Ondes sensibles

J’ai un secret pour toi

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Cocon finement – épisode 22

A écouter

 

A lire

Je croyais que j’étais invincible derrière mes jeux de mots et mes pieds-de-nez. En vérité, j’ai la trouille, la pétoche, les chocottes ! C’est comme si je sortais de ma bulle pour découvrir la réalité. Ça fait des semaines que quand, à la radio, ils disent « pandémie », « urgence sanitaire », je clame Même pas peur. Quarante-deux jours que je transforme crise en brise pour que ce soit plus doux. (Trop) longtemps que je me bouche les oreilles en fredonnant « je vais bien, tout va bien, je suis gaie, tout me plaît ». C’est pas un masque que je porte mais des œillères. Je vois bien que certains redoublent de créativité pour tourner la situation en dérision, je les remercie de me faire rire et, quand je me prends pour Antigone, je m’insurge : mais comment peut-on rire de ce qui nous arrive ?! J’ai l’impression que les dernières décennies, j’étais plutôt attirée par les tragédies antiques et qu’aujourd’hui, j’ai tendance à ne vouloir que des Happy End. Ce serait bien de trouver un compromis les gars (je m’adresse aux travailleurs dans mon cerveau) !

Depuis que je suis tombée dans la potion magique du développement personnel, c’est comme si je portais sur mes épaules la responsabilité du bonheur dans le monde. Je tiens le coup, j’y crois vraiment et puis bim ! je glisse sur une peau de banane et je m’écroule. Et alors là, ça fait mal. Il y a des gens qui me disent « protège-toi », « ne te fais pas trop d’espoir » et je ne comprends pas bien comment c’est possible de s’engager petitement, de s’enthousiasmer avec réserve. Moi j’ai besoin d’y aller franco comme quand j’ai appris à faire du vélo ! Si j’avais tourné les pédales lentement en m’attardant sur les obstacles et les dangers, je serais tombée. Je vois bien le principe, pour le vélo d’appartement. Bon, et tout en l’écrivant, je réalise qu’une fois qu’on sait faire du vélo, on peut pédaler lentement donc mon argument ne tient pas la route, c’est le cas de le dire.

Alors, au début, c’était bien caché en moi et je ne le savais pas et ensuite quand je l’ai soupçonné, je n’osais pas le dire ouvertement, pour ne pas créer un climat anxiogène. J’avais peur que ma peur fasse peur. Wouah balèze la fille ! Alors pour y remédier, je vais vous l’avouer : je me sens très angoissée par ce qui se passe actuellement. Je pensais que j’étais adaptable au changement et là, je sens, que ça passe difficilement. J’ai les mains moites quand j’enfile mes gants pour pousser le caddy. Même si je m’amuse à être Nikita quand je noue mon foulard avant d’entrer dans le magasin, je n’arrive pas bien à respirer. J’ai peur qu’on ne se fasse plus de bisous, ni de câlins mais que des apéros séparés par un écran ou une plaque de plexi. Même si j’ai adoré The Mask, l’idée d’en porter me file la nausée. J’ai la frousse de ne plus être spontanée sur un chemin de randonnée, de ne plus pouvoir me mélanger à des inconnus aux Vieilles Charrues. Je crains que tout devienne superficiel et inhumain, que 2020 devienne 1984.  J’ai peur de me retrouver toute seule à implorer « donnez-moi la main, je vous veux du bien ». Voilà, je l’ai dit, tant pis !

Certains me disent « de ne pas m’inquiéter », ils n’ont pas l’air très alarmés et ça me rassure. Ceux-là peuvent conseiller les plus flippés. D’autres, genre l’ami blond de Gad Elmaleh, affirment qu’ils n’ont pas du tout peur et j’aimerais beaucoup les croire. Il y en a qui regardent des films d’horreur et je me dis que c’est peut-être pour se rassurer : Covid19, à côté des zombies, de Ça et des massacres à la tronçonneuse, c’est peanuts ! Je vois bien que chacun fait comme il peut pour digérer. Heureusement il y a différents degrés de sensibilité : 50 nuances de grrr ! On peut mieux s’entraider.

Pour ma part, je décide de trouver l’équilibre entre optimisme et lucidité, de ne pas me leurrer sans m’apitoyer. Quand je sens la ptite bête qui monte, qui monte, qui monte, j’agis sans me blesser ni les autres : je tape sur des coussins, je piétine dans le jardin, je passe l’aspi, je crie dans mon oreiller ou je fais des gribouillis. Cette boule d’énergie qui me bloque les reins et m’enserre la gorge, je ne la laisse pas sur le palier. Même si elle me fout les jetons, je la laisse entrer, je lui indique poliment le canapé et pour être opé à l’écouter, je vais me défouler un bon coup avant de lui en payer un. Parce que, cette émotion, elle ne s’est pas pointée juste pour m’embêter, il semblerait qu’elle ait un truc à m’enseigner. Je voudrais tellement transformer ce qui m’effraie en bienfait. Alors, je fais de mon mieux. Petite scarabée is on the way…

 

 

Merci à toi de m’avoir lue, à bientôt pour une nouvelle aventure !

2 réflexions au sujet de “J’ai un secret pour toi”

  1. Bonjour Audrey,
    Je pense que nos peurs face à ce virus viennent aussi du fait que nous ne connaissons pas notre ennemi.
    Par ta joie de vivre, tu finiras par surmonter tes craintes.
    Philippe

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