Ondes sensibles

Je marche seule

sheep-56115_1920

 

A écouter

 

A lire

L’année dernière à cette heure-ci, j’écrivais Vivement la retraite. J’ai ce même sentiment en ce début d’année. Comme si cette période de recommencement m’invitait à un repli sur moi, à aller sur une île loin de tous. Je me sens tellement enthousiaste à cette idée : pouvoir être enfin seule, ne plus me sentir juger, décider librement. Oui c’est ça que je recherche le plus : la liberté. J’ai loué un gîte dans un endroit inconnu, sans proche à proximité. Tout à découvrir. Des vacances rien que pour moi. Un rythme que je choisis, un programme à ma main, des réunions avec moi-même. C’est un peu comme cultiver mon jardin secret ; comme quand, petite, je partais en promenade seule. Enfin le silence dans lequel je peux me fondre, aucune conversation imposée, aucune émotion devinée à part les miennes qui résonnent dans cette grotte. Finalement ce n’est pas si silencieux. J’entends des remous, sont-ce des acouphènes ? Ou les vibrations de mon être que je ne saisis pas quand je suis entourée ? Bizarre, effrayant, fascinant. Je mets mon téléphone en mode avion pour planer tranquillement. Je ne suis plus joignable, do not disturb. Je peux enfin me consacrer à moi, obligée de me regarder en face, de me supporter. En m’isolant, j’empêche les possibilités de fuite : je n’ai pas à m’occuper des autres, je n’ai pas à plaire à la société, je n’ai pas à contribué au monde extérieur. Il ne reste que moi. C’est le moment d’apprivoiser la personne qui me fait le plus peur, celle que j’ai jugé le plus durement ces dernières années. En vérité, je ne suis pas seule, il y a :

la méprisante : «T’as pas fini avec tes introspections mélodramatiques ? »

la bienveillante : «Au contraire, continue…bravo de t’offrir cette expérience ! »

la peureuse : «Est-ce que je suis dépressive, bipolaire, folle ? »

la lucide : «Non, tu es hypersensible et à haut potentiel émotionnel, tu n’es pas la seule à ressentir tout cela. 30 % de la population est concerné. »

la pessimiste : «Et si ça m’apporte que des soucis de cogiter ? »

la courageuse : « Tu sais bien que tu vis aussi des moments de grâce, accroche-toi ! »

C’est peut-être pour ça que je me sens fatiguée en groupe : parce que j’entends les autres plus tous mes MOIs ! J’ai longtemps cru qu’en me noyant dans la masse, j’oublierai ces voix. Maintenant, je comprends qu’elles contribuent aussi à qui je suis donc autant leur faire de la place à bord et m’en amuser. Eh dis donc Miss méprisante, si tu allais faire une balade avec Melle Bienveillante ?! J’avais décidé de calmer mon mental comme on dit dans le jargon, de me concentrer sur mes sensations et mes émotions. Les pensées s’en donnent à cœur joie avec ce vide autour de moi. J’ai besoin d’une pause, un bon petit film pour m’évader. Après, promis, je m’y remets (« Oh ça va la fayote ! » crièrent mes copines intérieures). Je l’avais pas mentionnée celle-là. Être parfaite, même quand on ne me regarde pas, surtout quand on ne me regarde pas, sait-on jamais si quelqu’un débarque… Elle aussi je l’accepte et je la rassure : tu as toujours le droit d’exister et tu as largement mérité de te reposer avec tout ce que tu as bossé. Dévorer un gros goûter, allumer mon portable pour vérifier si on pense à moi et ne pas me coiffer, c’est tout à fait acceptable. Je ne me suis pas exilée pour me flageller, l’idée est bien d’apprendre à me foutre la paix. Alors, qu’est-ce que j’ai envie de faire ? Rire ? Vite un spectacle ! Ce qui est bien quand on est seul, c’est qu’on peut arriver à la dernière minute et toujours trouver une place correcte. Je remercie d’ailleurs tous ces gens qui laissent un siège libre entre eux et leur voisin, comme s’il m’attendait en quelque sorte. Quel plaisir de me retrouver entourée ! Même si le brouhaha m’agace rapidement – même toutes mes MOIs réunies sont moins assourdissantes – je partage leur joie de se retrouver, de vite se chuchoter les vacances avant que la lumière ne s’éteigne. Leurs connivences m’émeuvent, un peu plus et ça me manquerait quelqu’un qui me plante son coude dans les côtes pour dire : « wouah t’as vu comme elle est souple ? »). Je me love dans la convivialité. Je rie à gorge déployée. Quand l’artiste salue, je vois le cafard se pointer : je vais me lever, enfiler mon manteau, mon bonnet et repartir seule. Pas de dîner, pas d’allusions à des câlins énamourés, pas de foyer agité. «C’est l’jeu ma pauv’Lucette !», tiens y a Méprisante qui était assise derrière. Je respire ma frustration en regagnant ma voiture. Oui j’ai choisi toute seule comme une grande cette retraite. Pour quoi déjà ? Ah oui c’est ça : pour apprendre à me connaître et me réconcilier avec moi-même. J’ai déjà eu la chance d’en vivre des milliers de moments chaleureux et je sais qu’il y en aura d’autres : les apéros dînatoires, les papotes au salon de thé, les cinés en amoureux, les festivals en famille… Ça a le mérite de me rassurer : j’aime être avec les autres, la vie d’ermite c’est pas pour moi. Et pour apprécier pleinement la compagnie, j’ai besoin de moments en solo, régulièrement. Tout a sa place : solitude et sociabilité. Bienveillante et Courageuse me prennent chacune par un bras et m’emmènent en balade le long de la plage. Toutes les trois, on s’émerveille, on se réjouit de nous sentir si vivantes.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s