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Cocon finement – épisode 8

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Je me sens souvent dispersée : je fais chauffer de l’eau, je lance une machine, je lis un texto, je me prépare un thé, j’ouvre mon livre, je me rappelle que je n’ai pas répondu à Nicolas alors je me saisis de mon portable, je reprends mon bouquin et en apercevant l’heure, j’ai envie d’allumer la radio pour écouter Grand bien vous fasse, j’écoute 10 minutes puis j’ai envie d’aller au toilettes, tant que j’y suis, je me brosse les dents, le téléphone sonne, je discute 20 minutes, mon thé est froid… La plupart de mes journées se passent comme ça, depuis des années. Est-ce que c’est lié à ma curiosité ? A mon manque d’organisation ? Je vois bien que la plupart des gens sont comme ça. On est sacrément doués pour zapper. Certains ont l’air de s’en accommoder, moi je réalise que ça me fatigue, enfin je me fatigue. A 21h, mes yeux se ferment et quand je fais le bilan, je n’ai effectué que des micro tâches.

Je me disais qu’au moins je jouissais de ma liberté, je me targuais d’avoir un rythme non conventionnel parce que les gens rigides m’ennuyaient. Pourtant, j’ai souvent ressenti un besoin de cadre. En CM2, je refusais de dire des gros mots parce que mes parents l’avaient interdit, « ils n’en sauront rien ! » s’exclamaient mes copains. C’était vrai, néanmoins j’avais besoin d’être mon propre parent ou maître d’école. Je vivais dans un tout petit village à la campagne avec des parents qui croyaient en mon autonomie, je me sentais à la fois affranchie et effrayée. Je me suis construite sur une ambivalence : besoin d’être mon propre maître (I want to break free) et l’attente que les autres me donnent des règles (Passe ton BAC d´abord). J’ai l’impression d’avoir vogué entre deux îles : Liberté et Limites. J’hésitais, je voulais tout. Tantôt habitée par un souffle baba cool, tantôt attirée par la comptabilité. Le confort et l’aventure.

J’ai longtemps cherché, niant parfois une facette puis l’autre comme s’il fallait me décider. J’alternais maladroitement entre l’ultra sérieuse et la carrément timbrée. On m’a même parlé de bipolarité. Et récemment, j’ai compris que je peux être ourse et aigle, intello et délurée, prudente et audacieuse. C’est un travail quotidien pour que ces binômes s’accordent. J’ai entendu dire que plus on est créatifs, plus on a besoin d’un cadre. Moi qui fantasmais une vie de bohème, genre le marchand d’inspiration viendra me saupoudrer comme le marchand de sable…que nenni ! Il semblerait qu’il faille de la structure, de la discipline, de l’ordre. Ces mots me faisaient peur car ils m’évoquaient pêle-mêle : Hitler, ma prof de maths, un soldat américain, Tatie Danielle, l’inspecteur des impôts. Et puis, j’ai senti la part de moi qui a besoin de ça, celle qui aime passer l’aspi, celle qui, l’air de rien, remet le tapis bien parallèle, celle qui se tient droite à table.

Ce cocon finement me fait m’interroger encore plus qu’avant (si si, c’est possible !) : est-ce que c’est des vacances forcées ? ou au contraire le moment de me mettre sérieusement à l’œuvre ? Pour trouver un juste milieu entre mes envies de lézarder et de créer, je me réconcilie avec la discipline. Alors qu’avant ça me paraissait flippant, je ponctue chaque journée de rituels : j’ouvre les yeux et je récite mes vœux, je fais mes ablutions et je vais faire de la gym dans le jardin. Même si la cantine est fermée, mes réunions annulées, je prends des vrais repas à heures plus au moins fixes. Je m’invente un emploi du temps quotidien. C’est plutôt jouissif de me prendre pour Dieu ou mon propre patron : c’est moi toute seule qui décide quoi faire et comment !

Comme j’ai une bonne mémoire, j’ai toujours tout gardé en tête et maintenant j’apprends à faire des listes pour libérer mon cerveau surchargé. Qu’est-ce que j’ai envie de faire aujourd’hui ? Quel est le degré de priorité ? Qu’est-ce qui s’annonce plaisant et moins agréable ? Je découvre que c’est une vraie satisfaction de barrer une tâche quand c’est fait ! Et pour contrer ma peur de la lassitude, j’ai une valise pleine de rituels différents (méditation, dessin, écriture, danse, massage, yoga), avec toutes les vidéos sur internet, je ne manque pas d’idées ! C’est comme si je construisais une espèce de colonne vertébrale qui me maintient de bonne humeur. Grâce à Routine, ma nouvelle copine, les mots crise, urgence, catastrophe, viennent se cogner à ma carapace dorée au lieu de me terrasser. Et puis, je savoure d’autant plus les récrés : James Brown passe à la radio, je pousse les meubles et je vais me déhancher, une odeur de gâteau au chocolat s’incruste sous la porte et je décrète que c’est l’heure du goûter. Quand vient la nuit, je m’étire comme un chat, je me souhaite de beaux rêves et je me réjouis car demain encore, je pourrai jouer à la présidente, la cheffe d’orchestre, l’architecte de ma vie de confinée, j’ai encore beaucoup à organiser !

 

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