Dites ouïe !

Lettre à l’amoureuse de mon ex mari

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Cocon finement – épisode 15

A écouter

 

A lire

Le vendredi 03 avril 2020

Chère Julia,

Oui je sais ton prénom alors qu’on ne se connait pas. Certains disent même qu’on devrait se haïr. J’avoue, j’ai détesté ton existence quand j’ai appris que tu étais entrée dans sa vie. Je t’ai immédiatement jugée. J’ai espéré que cela ne dure pas, qu’il se rende compte que tu es inintéressante voire chiante. J’ai souhaité fort qu’il réalise que toi et aucune autre n’arriveraient à ma cheville. A un moment, j’aurais pu faire du vaudou pour t’éloigner de lui. Je te maudissais de t’être mise sur sa route si rapidement et de m’évincer subtilement. Entendre parler de toi a remué le couteau dans ma plaie et a titillé mon ego « Comment ? non seulement il me quitte, et en plus il est intéressé par une autre ?! ». C’est comme si ton entrée en scène signait mon expulsion. Il fut un temps où j’espérais garder le rôle principal pour toujours. Je me consolais en me disant que j’étais « plus » que toi : plus cool, plus belle, plus exotique, plus mieux. C’était mes peurs qui parlaient, peur de finir dans les oubliettes de ses pensées, peur de n’être plus rien.

Je t’ai jalousée oui et aujourd’hui, j’ai envie de te pardonner. Tu seras peut-être surprise car tu n’as jamais pensé être coupable. C’est vrai, même si cette idée m’a effleurée. Cette lettre est plutôt pour ME pardonner d’avoir eu des pensées nocives envers toi. Je décide d’arrêter d’être envieuse de tes aptitudes sportives. Je me réjouis qu’il t’ait trouvée pour partager sa soif d’aventure. S’il t’a choisie, c’est que tu dois être une sacrée personne ! En tout cas, la bonne pour lui à ce moment de sa vie. Ça me fait beaucoup plus de bien de t’apprécier que de te critiquer. Je me dis qu’on s’entendrait peut-être bien car on a les mêmes goûts en matière d’homme, ce qui n’est pas rien ! J’ai envie de te considérer en amie : j’étais sa femme et tu es sa compagne. Chacune a sa place auprès de lui selon les moments de sa vie. Même si votre vie amoureuse ne me regarde pas, je me réjouis pour vous deux. Peut-être même qu’un jour, la vie nous fera nous rencontrer. Je lui souhaite d’être comblé et je suis heureuse que tu aies repris le flambeau car l’amour entre un homme et une femme me semble ce qu’il y a de plus beau. Parce que décider d’être à deux, c’est audacieux et exigeant.

Prends bien soin de toi, de lui, de vous.

Audrey

Dites ouïe !

On fait la course ?

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Cocon finement – épisode 14

A écouter

 

A lire

« Je vais acheter à manger ! » Il y a 1 mois, cette information serait passée inaperçue. De nos jours, elle prend une autre dimension. La mise en route est plus longue qu’avant, est-ce que j’ai pensé aux gants ? « T’as oublié ton attestation ! ». La liste a été préparée avec attention et en concertation avec mon coéquipier de cocon finement. D’ailleurs, on a aussi voté qui aurait l’avantage d’aller pousser le caddy. C’est que chacun a envie d’une permission de sortie ! La liste empochée, je m’installe dans ma voiture, quel drôle d’effet. Est-ce qu’elle va redémarrer après toute cette inactivité ? Après tout, elle aussi a droit à un temps d’arrêt.

Je m’éloigne de la maison et mon cœur s’emballe : Liberté, liberté chériiiiiiie ! Je me sens en mission et même si je me réjouis de cette escapade, je me prends en flagrant délit d’apnée. « Quand même, tu ne risques pas grand chose, seule dans cet habitacle ! ». Je me détends un peu et j’admire les paysages défiler. Ce qui me touche le plus, c’est cette sensation grisante de vitesse même si je roule à 66km/h. Faut dire, que ces derniers jours, je n’ai pas dû aller au delà de 4km/h ! Alors, qu’avant je ne réalisais pas vraiment la chance que j’avais de pouvoir me déplacer d’un point A à un point B si rapidement, je remercie la technologie. Allez hop, un ptit coup d’essuie-glace pour fêter ça !

J’arrive sur le parking de BioMiam, je coupe le moteur. Je saisis mon foulard pour le nouer sur ma bouche et j’enfile mes gants de latex, je me prends pour Bonnie (sans Clyde !) parée à commettre le casse du siècle. La gangster en moi se calme immédiatement quand elle réalise qu’elle n’est pas la seule à avoir eu cette idée, tout le monde est masqué. Je reviens à la réalité et me glisse sagement entre les rayons. Aussitôt, je me remémore la Finlande, ce pays où les gens protègent leur espace vital, et préfèrent tenir leurs distances ou alors aux Japonais qui respectent sagement les distances de sécurité. Au moins, ça me fait voyager !

C’est le moment d’être efficace, pas le temps de Rêvasser… Je me prends à culpabiliser quand j’hésite entre chocolat noir/orange ou lait/noisettes. Personne ne me pousse, l’ambiance est plutôt détendue même, alors pourquoi je me mets cette pression ? Encore un élan de Bonnie ça ! C’est comme si la soie qui couvre mon nez m’empêche d’être moi. « Je suis innocente, j’vous l’jure « ! J’ose à peine sourire, pourtant le personnel est aimable. D’ailleurs, c’est plutôt agréable de faire des courses avec si peu de monde dans les rayons. Un grand climat de courtoisie règne, chacun s’écarte sur mon passage avec respect, nos regards se croisent avec complicité. Est-ce que ça on pourra le garder quand on sera libérés, délivrés ?

Je vérifie bien ma liste, je pense à ce que j’aurais pu oublier, je prends ce paquet au cas où. C’est bon, on a de quoi tenir pendant huit jours. Je pose mes articles sur le tapis et je me cogne dans la vitre en pvc en m’inclinant devant la caissière, je ne peux m’empêcher de penser que pour un magasin bio c’est pas très écolo ! Alors je me prends à imaginer un système en bambou ou sapins… « 89,42€ s’il vous plaît ». J’aurais voulu payer en espèces mais je n’ai pas eu le temps de blanchir mon argent alors je dégaine ma carte bleue. Je m’en vais charger mon coffre de ces denrées, mes précieux puis je prends soin de remettre mon chariot sur le côté droit. Il y a les brebis galeuses et les caddy pestiférés.

Je m’assois derrière le volant et je retire mes gants. Mes mains, devenues moites, jubilent de s’aérer, je défais le nœud de mon foulard et ma bouche sourit pour me remercier. Mission accomplie ! On the road again. Les champs de colza s’offrent à moi, je salue quelques vaches. J’ai une irrépressible envie de m’arrêter cueillir un bouquet printanier. Patience… Comme je ne sais pas quand aura lieu ma prochaine tournée, j’ai bien envie d’apprécier le trajet. Don’t worry, be happy !

Dites ouïe !

Rêvasser…

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Cocon finement – épisode 13

 

Rêvasser, parce qu’en ce moment, on a le droit,

de toi, de demain, de nous…d’eux

de tous mes projets fous, du monde que je voudrais, des idées inavouées

pour ne pas perdre pied, pour éloigner l’ennui, pour me sentir exister

en regardant le bout de mon nez, en faisant la vaisselle, en admirant le ciel

Dites ouïe !

Aux arts, citoyens !

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Cocon finement – épisode 12

A écouter

 

A lire

Aujourd’hui, c’est dimanche et je me demande si ça veut toujours dire quelque chose en cette période spéciale. Le déjeuner chez mamie est reporté. Est-ce qu’on garde la grasse mat’ et le brunch ? Est-ce qu’on se fait un jeu de société après manger ? Quand j’étais enfant, j’avais la pression, ces après-midi là, quand je réalisais que tous mes devoirs n’étaient pas faits et plus l’heure tournait, plus Le cafard du dimanche soir grandissait. Est-ce que les Français sont plus sereins aujourd’hui car ils savent que demain, même si c’est lundi, ils resteront à la maison ?

Pour moi, ça fait un moment que ça ne change plus grand chose, je me perds parfois dans les jours de la semaine. Parfois, j’aimerais qu’une institution ou un employeur m’impose un rythme, des horaires. Souvent, je me réjouis de m’emmêler les pinceaux. Justement, j’ai envie de dessiner. Même si je n’ai pas d’enfant avec qui colorier ou faire de la pâte à modeler, je sens mes mains frétiller. Une boîte de crayons de couleur me fait de l’œil, je me prends à tracer des mandalas en repensant à la rosace qu’on faisait au compas en CM1. Je retrouve le bonheur de m’appliquer, le bruit du crayon sur le papier et l’odeur des mines colorées. Je me souviens, c’était ma sœur surtout qui était douée, moi c’était plutôt les poèmes, j’aimais faire rimer cœur et bonheur, éternité et baiser.

En ce moment, plus que jamais, je sens que c’est le moment d’écrire pour de vrai. Mille et une idées de récits se bousculent en moi. Et puis mon complexe d’illégitimité se trouve bien titillé car j’imagine, qu’en ce fécond finement, tous les écrivains sont à l’œuvre envoûtés par une fébrilité inspiratrice. J’ai peur que ça se bouscule au portillon des éditeurs dans quelques mois. Et moi, et moi, et moi ? « Dis donc, tout ce stress pour un dimanche ! », me glisse à l’oreille ma copine Bienveillance. C’est vrai, je ne vais pas faire ma tête de l’art. Et si je créais, juste pour m’amuser ? Sans objectif de productivité, sans obligation de résultat. Juste pour le plaisir de gribouiller, de me laisser aller.

Je me remémore les cours d’arts plastiques, les ateliers en colo et des tas d’idées fusent : l’origami, les collages, le scrapbooking. Bon, la pâte à sel et les colliers de nouilles, ça passait dans les années 90, quand on n’était pas très au fait de la situation écologique, aujourd’hui on est tous d’accord que c’est mieux de les garder pour le dîner. Tiens, et si je faisais un gâteau ? Il y a même un puzzle jamais déballé dans le grenier, allez je fais confiance à ma créativité ! J’imagine tous les Français penchés sur leurs cahiers, équipés de craies et vêtus de tabliers. Je vois des couleurs d’arc-en-ciel jaillir des fenêtres, des odeurs épicées déborder des casseroles. Je sens que chacun réveille son âme d’artiste et en oublie d’être triste.

Avant, j’avais peur qu’il y ait trop de peintres, comédiens, clowns, danseurs, sculpteurs. J’avais peur qu’il n’y ait pas de place pour moi dans ce monde merveilleux. Maintenant, j’arrive à déceler chez ma grand-mère de 79 ans la malice de ma cousine de 8 ans. On a tous expérimenté le besoin de créer, les mains plongées dans le sable, deux quartiers de clémentines pour une bouche mutine, les doigts plein de gouache qu’on étale sur le drap. Pourquoi ça s’est arrêté ? Ou pourquoi on nous a mis de côté parce qu’on a voulu continuer ? Tout le monde a le droit à la créativité !

A vos pinceaux, à vos muscles, à vos spatules, à vos partitions, à vos cordes vocales, à vos tournevis, à vos micros, le Monde a besoin de vos chefs d’œuvre !

Dites ouïe !

La balade des gens heureux

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Cocon finement – épisode 11

A écouter

 

A lire

Chaque jour, je l’attends, comme une récompense du jour qui s’achève. Je pourrais décider de la faire à 11h et pourtant, je repousse le moment, je garde ce plaisir pour le crépuscule. Je me prépare comme pour une randonnée voire comme une opération commando. Un mélange d’excitation et d’appréhension me mène au bout de l’allée qui part de la maison et débouche sur la grande route. La plupart du temps, c’est désert et je me sens privilégiée d’être seule et aussi inquiète. Je me balade comme dans un décor de film abandonné. Où sont passés les comédiens ? Parfois, j’en croise quelques uns, de loin on se reconnait, une connivence invisible se tisse entre nous. Pourtant, je remonte mon écharpe sur ma bouche, je sens mon corps se courber comme si j’étais fautive, j’ose à peine parler. Heureusement qu’il reste mes yeux pour leur témoigner mon amitié et me sentir exister. La plupart me sourient et je me sens rassurée. A ce moment, j’imagine que c’est exactement comme avant.

Je me redresse, le regard attiré par la cime des arbres, et je m’accroche à ce vert hypnotisant. La tête haute, je respire enfin. Je me sens si petite déambulant entre ces troncs majestueux. Le chant des oiseaux l’emporte sur le brouhaha dans ma tête. Je presse le bouton reset. Je suis concentrée dans chacun de mes pas et j’ai une pensée pour ceux qui vivent entourés de béton, sans m’apitoyer, juste une pensée fugace qui me permet de savourer encore plus cette chance que j’ai d’être dans la nature. Le hennissement d’un cheval me sort de ma contemplation, je l’approche timidement même si je sens qu’il ne me veut que du bien. Je l’envie de vivre dans cet écrin de verdure avec vue sur les marais. Est-ce que sa vie a changé ces dernières semaines ?

Bientôt, je sens les embruns venir me chatouiller, je ne peux pas m’empêcher d’entendre cette phrase tellement incroyable : « on n’a pas le droit d’aller à la plage » et je lui demande gentiment de repartir d’où elle vient. Est-ce que je suis bien à 1km de la maison ? J’ai peut-être légèrement dépassé et je prends mes responsabilités. Il en va de ma santé : sûr que ce bol d’air marin, qui s’invite dans mes poumons, constitue un bouclier contre d’éventuelles miasmes baladeuses. Personne alentour, je baille allègrement ! Je me sens profondément apaisée. C’est marée haute et les vagues ont leur mot à dire. Je me régale de ces mouvements qui calment mon ressac intérieur. Le soleil rougeoyant m’offre un spectacle, non pas à couper le souffle, mais à me redonner du souffle. Je me suis honorée d’apercevoir l’horizon et j’ai envie de me mettre au diapason de notre belle Terre.

Je poursuis mon itinéraire et j’emprunte un ponton de bois, il serpente à travers les pins et je réalise que le chemin peut être doux et engageant malgré des embûches annoncées. Je rebondis entre les buissons d’aubépine et de genêts, une odeur enveloppante de noix de coco me chatouille les narines. Je sais que dans quelques mois, le soleil d’été la rendra plus tenace pour m’enivrer lorsque je marcherai d’un bon pas sur le sentier côtier. Je m’y vois déjà, en short et débardeur, un foulard sur la tête pour me protéger des coups de soleil, dans mon sac à dos une gourde et une orange…j’avalerai des kilomètres et des kilomètres sans me fatiguer. Je tiendrai la main de l’océan comme pour tenir bon la rampe. Un roucoulement de tourterelle me ramène à la réalité. Je suis là, le printemps ne fait que commencer. J’inspire profondément. Je fais le plein d’ions négatifs pour rester positive. Le vent caresse ma joue et me murmure : « tout est bien, tu peux retourner dans ton cocon finement sereinement, rendez-vous demain ! ».

A tous ceux qui respirent de l’air saturé, j’envoie des bouffées qui rendent plus joyeux.