Arbre à palabres

A méditer !

Pouce

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A écouter

A lire

Certains clament : « le travail, c’est la santé ! ». Pourtant en France, le nombre d’arrêts maladie repart en forte hausse selon la Sécurité sociale. Je vois l’épuisement qui fait place à l’amertume chez certains de mes collègues. Le mal de dos, les blessures. Les clients ne soupçonnent pas tout ce qui se trame entre les rayons, comment les employés donnent pour satisfaire leurs besoins. Je m’étonnais que dans une petite entreprise où règne la bonne humeur, les arrêts maladie se succèdent comme si chacun prenait son ticket à la boucherie. Nulle épidémie pourtant, il y a une large palette de maux. Rares sont les invincibles et ils peuvent alors se gonfler de fierté : « moi, je tiens le coup ». Je croyais en faire partie et puis un jour est venu où j’ai du capituler à mon tour. En mettant les oranges en rayon, je réalise que j’ai plus de jus. Certains disent que c’est parce que de nos jours « les gens s’écoutent trop ». Moi je crois que je m’écoute trop…tard. J’avais pourtant adopté un rythme discipliné, comment j’ai pas vu la faiblesse se pointer ? Alors que j’encourageais mes collègues : « Il faut prendre soin de toi, rentre te reposer », je m’agace. Parce que j’avais pas compris le message plus tôt : « Ménage-toi Audrey ». Je la fais taire et j’accepte de glisser moi aussi, je m’estime heureuse que ce ne soit pas plus grave. Je sais que le repos sera mon meilleur remède. Arrêter de piétiner à longueur de journée, de porter des cartons. Et puis aussi enlever mon masque. C’est peut-être le carton le plus lourd, finalement. Ne pas forcer le sourire ou l’amabilité alors qu’à l’intérieur je me sens lourde comme une pierre. J’ai parfois l’impression en passant la porte « privée » que mon corps se détend, je peux me gratter le nez et courber le dos comme si je passais enfin en coulisse. C’est dommage qu’il faille aller se cacher pour accéder à ça, pouvoir être vraiment soi. C’est comme si en enfilant mon bleu de travail, je mettais un masque de comedia dell’arte, celui qui sourit. J’aime monter sur les planches donc ça me va, sauf qu’il y a généralement une fin où les gens applaudissent, où c’est convenu que c’était pour de faux, où on peut redevenir soi-même. Dans un café du coin, j’ai remarqué une serveuse qui fait toujours la gueule. Elle me fait penser à la serveuse automate de Starmania. Je l’ai montré du doigt en la jugeant : « quand même elle pourrait faire un effort, c’est pas vendeur ». Aujourd’hui, je l’admire car elle a l’air d’être elle-même. Et puis, elle n’a pas perdu son poste pour autant. Les clients continuent à venir, peut-être qu’ils la jugent aussi mais au fond peut-être qu’on critique ce qu’on ne s’autorise pas ? J’ai un rêve. Celui d’un monde où on pourrait être soi-même, ne pas renier ses tracas, ses angoisses parce qu’on doit faire bonne figure. J’entends déjà les détracteurs : « si tout le monde se lâche, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! Le business en pâtirait ». Moi je pense qu’au contraire, le monde s’en porterait mieux. Il est temps de se rappeler que l’être humain ressent des émotions et que les brider le mène à des arrêts, des burn-out, ça crée un fossé entre ceux qui relâchent la pression et ceux qui tiennent coûte que coûte. Les fiables vs les faibles. Est-ce que ce serait si choquant de voir un caissier pleurer ou une banquière taper du poing sur la table ? Pourquoi seuls les enfants ont le droit de se rouler par terre ? Et encore, très vite on les redresse car ça fait tâche. Est-ce qu’on pourrait arrêter de faire semblant pour mieux respirer ? Alors c’est sûr, comme ça fait trèèèèèèèèèès longtemps qu’on retient, ça pourrait faire beaucoup de bruit d’un coup. J’imagine qu’il faudrait organiser la tombée des masques. Est-ce que ce serait si farfelu que la Sécu, au lieu de se plaindre de son déficit, aide les entreprises à faire de la prévention ? Qu’ils y aient masseurs, ergothérapeutes et sophrologues au lieu de l’annuelle visite médicale protocolaire ? Moi, si j’étais PDG, je mettrais un punching ball dans la salle de pause, je diffuserais des sketches dans les wc pour que les employés aient le loisir de s’égosiller, je rallongerais les temps de pauses et je proposerais des ateliers de relaxation. Pourquoi tout ce qui nous apporte du bien-être doit se faire en dehors du travail alors qu’on y passe la majeure partie de notre temps et qu’en sortant on a souvent juste envie de se coucher ? Je suis épatée que ce ne soit pas mieux étudié. Les fommes d’affaires ont tout à y gagner car si leurs salariés sont heureux, sûr qu’ils ramèneront plus de sous. Si j’étais présidente, je recyclerais des cabines téléphoniques en zones à pleurer, comme ça en pleine rue pour lâcher un chagrin qui nous étreint. Du fond de mon lit de convalescente, j’aime à rêver à une société libérée et bienveillante. Aujourd’hui, en n’allant pas travailler, je bouscule un équilibre, j’impose à mes collègues et employeur une réorganisation et j’imagine leur déception : « elle aussi, elle s’y met ? C’est pas le moment franchement. ». Je ravale mon orgueil en acceptant que personne n’est irremplaçable et je prend le risque d’être dépréciée. Et je fais taire la petite voix que je connais si bien et qui s’insurge : « Tu vas pas t’arrêter juste pour ça quand même ? Tu peux bien y aller chochotte ! ». Aujourd’hui, je dis « Pouce ! ». J’ai le droit à une pause et je me sens déjà mieux parce que j’ai osé affirmer qui je suis. Merci mon corps de me rappeler que j’ai des limites et qu’il faut prendre soin de moi. Je me prépare un bon grog et je me glisse sous la couette. Demain, je retournerai sauver le monde…ou pas.

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Dans ta Benz Benz Benz

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A écouter

A lire

J’avais rarement osé peut-être trop influencée par les discours catastrophistes genre « t’es dingue, tu peux tomber sur un taré ! » et aujourd’hui, j’envoie valser les préjugés. Même pas peur. Je me poste au bord de la route et je tends le pouce. C’est drôle comme brandir un doigt peut être compris de tous sans parler la même langue alors qu’on a parfois beaucoup de mal à communiquer avec des mots. Ça me conforte dans l’idée d’apprendre la langue des signes. Pas besoin de gesticuler, de me mettre en travers de la route, de me transformer en femme-sandwich, je trouve ça même classe comme geste, discret et efficace. Devant le défilé des voitures, je m’imagine dans l’arène graciant de beaux gladiateurs ! Mais revenons en 2019, sur le bitume. Le stop, c’est un excellent moyen pour apprendre à demander et surtout à accepter le refus. Il y a quelques mois, j’aurais très mal pris le fait que toutes ces voitures ne s’arrêtent pas pour moi. Je leur en aurais voulu, les traitant de cons, d’individualistes, j’aurais pu m’en vouloir aussi « qu’est-ce que je fous là ? Franchement la honte d’être sur le bord de la route comme une clocharde ! ». Aujourd’hui, droite dans mes chaussures de rando, je souris à tous ces gens qui passent. J’ai envie de prendre le temps, je fais confiance à l’imprévu. Même si la pluie commence à tomber, je sais que quelqu’un va s’arrêter. En attendant, j’observe le ballet des automobilistes et je m’amuse de leurs réactions. Certains haussent les épaules avec un sourire en coin comme pour s’excuser de ne pas accepter, d’autres regardent droit devant comme si je les menaçais, c’est comme s’ils avaient peur de mon pouce tendu alors qu’ils en balancent à longueur de journée sur Facebook. C’est comme si les félicitais d’ailleurs. D’autres agitent les bras pour me montrer qu’ils rentrent chez eux à 200 m, certains ont l’air sincèrement désolés en me désignant la voiture pleine. En quelques secondes, on crée déjà une relation et ça me plaît. Je ne leur en veux pas de continuer leur chemin sans moi, ça m’apprend la patience et la foi. Je m’imagine bien installée dans une voiture pour provoquer ma chance. Ça me plaît de me dire que ma demande muette est aussi une invitation, une invitation à se questionner « est-ce que j’ai envie de faire monter cette inconnue dans ma voiture ? », une invitation à prendre du recul sur ses peurs et ses principes « je ne suis pas l’arche de Noé, elle peut pas s’acheter une voiture, encore une assistée !». Une invitation à se montrer généreux, à partager la solitude d’un trajet, à se raconter. C’est ça qui me plaît, le stop c’est un échange. Quand j’attends longtemps, je commence à me questionner « est-ce que mon sourire a l’air forcé ? J’aurai du m’attacher les cheveux pour paraître moins bohème ! Est-ce que j’aurais du partir à une heure plus propice aux passages ? ». Et puis justement, quand mon mental sceptique et angoissé se met à ruminer, une voiture met son clignotant. Je saisis mon sac à dos et m’élance vers la vitre ouverte côté passager. J’annonce ma destination et me réjouis qu’on s’y rende aussi. C’est un pur plaisir de me glisser dans l’habitacle. Ils n’hésitent pas à déplacer leurs affaires pour me laisser m’asseoir : un tas de dossiers pour la réunion, les provisions fraîchement achetées, certains osent même éloigner leur précieux sac à main sur le siège arrière. Une fois, j’ai même pris la place du levain d’un boulanger qui partait pétrir son pain, j’étais honorée de voyager dans le même espace que cette préparation magique ! J’ai l’impression de savourer encore plus ce confort qui m’est offert gracieusement. Parfois, les gens s’excusent du bazar dans leur voiture, du chien qui me renifle ou de la fumée de cigarette et je suis pleine de gratitude. Je suis touchée qu’ils m’ouvrent la portière de leur intimité même pour quelques minutes. Parce qu’une voiture, c’est un espace particulier, confiné. Il n’y a pas de meuble entre nous, seul un petit frein à main délimite nos territoires respectifs, on se toucherait presque. En m’acceptant dans leur voiture spontanément, tous ces gens m’autorisent à découvrir leur univers : les papiers de bonbons froissés dans le cendrier, des gris gris qui pendent au rétroviseur. C’est fascinant de rencontrer des gens si différents, un jour avec un paysan, une chanteuse lyrique, une communauté internationale de hippies, un couple de hollandais fortunés, un tatoué au grand cœur, des quinquagénaire rangés, un chasseur. Je me sens toute petite dans une berline neuve qui sent le cuir, je suis bringuebalée dans une 4L, j’apprécie l’espace d’un camping car. Ce choix de déplacement m’ouvrent les portes d’univers que je n’aurais pas fréquentés, ça m’apprend à dépasser les clichés. J’aime accéder à un bout de quotidien de toutes ces personnes, je suis surprise que la plupart se livre, peut-être que le fait de regarder dans la même direction aide mieux à se dévoiler ou alors c’est le caractère éphémère de notre rencontre qui désinhibe. Certains sont nostalgiques car ils ont aussi voyagé en stop à une époque, d’autres n’ont jamais osé mais ils « prennent régulièrement », d’autres se sont arrêtés sans savoir pourquoi. Je les écoute me parler de leurs passions, de leur amour pour la région, de l’histoire des paysages que l’on traversent. Ensemble, on est en mouvement et pourtant le temps se suspend. Beaucoup font des détours pour me rapprocher de ma ligne d’arrivée. Je reprends confiance en l’humanité : oui il y a de la solidarité, oui on peut encore se rencontrer en toute simplicité. J’arrive à destination et malgré l’envie de prolonger cet instant privilégié, il est temps de se quitter. Je les salue chaleureusement et je descends de la voiture sans regret, je sais que d’autres rencontres m’attendent au prochain carrefour…

Merci à Michèle, Guillaume, Yves, Eric, Michel, Sylvie, Claude, Sophie et Jean-François, Frank, Marc et Christophe, Marcel, Paulette, Tony, Vanessa, Marylou, Wilfried, Romain, Bouchar, Pierre et tous les autres qui ont accepté de m’ouvrir la portière de leur intimité et m’ont aidée à voyager.

 Merci aussi à tous ceux qui continuent à tendre le pouce et à ceux qui acceptent de lever le pied !

Dites ouïe !

Hypercalifragilisticexpialidocious

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A écouter

 

A lire

On m’a dit l’année dernière que je suis  hypersensible, j’avais déjà entendu douillette, délicate et là je découvrais qu’il existe un terme dépourvu de jugement pour ce que je ressens ! J’ai même entendu parlé d’associations, il y a des articles sur le sujet et j’ai des amies qui travaillent particulièrement avec cette catégories de gens. Quand j’ai su ça j’ai été partagé entre le soulagement d’appartenir à un groupe et la déception d’être banale. C’est vrai qu’ « hyper-quelque chose » ça envoie ! Quand j’étais plus jeune, je disais beaucoup vachement. Je connaissais hyper pour ces endroits gigantesques où on peut passer la journée à faire ses courses. Hypermarché ça sonne encore mieux que super, avant j’avais à choisir parmi des centaines d’articles et maintenant j’ai accès à plus des milliers de denrées et objets. Quelle aubaine !  Ceci dit, pour tous ces nouveaux adjectifs, je sens une petite note négative, les dicos citent l’excès et l’exagération. C’est vrai que je clame haut et fort que je veux vivre des expériences et des relations intenses. Parfois, je me qualifie d’hyperactive, c’est vrai qu’il y a des jours où j’enchaîne les actions et je m’étonne de mon efficacité. Ou alors, j’ai du mal à tenir en place plus de quinze minutes, j’ouvre 8 onglets à la fois, j’entame 2 romans, 1 essai et 1 BD en même temps, en me levant de mon bureau pour aller aux wc, je range le linge, je lis un sms, je me fais un thé, je reviens m’asseoir et j’ai oublié de vider ma vessie.  On pourrait dire hyper dispersée ou hyper déconcentrée. Et puis récemment, j’ai lu que je suis hyperphage. Je dévore sans réussir à m’arrêter, je me vois faire, je sais que c’est pas très sain (même si c’est de la purée d’amandes bio sans sucres ajoutés), je me sens honteuse de ne pas parvenir à me contrôler et je continue jusqu’à ce que mon estomac tire la sonnette d’alarme. J’ai l’impression d’être une diligence avec un cocher complètement inconscient qui s’élance sur les pavés alors qu’il y a une petite chose très fragile à l’intérieur. Encore une fois, quand j’ai lu qu’il y avait un terme pour ça et donc d’autres gens comme moi, j’ai ressenti un soulagement. Comme si la catégorisation diminuait la tare. J’ai dit à mon thérapeute : « je fais de l’hyperphagie » avec le sourire en coin comme si mettre un mot dessus allait me guérir. C’est comme tous ces hypocondriaques qui revivent quand ils entendent les noms de leurs maux. Ça les rassure de pouvoir dire à la cantonade : j’ai une aplasie médullaire. Et ils peuvent même ajouter : « c’est hyper rare » ! Même si j’ai collé une étiquette sur mon comportement, je ne me sens pas mieux. On me dit hyper alors que parfois je me sens plutôt micro. Bon je comprends, on est des milliards, c’est plus facile de classifier, de faire des wikipédia des êtres humains comme ça les docteurs peuvent aller plus vite et c’est plus pratique pour les développeurs d’algorithmes. Tout ce trop me pèse. J’ai besoin de sobriété, solitude, silence. La profusion de produits sur les étals, l’effervescence culturelle, l’ultra confort me fatiguent. Ces derniers temps, je me prends pour une ogresse, je fais des achats compulsifs alors que je me plains de l’accumulation d’objets chez moi, je reste de longues minutes sous la douche brûlante comme si le pommeau pouvait compenser toutes mes larmes bloquées. Tout ça pour combler le vide en moi. Ça fait des mois (voire des années) que ça dure et je réalise que ça ne me fait pas du bien. J’alimente un insatiable mal tapi en moi, j’oublie de me respecter et je cause du tort à la planète en épuisant égoïstement ses ressources. Alors, c’est décidé, JE PARS MARCHER. Cet appel du chemin me titille depuis des années et je sens que c’est le moment. Je coupe le moteur.  La maîtresse a rangé son maillot d’bain et moi je fais l’école buissonnière. Ça me plait de partir à l’heure où des milliers de gens, après la torpeur estivale, reprennent un rythme effréné. Je me réjouis d’aller rejoindre les arbres et les rivières.  Il est temps de choisir, tout ne rentrera pas alors je renonce à la crème de jour, l’après-shampoing anti-pelliculaire, le masque peau grasse, l’huile tonifiante, les ampoules de magnésium, les gouttes « nuits paisibles ». Je m’en remets au soleil, au vent et à la pluie pour me purifier. J’oublie le fromage et le vin rouge et je m’interroge vraiment : « qu’est-ce qui sera essentiel au bon fonctionnement de mon corps ? ». Je me sens déjà mieux. C’est en foulant le sol que je choisis de démêler les nœuds qui m’étranglent. Il y a 32 ans, je me dressais pour découvrir le monde, j’y retourne. Un pas après l’autre en conscience pour tenir debout.

Sur la route parapampampam
Petit Odré s’en va parapampampam
Elle sent son coeur qui bat parapampampam
Au rythme de ses pas parapampampam
Rapampampam, rapampampam
Oh! petite Odré pamrapampam,
Où vas-tu?
Ondes sensibles

PMA quoi ?! (suite et fin)

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On prend constamment des décisions. Est-ce que je tourne à gauche ou je continue, est-ce que j’accepte ce dîner ? Pâtes ou riz ? Vert ou jaune ? Il y en a certaines beaucoup plus difficiles à prendre que d’autres. Il y a tout juste un an je décidais de changer de vie, un gros package plein de décisions douloureuses…renoncer, déménager, annuler, quitter. Comme c’était un revirement très intense, je pensais être un peu tranquille avec les verdicts. Il y en a une que je cachais sous le tapis, ça faisait un tas, c’était flagrant mais je me disais que ça pouvait attendre. Jusqu’à ce que je me prenne les pieds dedans et que je tombe…une fois et puis d’autres encore. Je pouvais choisir de le contourner pour traverser la pièce mais l’habitude me faisait marcher dessus. J’aurais pu l’enlever mais c’était exposer à la lumière cette chose énorme pas gérée. On dit que le temps panse les plaies, qu’on finit par oublier… Je réalise que si on ne traite pas une difficulté rapidement, elle ne disparait pas. Au mieux, elle attend gentiment, au pire elle explose. Aujourd’hui, je crie un bon coup et puis j’agis. Même si La FIV c’est chic , je renonce à ces quatre embryons congelés dans cet hôpital finlandais. Même si le froid polaire conserve, il est temps de régler la question. Il y a un an et demi, ils représentaient quatre espoirs de vie c’est pourquoi c’est si difficile de les supprimer simplement, juste comme si je sortais les Mister Freeze du congél. Sûrement parce que j’ai senti leur création. Parce que pendant ce parcours de PMA, j’ai eu le temps de prendre conscience de ce qui était à l’œuvre. Peut-être plus que pendant un furtif coït… Est-ce que c’est la vulnérabilité qui me guidait ? Est-ce que notre union n’était pas juste ? Est-ce que ce n’était pas « le bon moment » ? « Peut-être », « et si »…à quoi bon. J’accueille la douleur de détruire l’espoir. J’accueille la colère d’avoir soumis mon corps ces bouleversements. J’accueille la culpabilité d’abandonner.  Les futurs parents que nous étions avons pris des chemins différents, l’amour qu’il reste entre nous n’est pas destiné à sauver ces vies. Il arrive que tout le monde ne sorte pas rescapé d’un naufrage. Je remercie ces quatre petites âmes de m’avoir donné espoir et je leur souhaite un bon voyage. Les cigognes peuvent repartir vers d’autres horizons. J’ai besoin de clarté, de m’extirper du passé ainsi je vous libère. Ne m’en veuillez pas, soyez assurés que je vous ai désirés et aimés. Je vous remercie d’avoir fait naître en moi l’urgence de m’exprimer publiquement. C’est en vous créant que je démarrais ce blog qui me galvanise laissant la parole à mon corps muselé. En voulant tant porter la vie, j’ai réveillé l’étincelle créatrice au fond de mon ventre. Grâce à vous, j’ai dansé, j’ai déclamé, j’ai parlé. Et je suis devenue maman, celle de mon enfant intérieur qui a besoin de reconnaissance et de tendresse. Je me berce, je me console, je m’écoute et un jour viendra où une autre âme d’enfant verra la lumière et viendra s’installer en mon sein douillet. Patience est la mère de toutes les vertus…

 

Épisode premier PMA quoi ?!

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5 semaines par an

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A écouter

A lire

J’entends les gens évoquer leur proche départ en vacances. Certains ont 2, 3 voire 4 semaines et je sens la jubilation dans les yeux. Moi je leur réponds que je travaille tout l’été et j’ai droit à des mines compatissantes : « ça va aller quand même? ». Alors je m’interroge… Effectivement, est-ce que je vais supporter d’être dans un magasin climatisé pendant que mes congénères sont sur la plage de Saint Jean de Luz, en rando dans le Mercantour ou dans les pubs irlandais ? C’est vrai que ça fait rêver, rien qu’en entendant les clients, j’ai un catalogue d’agence de voyage. Alors justement, si j’avais moi aussi plusieurs semaines à poser, ce serait difficile de choisir. Et puis, je sens que pour certains, il ne faut pas se tromper car ils attendent ça comme si leur peine carcérale arrivait à terme. Beaucoup ont tellement attendu que quand le jour béni se pointe, ils tombent malades. Une grippe fulgurante comme ça, en pleine canicule. Alors ils stressent : « c’est pas malin d’être malade pendant mes congés avec tout ce que j’ai prévu. ». Moi je suis bien à bosser, j’opte pour le temps partiel et je m’offre des bouffées de vacances régulièrement. Avant, j’aurais hurlé d’être enfermée juillet et août sauf que l’insouciance estivale me gagne même en bleu de travail. Avant j’étais envieuse et maintenant quand ma collègue m’annonce son menu, je me réjouis pour elle et je me plais à m’imaginer à sa place. Au milieu des têtes de gondoles, je rêve de Venise et ça me galvanise ! Je ressens la chaleur et j’entends la musique de Puccini. J’ouvre les yeux et je ris en réalisant que je me tiens face au rayon lasagnes. Cet été, je décide d’aller travailler à vélo, ça change. Je sens le vent dans mes cheveux, je lâche le guidon et je me sens libre comme l’air. Un peu comme en vacances… Et puis, un soir de semaine, je m’offre une escapade dans la nature, je prépare mon paquetage. A 3km de chez moi, je plante mon campement éphémère, je dîne à la belle étoile, le temps se suspend. Demain, je retournerai travailler et là, tout de suite, je suis en congé ! Il y a quelques années, je me cantonnais au boulot/dodo et cet été, j’innove. Six heures sur un tapis de sol me rendent plus joyeuse que 9h sur mon matelas mémoire de forme. Je suis heureuse de découvrir la souplesse et l’évasion à quelques coups de pédale. Un matin, je me lève une heure plus tôt et je prends un petit déjeuner gargantuesque dans le jardin. Toute seule pendant que le quartier est encore endormi, pieds nus dans la rosée. Ce midi, j’évite la cantine et je pars pique-niquer au bord du canal. Je sors du bureau à 19h et je m’offre un cornet menthe/chocolat en envoyant valser les idées reçues ! Les vacances, j’ai pas envie de les comptabiliser comme quand j’étais enfant « plus que 5 dodos ». Je me souviens de ce temps où, pendant mes journées de salariée, j’organisais fiévreusement mes congés. Une fois « libérée, délivrée », je partais loin pour oublier, j’évitais le sujet tabou et des semaines après, je reprenais le boulot des larmes au fond de la gorge. Certains rapportaient du sable dans leurs chaussures et moi, c’était des galets dans le creux du ventre. A cette époque, j’utilisais beaucoup le mot « vivement » et « j’ai hâte » comme s’il fallait fuir le moment présent. Aujourd’hui, j’ai envie que chaque jour soit agréable même celui où il pleut, même celui où je tombe en panne, même celui où on se dispute. La vie est faite d’une multitude d’instants et je décide que la majeure partie soit positive. Pour moi les vacances c’est pas 5 semaines de congé par an, c’est plutôt 5 fois par jour. Je réévalue mes exigences et je prends ce qui est à portée de main. Ça veut dire quoi pour moi « être en vacances ? » : prendre le temps de la lenteur, de la surprise, de l’émerveillement, de l’exaltation. Et puis, ce qui est bien quand tout le monde est en congés, c’est le calme. J’apprécie que les voitures aient déserté la ville, ça me plaît d’être de ceux qui restent. Vivement maintenant !

Dites ouïe !

Passe-moi les sardines

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Rien de tel qu’un séjour au camping pour déconnecter. Ici ça respire la joie de vivre et la nonchalance. Y a même des mecs qui sifflotent en faisant la vaisselle, je suis sûre que c’est pas la même dans leur pavillon de Douai. Chacun fait son trou, installe son campement pour se recréer un cocon pour quelques jours ou plusieurs semaines. Certains restent même des mois, ils ont des jardinières et une antenne télé. Ici chacun met ses lubies vestimentaires de côté, on se promène en pyjama, shorts et tongs règnent. Les coincés du caca se dévergondent et se promènent le rouleau de papier toilette à la main. On vit au rythme des roucoulements des tourterelles, des va-et-vient des vagues, des ronflements du voisin. Eh oui, parce que le camping c’est aussi la promiscuité mais curieusement, les gens se supportent plus que dans leur HLM. Est ce que c’est d’être au contact de la nature qui les apaise ? Vue du ciel on doit ressembler au fameux village des irréductibles gaulois, y a même le barde qui fait des prouesses à la soirée années 80. En général, les gens sont détendus, jouent à toutes sortes de jeux extérieurs, boivent l’apéro pendant des heures affalés sur leur salon de jardin en plastique pendant que les mômes jouissent d’une liberté sans entraves. Cabanes pour les uns, canons pour les autres. On reste sur la plage alors que le soleil est bien bas, certains s’attardent dans les rouleaux comme si tout ça aura disparu demain. Le temps est un peu arrêté au camping. On enlève nos montres, le réseau est mauvais et donc on regarde plus à l’horizon. Ici pas d’écran à part le total qu’on s’étale malgré les nuages bretons. D’ailleurs, il faut s’occuper pour les jours de pluie car par contre,  le camping mouillé, c’est moins marrant. Les possibilités sont restreintes : un tour à Décath ou à l’aquarium du coin et pour les plus téméraires, ceux qui disent « en Bretagne, il pleut que sur les cons », il y a pêche aux coques avec bottes et ciré, d’autres optent pour un Monopoly dans la caravane. Les plus précaires en tente prennent leur mal en patience, supportent vêtements trempés et duvets frais et partent pédaler dans la bruine en positivant : « en Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour ». Et lui, il se tient toujours là, fier, malgré les milliers de pieds qui l’arpentent, le cap Fréhel résiste. La roche rose contraste avec le turquoise de la mer et les falaises de granit se dressent imperturbables. Les décorateurs de Games of Thrones jubileraient. Et ce phare si fidèle et bienveillant avec son faisceau qui guide des tas d’âmes à la dérive. Pendant les vacances au camping, les écorchés reprennent leur souffle, trouvent du réconfort dans une crêpe caramel au beurre salé, vivent au rythme du soleil, et prennent le temps de contempler les étoiles. Ouf…

A méditer !

Should I stay or should I go ?

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A écouter

 

A lire

Je me la coule douce entourée de gens qui plantent des topinambours et utilisent leurs sacs en tissus pour acheter des pois chiches en vrac. Tout le monde sourit, prend son temps. Je songe à vivre en yourte et mange du fromage blanc de brebis. Je dors la tête au nord pour avoir des nuits paisibles. Je croise beaucoup de gens comme moi. On fait partie de ceux qui savent que le Feng Shui n’est pas le menu n° 11 du Japonais d’en bas et que le chia est une plante mexicaine. On prône l’éducation positive. On se dit merci en se regardant dans les yeux voire en posant une main sur l’épaule de l’autre. On milite gaiement pour les coquelicots, on circule à vélo. La plupart du temps, je me dis qu’on s’entend tous dans le meilleur des mondes. Je nous admire. D’autres jours, j’ouvre mes volets et je tombe sur les poubelles des voisins qui débordent. Je cligne des yeux plusieurs fois quand je vois quelqu’un jeter son gobelet par la fenêtre de sa voiture. Il y a des jours où ma vue s’élargit. Je sursaute quand j’entends des passants s‘insulter. Je descends de mon nuage, ou plutôt de mon arbre, et je prends conscience que le monde est complexe. Des fois, c’est trop pour moi, je me sens agressée, je ne trouve pas le sommeil, je veux du calme. Alors, je me dis que je vais partir vivre dans un coin isolé, entendre seulement les oiseaux piailler, cultiver des légumes et ne faire mes achats qu’au marché du coin, côtoyer mes amis bienveillants et fonder une famille zéro déchet. Il y a des jours où j’envisage sérieusement de fuir le bruit des camions-poubelles à 5h du mat’, éviter les regards agressifs, fermer les yeux sur les mégots qui traînent, éteindre les néons…m’évader. Est-ce que la fuite est une solution ? Est-ce que c’est vraiment vivable de créer une société de Bisounours ? J’aurai peut-être l’impression de mettre des œillères. Est-ce qu’on pourrait vivre tous ensemble même si on se sent si différents les uns des autres ? Tout ça, c’est la faute des étiquettes. Celles qu’on colle rapidement et qui restent bien en place. Beaufs, intellos, bobos, racailles, péquenots, cathos, no life, babas cool, ringards, bourgeois, prolos… On critique les sectes mystiques, il y en a bien plus, banalisées et tout aussi néfastes. On s’indigne des castes en Inde, je crois qu’on crée aussi les nôtres. Une fois qu’on est catégorisé, difficile de sortir de la norme. Il me semble que tout est une question de point de vue, peut-être que pour un habitant de la cité des mimosas je suis une intello et que pour un énarque habitant le 16ème, je suis une beauf. Et voilà, je replonge dans les préjugés. J’aime à penser que chaque être humain est plus complexe qu’un qualificatif. Et surtout que les étiquettes peuvent être coupées. J’ai été fille modèle, première de la classe, et aujourd’hui j’accepte de faire des fautes d’orthographe. Un jour, je regarde Fassbinder, un autre je surfe sur Facebook. Ça fait longtemps que je juge, je l’avoue et maintenant j’aspire à accepter la diversité. La voisine qui écoute la musique très fort a sûrement besoin de ça pour se sentir épanouie. Ce sentiment de colère qui bouillonne en moi, c’est sûrement parce que je l’envie d’agir en total accord avec ses envies. Parce que « ça se fait pas » et aussi parce que « si tout le monde faisait ça, on s’en sortirait pas ». C’est vrai quoi : « Il y a des règles à respecter pour vivre en société ». Comment laisser chacun s’exprimer ? Quelles sont les limites ?  On nous dit que « la liberté s’arrête là où commence celle des autres ». C’est plutôt vague et subjectif. Chacun voit midi à sa porte. Je n’ai pas la même conception du libre arbitre que ma voisine. On a chacune notre passé, des expériences diverses de la vie.  Alors il faut communiquer. J’essaie de ne plus être dans la réaction, quand quelque chose me dérange je ne monte plus au quart de tour, je marque une pause et j’observe ce que ça me fait. Est-ce que c’est si grave que ça ? Comment vivre avec les désagréments en restant zen ? J’aime vivre en ville pour pouvoir aller au cinéma à pieds, prendre un café en terrasse, partir en train bosser, alors j’accepte la circulation. J’aime les poutres apparentes et le parquet des vieux appartements et donc l’isolation n’est pas terrible. Je prends des douches froides et je dors avec des bouchons d’oreille. Même si j’aimerais « le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière », je fais des compromis. Peut-être que si on autorise tous les gens à écouter leur musique préférée très fort ou à faire des claquettes à un moment donné, ça s’harmoniserait. Un genre de tour de services, le lundi pour les Dupont, mardi pour Dylan, mercredi pour Héloïse… Et puis, on le sait bien, quand c’est interdit, certains ont envie d’enfreindre les lois. Pour le ramassage des déchets, on pourrait participer plus activement, par exemple chacun donnerait 2h par mois pour tester le métier d’éboueur ou stagiaire dans un centre de recyclage. Je sais que c’est mal de jeter son papier par terre, déjà parce qu’on me l’a dit quand j’étais petite, et puis parce que j’aime profondément la nature. Si mes voisins comprennent le lien entre trier et pouvoir lézarder sur une plage, ils feraient sûrement plus attention. Tout est question de pédagogie. Je sens que de la révolte naît l’envie de sensibiliser. Bon ok, je reste. Même si je me sens Complètement HS, j’accepte les bémols pour composer.