m’aime donc je suis, l’occupation mentale, le Feng Shui, les jeux de société, je jouis donc je suis, la guidance astrologique, l’improvisation théâtrale, la sobriété sentimentale, la cohérence cardiaque…c’est que je suis un vaste sujet. J’ai 34 ans et déjà mille et une vies derrière moi.  Je comprends que la personne que je suis a été façonnée, éduquée, influencée par le monde extérieur pendant des décennies. J’apprends la patience et j’avance petit à petit vers Moi. Je suis désormais attentive à ma voix intérieure. Je fais tomber les masques un à un et je les regarde se briser avec nostalgie. J’ai parfois l’impression que je perds l’équilibre comme si ces facettes de ma personnalité étaient des béquilles. Alors je me repose, je me berce. Tel l’arbre que j’aperçois de ma fenêtre, je perds mes feuilles, je me dénude, certaines branches sont à tailler, seul le tronc solide subsiste. Je me sens amputée, j’ai froid et pourtant je sens la sève douce comme le miel qui remonte de mes racines et me promet que la vie continue à s’écouler, de nouvelles branches vont pousser, de beaux fruits vont briller. Bientôt, je saurai quoi faire de ce corps et de ces pensées pour être en accord avec qui je suis pour de vrai. Patience, j’avance doucement vers l’hiver, j’accepte ma mort symbolique car je sais que le printemps viendra me réveiller avec des tas de nouvelles idées et une connaissance de moi plus affinée. J’accepte de changer, de me métamorphoser comme la nature le fait chaque année. La constance des saisons me conforte dans l’idée que tout est justifié. J’arrête de tirer sur le brin d’herbe pour le faire pousser, humblement je l’observe, je l’encourage, je lui fais confiance car il sait comment s’élever. Je prends exemple sur la lune qui croît et décroît en toute simplicité.  J’accepte de ne pas tout savoir, de ne pas tout décider.  J’accepte aussi de ne pas rentrer dans les cases prédéfinies, de ne pas savoir quoi répondre à la question 26. Je suis unique et complexe alors je m’étudie pour pouvoir mieux entrer en relation avec les autres êtres et trouver ma place au sein de ce monde qui nous entoure. Sans précipitation, sans pression, j’accepte le changement. Je m’en remets à la Vie qui me montre le chemin. Tout est bien.

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