Dites ouïe !

Big bisous bien baveux

Image par 愚木混株 Cdd20 de Pixabay

A écouter…

ou à lire… La première rencontre avec la moi masquée c’était au salon de coiffure…j’ai poireauté 35 minutes face au miroir pendant que la coiffeuse terminait la couleur de ma voisine. « Pas de problème, j’ai le temps ! ». Sauf que cette fois-ci, obligée d’être nez-à-nez avec une drôle de moi dont je ne discernais même plus le nez. Je l’avais un peu porté pendant le confinement mais je détournais le regard quand j’apercevais mon reflet dans les vitres. Trop bizarre ! Alors là, pas le choix, la vérité n’est plus ailleurs mais dans le reflet du miroir. Heureusement, j’ai un joli masque en tissu cousu par ma maman, ça c’est vraiment important. Un genre de masque-doudou. Il fait ressortir mon regard, soi-disant vert mousse. « T’as de beaux yeux, tu sais ?! ». Bon j’étais quand même ravie de l’enlever en sortant dans la rue. Comme c’est bon de sentir le vent sur mes lèvres, mes narines jubilent…

C’est peut-être ça l’idée : nous apprendre à mieux ressentir le bas de notre visage. Peut-être que ce sera par étape…la prochaine : on se bandera les yeux, un Colin-Maillard mondial ! Genre : comme vous voulez pas regarder la vérité en face, vous allez vous bander les yeux pendant des mois et ça vous apprendra ! Serait-ce une bonne blague ? Moi, ça me saute aux yeux, (tant qu’ils sont pas bandés) : ça fait un paquet d’années que j’avance masquée. Je fais style d’être une Audrey et alors qu’au fond, je suis différente. Je me la raconte grave. Je critiquais les femmes voilées, au moins, elles le font au grand jour : « oui Môsieur, je me voile la face ! ». Alors que moi j’ai joué un rôle en faisant croire que c’était vraiment moi. Eh ben tiens, tu écopes de six mois de masque. Peut-être que je fabule…ou pas ! Moi ça m’aide de chercher des raisons parce que des fois, c’est pas facile à (sup)porter cette mascarade. J’ai toujours cette private joke quand je m’apprête à entrer dans le supermarché : « les mains en l’air, ceci est un hold-up ! ». Je m’imagine dans Pulp Fiction. Oui parce que la raison de la non contagion, j’y crois moyen. Franchement, des fois ça frise l’incohérence, je m’y retrouve plus. Mais bon, je suis docile alors je passe l’élastique derrière mes oreilles. Comme quand j’allais au caté, pour faire plaisir…

Et puis maintenant, je travaille masquée. Vingt heures par semaine en apnée, c’est long… Bon, pour être honnête, je l’enlève dès qu’un client a le dos tourné. Même si je sens bien qu’ils iraient pas me dénoncer. Eux aussi ont l’air paumés dans cette histoire. Ceux qui ont des lunettes sont doublement punis parce que ça leur fait de la buée, déjà qu’ils étaient moqués en CP avec leur tête d’intello. C’est ça, on est tous des premiers de la classe, on nous a dit de faire comme ça alors on obtempère, faudrait pas se faire repérer. Et puis, on râle quand même sur l’incongruité, sur l’absurdité. Faut avouer qu’il y a des aspects positifs. Par exemple, c’est plus facile pour passer des appels masqués, je me demande d’ailleurs si le démarchage téléphonique fonctionne mieux… C’est les fabricants de rouge à lèvres qui doivent faire la gueule !

Moi ça m’arrange parce que j’ai toujours l’angoisse d’avoir un bout de persil entre les dents ou de puer du bec. Super invention le masque pour regagner en estime de moi. Si j’ai pas eu le temps de me brosser les dents après la pause déj’, Même pas peur ! Par contre, ça se retourne un peu contre moi cette affaire, dorénavant, je réfléchis mieux avant de goûter l’aïoli. C’est bien aussi quand j’ai un bouton de fièvre ou un gros point noir sur le nez, ça passe incognito. Les gens s’accrochent à mon regard de braise et je gagne en sex-appeal ! Avant, j’aimais déjà les yeux et alors, là, je les dévore. Et puis, c’est vraiment pratique quand j’ai la flemme de sourire, de toutes façons, on le voit pas alors pas la peine de me forcer. Si mes interlocuteurs ont un doute sur mon amabilité, ils pourront penser que c’est lié à la fameuse crise. Moi je la remercie Madame Crise parce qu’on peut tout lui mettre sur le dos : les gros mots, les addictions, les ruptures, les blessures, les pas contents. Elle encaisse. Qu’est-ce que ça fait du bien parfois de pouvoir accuser autre chose que soi !

Tout est bien organisé, il y a même des panneaux où on montre qu’il est interdit de se prendre dans les bras. Ça doit faire drôle d’être graphiste et d’avoir à dessiner ça. Après le lapin de la ratp* qui te prévient des « risques de te faire pincer très fort », il y a de nouvelles créatures pour calmer les élans du cœur. Dire qu’avant on distribuait des free hugs, j’y comprends plus rien ! Par contre, je salue l’interdiction de se bisouter entre collègues. Sérieux, c’était quoi cette tradition ?! Un rite de passage ? Un commandement ? Chaque matin, avant de travailler, à 11 paires de joues, tu iras te frotter. Je suis pas du tout étonnée que le travail à domicile aient autant de succès. Grâce aux mesures de protection, je peux enfin dire bonjour simplement en levant la main sans être taxée d’asociale. En plus, je gagne du temps et de la sérénité parce que j’ai plus à m’abimer contre des joues mal rasées, à m’asphyxier aux parfums frelatés et à serrer des paumes moites. Finalement, ça a du bon de se « protéger » !

Merci de m’avoir lue ! Et si tu veux me faire la courte échelle, rendez-vous sur Tipeee ! A bientôt…

*pour en savoir plus sur Serge le lapin : https://www.ratp.fr/serge-le-lapin

1 réflexion au sujet de “Big bisous bien baveux”

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