Dites ouïe !

Retour à la case départ

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A écouter

 

A lire

Bizarre sensation que cette fin de partie. Un mélange de « déjà ? » et « enfin ! ». Est-ce qu’on ressent la même chose quand on est resté longtemps dans une chambre d’hôpital ou une cellule de prison et que vient le jour de sortie ? Je suis pleine d’appréhension et d’élan. C’est-à-dire que ce n’est pas vraiment comme avant. Même si le paysage n’a pas tellement changé, que les gens restent égaux à eux-même au téléphone, il me semble que l’air est différent. Est-ce que c’est moi qui suis transformée ?

Ils ont dit qu’on pouvait sortir, il a dit qu’il voulait être seul alors je reprends le chemin de chez moi. Euh c’est par où ? Ça fait 56 jours que je m’en suis éloignée, pas sûre de retrouver la porte d’entrée. Je retrouve ma voiture, pleine à ras bord de cartons et de trucs à jeter. Ah oui je me souviens maintenant, mi mars, je m’apprêtais à aller à la recyclerie donner ce qui m’était de trop. Les cartons c’est parce que je venais d’emménager. La voiture redémarre sans broncher…un signe, quand faut y aller, faut y aller. C’est curieux cette liberté qui s’abat sur moi d’un coup, qu’est-ce qui a changé entre hier et aujourd’hui ? Est-ce que c’est le moment où Corinna Rictus prend ses congés ? Apparemment non puisqu’on nous parle de sursis. Je ne suis pas certaine d’aimer ça moi qui prône le tout ou rien. Je me réjouis à moitié et je me sens comme amputée. Il faudra faire une réunion avec Enthousiasme et Affection pour les informer de la situation : il s’agit d’un déconfinement mais attention aux effusions. Moi qui aime jouer à Touchée, calmée, je me demande si on peut aimer en restant à distance. C’est ma curiosité qui est excitée : qu’est-ce que ça va donner ? Est-ce qu’on va inventer de nouvelles règles du jeu ? Je suis plutôt adepte des détournements de situation ! J’imagine que les bisous volants et les révérences vont ressurgir. J’ai toujours voulu apprendre la Langue des Signes, c’est peut-être le moment !

J’arrive chez moi. J’ai l’impression de revivre mon emménagement, comme si le 14 mars avait duré 2 mois (oui parce que moi j’ai anticipé le confinement et que je suis partie 3 jours avant évidemment !). Ladite maison a même changé, il semblerait que le propriétaire ait mis à profit son chômage forcé. J’ai un bref pincement au cœur : est-ce que c’est bien chez moi ? Est-ce que j’ai rêvé cela ? That was just a dream… Je tourne la clé dans la serrure et, ô joie, elle s’ouvre. A l’intérieur, je reconnais mes meubles et objets avec un grand soulagement. C’est drôle c’est comme si j’étais partie la veille : de la vaisselle sale dans l’évier, mon lit défait, le compost moisi. Je me crois dans un film découvrant une cabane que ses habitants ont dû fuir soudainement. Il semblerait que certaines soient venues confiner chez moi : crottes de souris et toiles d’araignées pour preuve. Je ne leur en veux pas, j’ai moi-même déserté sans état d’âme pour aller cohabiter avec un presque inconnu. Ça sent bizarre…serait-ce l’amertume liée à l’abandon ? Tu as eu peur que je ne revienne pas ? J’avoue, j’y ai pensé et pourtant me revoici, et même ravie. Pour te le prouver cher nid, je vais te faire une beauté, t’aérer, te dépoussiérer, te parfumer. Je vais te faire le plaisir de m’ébrouer en toi. Je reprends là où j’en étais, les carreaux ont eu l’occasion de se salir encore plus, tant mieux. L’herbe demande à être taillée, tant mieux. Je réalise, presque honteuse, que j’avais oublié que j’avais une Home sweet home tant j’ai voulu me sentir à l’aise chez lui. Je me réjouis d’avoir été capable de me refaire une case pour si peu de temps.

Je me répète cette promesse murmurée il y a 2 mois : cette fois, je pose vraiment mes bagages et je m’ancre, cette jolie maison sera mon refuge. Et bim, l’appel du 17 mars est venu modifier mes plans. Alors, je me redis à nouveau cette promesse parce que je sais que j’ai besoin de stabilité. Promis, on ne m’y reprendra plus ? Pas sûre… Je sais maintenant à quel point le quotidien peut basculer. Avant, j’y croyais pas, je me sentais en rébellion : « hors de question de m’entendre dire ce que je dois faire ! ». Aujourd’hui je souris de ma soumission, j’ai été cap’ d’obtempérer sans broncher : imprimer moult attestations pour chaque pas de côté, renoncer au sentier côtier, faire les courses en apnée. Qu’est-ce qui m’est arrivé ? Serais-je devenue sage ? L’ado en moi est dégoûtée : « franchement, t’as bien changé ! ». Pourtant c’était pas compliquée, parfois même naturel, j’aurais jamais imaginé pouvoir m’adapter sans trépigner. Non, je ne suis pas déçue de moi-même, je ne suis pas amère, je choisis de laisser couler parce que je me souviens à quel point j’étais crevée quand je voulais tout contrôler. Je m’informe, je garde espoir, j’apprivoise les normes, j’accueille la nouveauté. C’est avec le sourire que je participerai à ce qui nous est offert d’expérimenter. Bye bye Nostalgie, pour vivre les prochaines aventures, j’ai besoin d’énergie !

Merci à toi de m’avoir lue, à une prochaine…

 

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