Dites ouïe !

C’est pas ma faute

Image par Bruce Emmerling de Pixabay

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La dernière fois, quelqu’un m’a dit qu’il y avait des fautes d’orthographe dans mes textes. J’ai immédiatement rougi de honte puis j’ai réalisé que je ne suis plus si attentive à cela. Avant, je ne supportais pas les messages publics avec des fautes. Je trouvais ça honteux : « quand même c’est pas difficile de se faire relire avant d’imprimer! ». C’était pratique, ça me permettait de faire le tri comme un videur de boîte de nuit : « Tu ne sais pas conjuguer, t’es pas mon copain ! ». Moi la première de la classe, fortiche en dictée, pourquoi ce laisser-aller ? Surtout que c’est une affaire de famille : chez moi, on fait des mots fléchés, on joue au Scrabble, on lit des livres. On déconne pas avec les accords de participes passés ! Je suis née avec cet héritage, un bagage qui me semblait acquis quand j’étais enfant. Et maintenant que je multiplie les coquilles, je me demande si, ça m’était si naturel que ça… Comme j’ai eu tendance à vouloir jouer l’élève parfaite, si ça se trouve, ça faisait aussi partie du package.

Avant, je jugeais beaucoup ceux qui oublient un S à la fin, ceux qui disent : « cent zeuros ». C’était carrément du mauvais goût pour moi. Et puis, j’en ai rencontrés qui n’osent même plus écrire un mot tellement ils ont été traumatisés à l’école. Heureusement pour ces complexés, maintenant il y a la correction automatique sur l’ordinateur, quand on écrit un sms, on nous propose automatiquement des mots, franchement c’est plus simple qu’à l’époque des cahiers de vacances. Maintenant, les fautes d’orthographe, ça m’émeut. Je trouve ça touchant parce que ça redonne de l’humanité, au moins on est sûr que c’est pas un robot qui a écrit. Quand j’y pense : heureusement que Ghislaine ne s’est pas demandé indéfiniment « participe passé ou infinitif ? » sinon on n’aurait jamais su que c’était Omar qui l’a tuER !

Pourquoi est-ce que pour certains c’est évident et pour d’autres moins ? Est-ce que, pour s’en sortir dans la vie, il faut impérativement savoir que lorsque le COD est placé avant le verbe, il y a accord en genre et en nombre entre le COD et le participe passé ? Le C O quoi ?! Quand j’étais au lycée, une copine a eu 19 au bac de philo. Je me souviens d’avoir éprouvé du dédain : « Franchement, c’est abusé avec toutes les fautes d’orthographe qu’elle fait ! ». C’est surtout parce que j’étais jalouse avec mon 14. Aujourd’hui, je salue le prof qui a su évaluer son travail au-delà des apparences. Il y en a beaucoup qui se disent dyslexiques, même s’ils ne savent pas bien écrire ce mot. Ça devient une mode comme être bipolaire. Pourquoi ne pas tout simplement avouer que l’orthographe nous dépasse ? Qu’à l’époque où l’instit essayait de le faire entrer dans notre cerveau, on préférait regarder la mouche sur la vitre ?

Je trouve ça acceptable moi d’avoir loupé le coche parce qu’on était curieux d’autre chose. Au lieu de se prendre la tête à intégrer la conjugaison, d’autres sont devenus génies en mécanique, génies des eaux ou génie civil. « Quand on veut être écrivaine, il vaut mieux être bon en orthographe. » me rétorque-t-on. Eh ben pas forcément, il existe des gens très compétents qui tiennent bon leur rôle d’élève parfait et/ou qui aiment profondément la Langue Française et qui s’appellent des correcteurs. J’avoue que ça doit être jouissif parfois de prendre son stylo rouge et de raturer (ça c’est pour mon côté maîtresse dictatrice) !

Et d’ailleurs, notre chère langue française n’est franchement pas la plus simple à apprendre. Qu’est-ce qu’elle est complexe ! Je suis pas étonnée que certains démissionnent avant même d’avoir essayé, ils arrivent sur terre, ils observent les adultes s’emmêler les crayons avec l’imparfait du subjonctif et ils préfèrent se taire. Quand on veut communiquer, on trouve toujours : un geste, un regard, un son… Mais attends, est-ce qu’on peut faire des fautes d’orthographe en LSF* ? Je me demande si s’attarder sur l’apparence ne fait pas perdre le sens. Si on est occupé à relever les « erreurs impardonnables », est-ce qu’on peut remarquer la musicalité, se laisser toucher par la poésie, entrer dans le vif du sujet ? Parce qu’au fond, c’est quoi le plus important : l’eau qu’on boit ou le verre qui la contient ?

*Langue des Signes Française

Merci de m’avoir lue ! Et si tu veux me faire la courte échelle, rendez-vous sur Tipeee ! A bientôt…

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