Dites ouïe !

Tu me manques

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A écouter

 

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Lamartine, le philosophe pas Martine à la plage, disait : « un être vous manque et tout est dépeuplé » et moi j’ajoute une lettre vous manque et tout est modifié. Par exemple, les mots « vie » et « vide » sont vraiment voisins pourtant ils ont un sens bien différent. Je suis impressionnée qu’un simple D vienne quasiment anéantir le premier sens. En ce moment, je me sens vide. Et pourtant, je suis toujours en vie. L’air entre et sort régulièrement de mes poumons, mon cœur pulse toujours et je suis pleine d’organes qui fonctionnent bien. J’ai les mêmes qu’à ma naissance, à peu de choses près…des dents de sagesse et un appendice en moins, pour le reste, tout est là. Alors c’est quoi cette sensation de vacuité ? J’ai même pas une gueule de bois ! Pourquoi est-ce que je me sens au bord d’une falaise ou alors au pied du mur ? Je mange à ma faim et même au-delà de la satiété, je n’ai qu’à ouvrir le robinet pour m’abreuver. J’ai un toit au dessus de ma tête et des murs autour de mon corps, je tourne quelques mollettes et un appareil envoie de l’air pour me réchauffer. Si je me sens sale, j’ai simplement à entrer dans une cabine en plastique et à me savonner sous l’eau chaude. J’ai aussi le loisir d’aller me glisser sous une couette dans un lit bien confortable et de dormir tout mon soûl. Il semble que mes besoins primaires soient satisfaits. Je suis aussi entourée par des personnes attentionnées et qui ont l’air de m’apprécier, d’autres me disent qu’ils m’aiment. Je suis parfois invitée, appelée, sollicitée, conseillée, caressée même. Je reçois des commentaires touchants et encourageants et des cartes postales colorées. Il semblerait que ce ne soit pas assez. J’attends des sms comme s’il s’agissait de bouées de sauvetage. Je me sens triste comme un frigo vide, ce qui est vraiment triste parce que pour compenser cette sensation désagréable, j’engloutis de la nourriture, je me gave comme pour combler ce fond creux alors c’est mieux que mon frigo soit rempli. Je me demande si, dans une autre vie, j’ai connu la famine pour avoir cet accès irrépressible de bâfrer. Dis, pourquoi quand je me sépare de toi, je sens comme un déchirement à l’intérieur ? J’ai la vague impression de revivre l’arrachement du vagin de ma mère. Ce sentiment insupportable de perdition alors que je suis une adulte équilibrée, une femme indépendante et autonome. Pourquoi, j’ai besoin de m’agripper à toi pour ne pas tomber ?  Depuis 34 ans, j’en ai connu un paquet de séparations entre les déménagements, les « t’es plus ma copine ! », les ruptures amoureuses, les fin de cdd… Tiens c’est peut-être ça qui cloche : fin de cdd. Si je me considère froidement comme une citoyenne lambda dans ce pays qu’est la France, je suis vide de situation professionnelle conventionnelle. C’est-à-dire une situation où je travaille en échange d’une rémunération financière. Le chômage est considéré comme une situation professionnelle transitoire je dirais, comme une salle d’attente : « ah vous êtes au chômage ? Mais vous comptez retravailler ? ». Effectivement, prise dans le sens commun, ma situation professionnelle est plutôt creuse. Pourtant, j’ai déjà expérimenté ce sentiment de vide même en recevant un salaire. Alors quoi ? C’est plutôt un travail qui m’apporterait assez d’argent pour satisfaire mes besoins et dans lequel je me sentirai comblée qu’il me faut. Voilà. Appelons-le travail, activité, occupation…une situation socialement acceptée où je peux être 100 % moi et où on me paie pour ça. Génie, ce sera mon premier vœu ! Et ne me dis pas que c’est compliqué parce que j’en connais des gens qui vivent ça. Je les admire ceux qui ont trouvé leur place dans le cadre proposé par notre société, ces gens qui ont un nom de métier que tout le monde connaît. Parfois je fantasme des conversations fluides où les gens comprennent immédiatement ce que je fais de ma vie, j’imagine que quand on est orthophoniste, prof d’arts plastiques ou contrôleur aérien on n’a pas à expliquer très longtemps ce qu’on fait. C’est clair. Et parfois j’aspire à être au clair. Comme j’ai de l’imagination et que la langue évolue, je suis prête à inventer un nouveau nom de métier. Et je m’attends à ce qu’il faille donner une définition. Je ne vais pas juger mes interlocuteurs, ce qui est important c’est que je m’interroge moi. Quelle est la mission sociale que je souhaite remplir pour les 50 prochaines années ? Oui parce que j’espère bien encore honorer cette mission à 80 balais ! Comment me sentir entière en gagnant ma vie ? Et surtout en attendant que cette situation rêvée se produise, comment vivre avec ce sentiment d’inutilité qui flirte avec le sentiment de nullité ? Avant, je savais bien combler. Dès que le bourdon se pointait, je m’activais, mon agenda était bien griffonné : de multiples rendez-vous avec les copains, des séances d’aquabike, des repas en famille, des coups de fil par milliers… Même les moments en solo étaient remplis : un livre, un dvd, un article à rédiger, une petite branlette, un courrier à envoyer…et hop, la journée est terminée ! Les périodes d’inactivité professionnelle requièrent beaucoup plus d’organisation qu’avant car je me lève avec environ quinze heures devant moi à organiser toute seule comme une grande. J’ai rarement d’obligations et parfois je cède à la panique alors je me colle un rendez-vous dentiste ou sécu pour me sentir rassurée, comme si j’avais besoin de ça pour exister. Aujourd’hui, j’ai envie de prendre mes responsabilités : cette situation je la choisis. Justement, je m’offre le luxe de cette vacuité pour expérimenter, observer, éprouver. Je me berce dans cet inconfort que j’éprouve quand autour de moi, les autres s’organisent et semblent se nicher dans des cases cosy. Je respire ma frustration, je me love dans mon malaise quand j’entends parler de grossesse, naissance, cohabitation amoureuse, nouveau boulot, projet de voyage. Une petite voix me juge sévèrement : « «tu as 34 ans, tu es sans enfant, sans emploi, sans capital ! ». Une autre me susurre : « et toi, t’as pas envie de te baigner dans le cours des événements sans te poser trop de questions ? ». Si, un peu…et aussi : j’aspire à ce que chacun de mes gestes et décisions aient un sens. Je veux être responsable de ma vie millimètre par millimètre. Pourtant, je me sens fatiguée d’analyser en permanence, de toujours tendre vers un mieux. Et j’ai peur. Peur d’être jugée, d’être en marge, d’être rejetée, de vivre seule. Alors, je me prends dans mes bras et je me caresse le front : « ma chérie, cette vie tu la crées depuis longtemps et de mieux en mieux. Sois fière du moment présent, tu es authentique et unique. Tu as le droit d’exister juste comme tu es. ». Je me félicite et je remercie tous ceux qui me soutiennent dans ma quête de liberté et de vérité. J’accepte d’être sans faire. Je laisse leur chance à la contemplation, au calme et à l’introspection. Et quand le cafard se pointe, je lui clame :

 

Je suis pleine de talents.

Je suis pleine de cellules.

Je suis pleine d’imagination.

Je suis pleine d’amour.

Je suis pleine d’eau.

Je suis pleine de créativité.

Je suis pleine d’humour.

Je suis pleine de gratitude.

Je suis pleine de poils.

Je suis pleine de sensations.

Je suis pleine.

 

 

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