Arbre à palabres

Dites ouïe !

Hypercalifragilisticexpialidocious

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A écouter

 

A lire

On m’a dit l’année dernière que je suis  hypersensible, j’avais déjà entendu douillette, délicate et là je découvrais qu’il existe un terme dépourvu de jugement pour ce que je ressens ! J’ai même entendu parlé d’associations, il y a des articles sur le sujet et j’ai des amies qui travaillent particulièrement avec cette catégories de gens. Quand j’ai su ça j’ai été partagé entre le soulagement d’appartenir à un groupe et la déception d’être banale. C’est vrai qu’ « hyper-quelque chose » ça envoie ! Quand j’étais plus jeune, je disais beaucoup vachement. Je connaissais hyper pour ces endroits gigantesques où on peut passer la journée à faire ses courses. Hypermarché ça sonne encore mieux que super, avant j’avais à choisir parmi des centaines d’articles et maintenant j’ai accès à plus des milliers de denrées et objets. Quelle aubaine !  Ceci dit, pour tous ces nouveaux adjectifs, je sens une petite note négative, les dicos citent l’excès et l’exagération. C’est vrai que je clame haut et fort que je veux vivre des expériences et des relations intenses. Parfois, je me qualifie d’hyperactive, c’est vrai qu’il y a des jours où j’enchaîne les actions et je m’étonne de mon efficacité. Ou alors, j’ai du mal à tenir en place plus de quinze minutes, j’ouvre 8 onglets à la fois, j’entame 2 romans, 1 essai et 1 BD en même temps, en me levant de mon bureau pour aller aux wc, je range le linge, je lis un sms, je me fais un thé, je reviens m’asseoir et j’ai oublié de vider ma vessie.  On pourrait dire hyper dispersée ou hyper déconcentrée. Et puis récemment, j’ai lu que je suis hyperphage. Je dévore sans réussir à m’arrêter, je me vois faire, je sais que c’est pas très sain (même si c’est de la purée d’amandes bio sans sucres ajoutés), je me sens honteuse de ne pas parvenir à me contrôler et je continue jusqu’à ce que mon estomac tire la sonnette d’alarme. J’ai l’impression d’être une diligence avec un cocher complètement inconscient qui s’élance sur les pavés alors qu’il y a une petite chose très fragile à l’intérieur. Encore une fois, quand j’ai lu qu’il y avait un terme pour ça et donc d’autres gens comme moi, j’ai ressenti un soulagement. Comme si la catégorisation diminuait la tare. J’ai dit à mon thérapeute : « je fais de l’hyperphagie » avec le sourire en coin comme si mettre un mot dessus allait me guérir. C’est comme tous ces hypocondriaques qui revivent quand ils entendent les noms de leurs maux. Ça les rassure de pouvoir dire à la cantonade : j’ai une aplasie médullaire. Et ils peuvent même ajouter : « c’est hyper rare » ! Même si j’ai collé une étiquette sur mon comportement, je ne me sens pas mieux. On me dit hyper alors que parfois je me sens plutôt micro. Bon je comprends, on est des milliards, c’est plus facile de classifier, de faire des wikipédia des êtres humains comme ça les docteurs peuvent aller plus vite et c’est plus pratique pour les développeurs d’algorithmes. Tout ce trop me pèse. J’ai besoin de sobriété, solitude, silence. La profusion de produits sur les étals, l’effervescence culturelle, l’ultra confort me fatiguent. Ces derniers temps, je me prends pour une ogresse, je fais des achats compulsifs alors que je me plains de l’accumulation d’objets chez moi, je reste de longues minutes sous la douche brûlante comme si le pommeau pouvait compenser toutes mes larmes bloquées. Tout ça pour combler le vide en moi. Ça fait des mois (voire des années) que ça dure et je réalise que ça ne me fait pas du bien. J’alimente un insatiable mal tapi en moi, j’oublie de me respecter et je cause du tort à la planète en épuisant égoïstement ses ressources. Alors, c’est décidé, JE PARS MARCHER. Cet appel du chemin me titille depuis des années et je sens que c’est le moment. Je coupe le moteur.  La maîtresse a rangé son maillot d’bain et moi je fais l’école buissonnière. Ça me plait de partir à l’heure où des milliers de gens, après la torpeur estivale, reprennent un rythme effréné. Je me réjouis d’aller rejoindre les arbres et les rivières.  Il est temps de choisir, tout ne rentrera pas alors je renonce à la crème de jour, l’après-shampoing anti-pelliculaire, le masque peau grasse, l’huile tonifiante, les ampoules de magnésium, les gouttes « nuits paisibles ». Je m’en remets au soleil, au vent et à la pluie pour me purifier. J’oublie le fromage et le vin rouge et je m’interroge vraiment : « qu’est-ce qui sera essentiel au bon fonctionnement de mon corps ? ». Je me sens déjà mieux. C’est en foulant le sol que je choisis de démêler les nœuds qui m’étranglent. Il y a 32 ans, je me dressais pour découvrir le monde, j’y retourne. Un pas après l’autre en conscience pour tenir debout.

Sur la route parapampampam
Petit Odré s’en va parapampampam
Elle sent son coeur qui bat parapampampam
Au rythme de ses pas parapampampam
Rapampampam, rapampampam
Oh! petite Odré pamrapampam,
Où vas-tu?
Ondes sensibles

PMA quoi ?! (suite et fin)

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On prend constamment des décisions. Est-ce que je tourne à gauche ou je continue, est-ce que j’accepte ce dîner ? Pâtes ou riz ? Vert ou jaune ? Il y en a certaines beaucoup plus difficiles à prendre que d’autres. Il y a tout juste un an je décidais de changer de vie, un gros package plein de décisions douloureuses…renoncer, déménager, annuler, quitter. Comme c’était un revirement très intense, je pensais être un peu tranquille avec les verdicts. Il y en a une que je cachais sous le tapis, ça faisait un tas, c’était flagrant mais je me disais que ça pouvait attendre. Jusqu’à ce que je me prenne les pieds dedans et que je tombe…une fois et puis d’autres encore. Je pouvais choisir de le contourner pour traverser la pièce mais l’habitude me faisait marcher dessus. J’aurais pu l’enlever mais c’était exposer à la lumière cette chose énorme pas gérée. On dit que le temps panse les plaies, qu’on finit par oublier… Je réalise que si on ne traite pas une difficulté rapidement, elle ne disparait pas. Au mieux, elle attend gentiment, au pire elle explose. Aujourd’hui, je crie un bon coup et puis j’agis. Même si La FIV c’est chic , je renonce à ces quatre embryons congelés dans cet hôpital finlandais. Même si le froid polaire conserve, il est temps de régler la question. Il y a un an et demi, ils représentaient quatre espoirs de vie c’est pourquoi c’est si difficile de les supprimer simplement, juste comme si je sortais les Mister Freeze du congél. Sûrement parce que j’ai senti leur création. Parce que pendant ce parcours de PMA, j’ai eu le temps de prendre conscience de ce qui était à l’œuvre. Peut-être plus que pendant un furtif coït… Est-ce que c’est la vulnérabilité qui me guidait ? Est-ce que notre union n’était pas juste ? Est-ce que ce n’était pas « le bon moment » ? « Peut-être », « et si »…à quoi bon. J’accueille la douleur de détruire l’espoir. J’accueille la colère d’avoir soumis mon corps ces bouleversements. J’accueille la culpabilité d’abandonner.  Les futurs parents que nous étions avons pris des chemins différents, l’amour qu’il reste entre nous n’est pas destiné à sauver ces vies. Il arrive que tout le monde ne sorte pas rescapé d’un naufrage. Je remercie ces quatre petites âmes de m’avoir donné espoir et je leur souhaite un bon voyage. Les cigognes peuvent repartir vers d’autres horizons. J’ai besoin de clarté, de m’extirper du passé ainsi je vous libère. Ne m’en veuillez pas, soyez assurés que je vous ai désirés et aimés. Je vous remercie d’avoir fait naître en moi l’urgence de m’exprimer publiquement. C’est en vous créant que je démarrais ce blog qui me galvanise laissant la parole à mon corps muselé. En voulant tant porter la vie, j’ai réveillé l’étincelle créatrice au fond de mon ventre. Grâce à vous, j’ai dansé, j’ai déclamé, j’ai parlé. Et je suis devenue maman, celle de mon enfant intérieur qui a besoin de reconnaissance et de tendresse. Je me berce, je me console, je m’écoute et un jour viendra où une autre âme d’enfant verra la lumière et viendra s’installer en mon sein douillet. Patience est la mère de toutes les vertus…

 

Épisode premier PMA quoi ?!

Dites ouïe !

5 semaines par an

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A écouter

A lire

J’entends les gens évoquer leur proche départ en vacances. Certains ont 2, 3 voire 4 semaines et je sens la jubilation dans les yeux. Moi je leur réponds que je travaille tout l’été et j’ai droit à des mines compatissantes : « ça va aller quand même? ». Alors je m’interroge… Effectivement, est-ce que je vais supporter d’être dans un magasin climatisé pendant que mes congénères sont sur la plage de Saint Jean de Luz, en rando dans le Mercantour ou dans les pubs irlandais ? C’est vrai que ça fait rêver, rien qu’en entendant les clients, j’ai un catalogue d’agence de voyage. Alors justement, si j’avais moi aussi plusieurs semaines à poser, ce serait difficile de choisir. Et puis, je sens que pour certains, il ne faut pas se tromper car ils attendent ça comme si leur peine carcérale arrivait à terme. Beaucoup ont tellement attendu que quand le jour béni se pointe, ils tombent malades. Une grippe fulgurante comme ça, en pleine canicule. Alors ils stressent : « c’est pas malin d’être malade pendant mes congés avec tout ce que j’ai prévu. ». Moi je suis bien à bosser, j’opte pour le temps partiel et je m’offre des bouffées de vacances régulièrement. Avant, j’aurais hurlé d’être enfermée juillet et août sauf que l’insouciance estivale me gagne même en bleu de travail. Avant j’étais envieuse et maintenant quand ma collègue m’annonce son menu, je me réjouis pour elle et je me plais à m’imaginer à sa place. Au milieu des têtes de gondoles, je rêve de Venise et ça me galvanise ! Je ressens la chaleur et j’entends la musique de Puccini. J’ouvre les yeux et je ris en réalisant que je me tiens face au rayon lasagnes. Cet été, je décide d’aller travailler à vélo, ça change. Je sens le vent dans mes cheveux, je lâche le guidon et je me sens libre comme l’air. Un peu comme en vacances… Et puis, un soir de semaine, je m’offre une escapade dans la nature, je prépare mon paquetage. A 3km de chez moi, je plante mon campement éphémère, je dîne à la belle étoile, le temps se suspend. Demain, je retournerai travailler et là, tout de suite, je suis en congé ! Il y a quelques années, je me cantonnais au boulot/dodo et cet été, j’innove. Six heures sur un tapis de sol me rendent plus joyeuse que 9h sur mon matelas mémoire de forme. Je suis heureuse de découvrir la souplesse et l’évasion à quelques coups de pédale. Un matin, je me lève une heure plus tôt et je prends un petit déjeuner gargantuesque dans le jardin. Toute seule pendant que le quartier est encore endormi, pieds nus dans la rosée. Ce midi, j’évite la cantine et je pars pique-niquer au bord du canal. Je sors du bureau à 19h et je m’offre un cornet menthe/chocolat en envoyant valser les idées reçues ! Les vacances, j’ai pas envie de les comptabiliser comme quand j’étais enfant « plus que 5 dodos ». Je me souviens de ce temps où, pendant mes journées de salariée, j’organisais fiévreusement mes congés. Une fois « libérée, délivrée », je partais loin pour oublier, j’évitais le sujet tabou et des semaines après, je reprenais le boulot des larmes au fond de la gorge. Certains rapportaient du sable dans leurs chaussures et moi, c’était des galets dans le creux du ventre. A cette époque, j’utilisais beaucoup le mot « vivement » et « j’ai hâte » comme s’il fallait fuir le moment présent. Aujourd’hui, j’ai envie que chaque jour soit agréable même celui où il pleut, même celui où je tombe en panne, même celui où on se dispute. La vie est faite d’une multitude d’instants et je décide que la majeure partie soit positive. Pour moi les vacances c’est pas 5 semaines de congé par an, c’est plutôt 5 fois par jour. Je réévalue mes exigences et je prends ce qui est à portée de main. Ça veut dire quoi pour moi « être en vacances ? » : prendre le temps de la lenteur, de la surprise, de l’émerveillement, de l’exaltation. Et puis, ce qui est bien quand tout le monde est en congés, c’est le calme. J’apprécie que les voitures aient déserté la ville, ça me plaît d’être de ceux qui restent. Vivement maintenant !

Dites ouïe !

Passe-moi les sardines

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Rien de tel qu’un séjour au camping pour déconnecter. Ici ça respire la joie de vivre et la nonchalance. Y a même des mecs qui sifflotent en faisant la vaisselle, je suis sûre que c’est pas la même dans leur pavillon de Douai. Chacun fait son trou, installe son campement pour se recréer un cocon pour quelques jours ou plusieurs semaines. Certains restent même des mois, ils ont des jardinières et une antenne télé. Ici chacun met ses lubies vestimentaires de côté, on se promène en pyjama, shorts et tongs règnent. Les coincés du caca se dévergondent et se promènent le rouleau de papier toilette à la main. On vit au rythme des roucoulements des tourterelles, des va-et-vient des vagues, des ronflements du voisin. Eh oui, parce que le camping c’est aussi la promiscuité mais curieusement, les gens se supportent plus que dans leur HLM. Est ce que c’est d’être au contact de la nature qui les apaise ? Vue du ciel on doit ressembler au fameux village des irréductibles gaulois, y a même le barde qui fait des prouesses à la soirée années 80. En général, les gens sont détendus, jouent à toutes sortes de jeux extérieurs, boivent l’apéro pendant des heures affalés sur leur salon de jardin en plastique pendant que les mômes jouissent d’une liberté sans entraves. Cabanes pour les uns, canons pour les autres. On reste sur la plage alors que le soleil est bien bas, certains s’attardent dans les rouleaux comme si tout ça aura disparu demain. Le temps est un peu arrêté au camping. On enlève nos montres, le réseau est mauvais et donc on regarde plus à l’horizon. Ici pas d’écran à part le total qu’on s’étale malgré les nuages bretons. D’ailleurs, il faut s’occuper pour les jours de pluie car par contre,  le camping mouillé, c’est moins marrant. Les possibilités sont restreintes : un tour à Décath ou à l’aquarium du coin et pour les plus téméraires, ceux qui disent « en Bretagne, il pleut que sur les cons », il y a pêche aux coques avec bottes et ciré, d’autres optent pour un Monopoly dans la caravane. Les plus précaires en tente prennent leur mal en patience, supportent vêtements trempés et duvets frais et partent pédaler dans la bruine en positivant : « en Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour ». Et lui, il se tient toujours là, fier, malgré les milliers de pieds qui l’arpentent, le cap Fréhel résiste. La roche rose contraste avec le turquoise de la mer et les falaises de granit se dressent imperturbables. Les décorateurs de Games of Thrones jubileraient. Et ce phare si fidèle et bienveillant avec son faisceau qui guide des tas d’âmes à la dérive. Pendant les vacances au camping, les écorchés reprennent leur souffle, trouvent du réconfort dans une crêpe caramel au beurre salé, vivent au rythme du soleil, et prennent le temps de contempler les étoiles. Ouf…

A méditer !

Should I stay or should I go ?

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A écouter

 

A lire

Je me la coule douce entourée de gens qui plantent des topinambours et utilisent leurs sacs en tissus pour acheter des pois chiches en vrac. Tout le monde sourit, prend son temps. Je songe à vivre en yourte et mange du fromage blanc de brebis. Je dors la tête au nord pour avoir des nuits paisibles. Je croise beaucoup de gens comme moi. On fait partie de ceux qui savent que le Feng Shui n’est pas le menu n° 11 du Japonais d’en bas et que le chia est une plante mexicaine. On prône l’éducation positive. On se dit merci en se regardant dans les yeux voire en posant une main sur l’épaule de l’autre. On milite gaiement pour les coquelicots, on circule à vélo. La plupart du temps, je me dis qu’on s’entend tous dans le meilleur des mondes. Je nous admire. D’autres jours, j’ouvre mes volets et je tombe sur les poubelles des voisins qui débordent. Je cligne des yeux plusieurs fois quand je vois quelqu’un jeter son gobelet par la fenêtre de sa voiture. Il y a des jours où ma vue s’élargit. Je sursaute quand j’entends des passants s‘insulter. Je descends de mon nuage, ou plutôt de mon arbre, et je prends conscience que le monde est complexe. Des fois, c’est trop pour moi, je me sens agressée, je ne trouve pas le sommeil, je veux du calme. Alors, je me dis que je vais partir vivre dans un coin isolé, entendre seulement les oiseaux piailler, cultiver des légumes et ne faire mes achats qu’au marché du coin, côtoyer mes amis bienveillants et fonder une famille zéro déchet. Il y a des jours où j’envisage sérieusement de fuir le bruit des camions-poubelles à 5h du mat’, éviter les regards agressifs, fermer les yeux sur les mégots qui traînent, éteindre les néons…m’évader. Est-ce que la fuite est une solution ? Est-ce que c’est vraiment vivable de créer une société de Bisounours ? J’aurai peut-être l’impression de mettre des œillères. Est-ce qu’on pourrait vivre tous ensemble même si on se sent si différents les uns des autres ? Tout ça, c’est la faute des étiquettes. Celles qu’on colle rapidement et qui restent bien en place. Beaufs, intellos, bobos, racailles, péquenots, cathos, no life, babas cool, ringards, bourgeois, prolos… On critique les sectes mystiques, il y en a bien plus, banalisées et tout aussi néfastes. On s’indigne des castes en Inde, je crois qu’on crée aussi les nôtres. Une fois qu’on est catégorisé, difficile de sortir de la norme. Il me semble que tout est une question de point de vue, peut-être que pour un habitant de la cité des mimosas je suis une intello et que pour un énarque habitant le 16ème, je suis une beauf. Et voilà, je replonge dans les préjugés. J’aime à penser que chaque être humain est plus complexe qu’un qualificatif. Et surtout que les étiquettes peuvent être coupées. J’ai été fille modèle, première de la classe, et aujourd’hui j’accepte de faire des fautes d’orthographe. Un jour, je regarde Fassbinder, un autre je surfe sur Facebook. Ça fait longtemps que je juge, je l’avoue et maintenant j’aspire à accepter la diversité. La voisine qui écoute la musique très fort a sûrement besoin de ça pour se sentir épanouie. Ce sentiment de colère qui bouillonne en moi, c’est sûrement parce que je l’envie d’agir en total accord avec ses envies. Parce que « ça se fait pas » et aussi parce que « si tout le monde faisait ça, on s’en sortirait pas ». C’est vrai quoi : « Il y a des règles à respecter pour vivre en société ». Comment laisser chacun s’exprimer ? Quelles sont les limites ?  On nous dit que « la liberté s’arrête là où commence celle des autres ». C’est plutôt vague et subjectif. Chacun voit midi à sa porte. Je n’ai pas la même conception du libre arbitre que ma voisine. On a chacune notre passé, des expériences diverses de la vie.  Alors il faut communiquer. J’essaie de ne plus être dans la réaction, quand quelque chose me dérange je ne monte plus au quart de tour, je marque une pause et j’observe ce que ça me fait. Est-ce que c’est si grave que ça ? Comment vivre avec les désagréments en restant zen ? J’aime vivre en ville pour pouvoir aller au cinéma à pieds, prendre un café en terrasse, partir en train bosser, alors j’accepte la circulation. J’aime les poutres apparentes et le parquet des vieux appartements et donc l’isolation n’est pas terrible. Je prends des douches froides et je dors avec des bouchons d’oreille. Même si j’aimerais « le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière », je fais des compromis. Peut-être que si on autorise tous les gens à écouter leur musique préférée très fort ou à faire des claquettes à un moment donné, ça s’harmoniserait. Un genre de tour de services, le lundi pour les Dupont, mardi pour Dylan, mercredi pour Héloïse… Et puis, on le sait bien, quand c’est interdit, certains ont envie d’enfreindre les lois. Pour le ramassage des déchets, on pourrait participer plus activement, par exemple chacun donnerait 2h par mois pour tester le métier d’éboueur ou stagiaire dans un centre de recyclage. Je sais que c’est mal de jeter son papier par terre, déjà parce qu’on me l’a dit quand j’étais petite, et puis parce que j’aime profondément la nature. Si mes voisins comprennent le lien entre trier et pouvoir lézarder sur une plage, ils feraient sûrement plus attention. Tout est question de pédagogie. Je sens que de la révolte naît l’envie de sensibiliser. Bon ok, je reste. Même si je me sens Complètement HS, j’accepte les bémols pour composer.

Ondes sensibles

Touchée, calmée

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A écouter

A lire

J’ai des souvenirs de gros chagrins calmés par une caresse sur la tempe, une peur qui s’évanouit quand ma petite main est tenue par une plus grande, un front contre mon front pour soutenir mon désespoir. J’avais l’impression que je savais m’occuper de mon corps. En vérité, j’ai passé des milliers d’heures à arracher des poils ou à percer des points noirs. Je me suis massée oui, avec de la crème anti-cellulite, j’ai beaucoup pincé mes bourrelets, remuer avec dégoût la peau qui pend de mes bras. Je saigne des gencives à force de me brosser les dents avec acharnement comme si je récurais mes WC. Et la tendresse, bordel ?! Défricher, triturer, gratter ça je sais. Aujourd’hui, j’apprends à effleurer, caresser, envelopper, respecter. Il m’arrive encore de la martyriser pour en gommer le trop, pour la rendre soyeuse comme le papier glacé des magazines alors je m’interroge sur mes gestes. J’agis en étant consciente, je la console avec mes mains aimantes. Je comprends ce que veut dire « prendre soin ». Je ne suis pas étonnée que des personnes proposent des « free hugs » dans la rue ou que d’autres s’improvisent câlineuse professionnelle. Je me suis souvent réfugiée dans les bras de ma mère, un nounours ou un oreiller contre mon ventre m’ont parfois apaisée. De la chaleur, de la douceur. J’ai toujours aimé le contact mais très vite je me suis heurtée aux normes qui empêchent. Quand je vivais en Finlande, je m’estimais heureuse d’être Française tant la distance entre les êtres humains est grande malgré le besoin de se réchauffer. En Espagne, je réalise que je suis encore frileuse. La bise que je pratique quotidiennement paraît insipide, comme si nos joues se claquaient alors que plus au sud, elles s’attardent. Dans certains pays, même les hommes se tiennent par la main, les accolades sont banales. Il y a des endroits où les gens dansent pendant des heures, mêlent leur sueur sans pudeur. Je rêve de bisous sonores, de me pendre à des cous. Certains reculent et je chute, d’autres envahissent mon espace vital et je suffoque. Quelle est la bonne distance ? Tel un géomètre, je tâtonne. Je trace la cartographie de mon pays et mes frontières sont mouvantes. Un jour, je t’embrasse, un autre je me casse. Ce qui est différent c’est que je sens mieux et quand j’ose, je ressens que c’est ça dont j’ai besoin. Je veux être touchée au sens propre comme au figuré. Comme « c’est pas beau de demander », je restais seule avec mon corps qui palpitait, ne sachant que faire de cette énergie qui m’embrasait. Maintenant, je l’écoute cet amour qui bouillonne sous mon nombril, s’il n’y a personne avec qui partager, je pose une main sur mon ventre et j’accueille le va-et-vient de ma respiration, le tam-tam de ma vie. Parfois, je pars en exploration, mes cinq doigts sont mes alliés, j’entame un dialogue avec mes pores, je me rassemble. Je me sens vibrante juste en faisant attention. Pas cette attention qu’on crie aux enfants. Je suis là avec moi, je m’offre un arrêt dans le temps, un instant où sont bannies efficacité et productivité. Je souris de mon audace, je suis en connivence avec mon corps, ce moment rien que pour moi.  Et puis, il y a des jours où je me partage. J’aime tant sentir son ventre collé contre le mien, ma chair qui respire sous sa pulpe, sa barbe naissante qui me chatouille, son souffle chaud dans ma nuque. En fusion totale, je retrouve mon unicité. Ce bébé qui hurle, j’ai envie de le bercer contre mon sein pour lui rappeler que la vie peut être douce. Le petit garçon qui a peur du loup, je lui caresse le front. Je presse l’épaule de cette mère qui râle. Je prends la main de mon grand-père qui redoute la mort. On s’élance tous sur la piste de danse, on n’a plus peur les uns des autres, la sueur se mêle sans pudeur. Rapprochons-nous !

Dites ouïe !

Pleure, pleure Pénélope !

 

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A écouter

 

A lire

J’ai toujours eu une facilité à laisser couler mes larmes…devant Titanic par exemple, lors de retrouvailles, de rage aussi et puis de joie souvent. Parfois, ça semblait même démesuré. On me qualifiait de Petite nature. Certains sont déroutés par les pleurs. On dit que les femmes pleurent plus. Est-ce que les hommes se cachent pour gémir comme les oiseaux se cachent pour mourir ? Pourtant, enfants, ça nous était naturel, qu’on soit Lucie ou Sylvain. A quel moment doit-on s’arrêter de pleurer ? J’entends des mères dirent à leur enfants « Ne pleure pas, tu vas avoir mal à la tête» ou encore « si tu pleures encore, tu seras punie ! ». Je les plains parce que pleurer ça soulage vraiment, j’en connais un rayon. D’ailleurs, ces derniers mois j’expérimente beaucoup de thérapies  et je réalise que je paie des gens pour qu’ils me fassent pleurer, c’est quand même dingue ! J’ai besoin que des gens m’autorisent à lâcher tout ce que j’ai refoulé pendant trente ans. J’exagère, on a le droit aux larmes à certaines occasions. Quand on est soûl ça passe inaperçu, quand on a un moucheron dans l’œil c’est plutôt conseillé, et quand on enterre un proche c’est quasi obligatoire. Il y en a toujours qui s’offusque de ceux qui ne pleurent pas aux enterrements. « Il n’a pas l’air si malheureux de devenir veuf ! ». Il y a donc des codes à respecter sous peine de passer pour original. C’est curieux car chaque individu a déjà expérimenté la tristesse et sait à quel point c’est personnel. Je me souviens d’avoir lu un bouquin au sujet des étapes du deuil et je m’interrogeais sur où j’en étais. En fait, ce que je ressens c’est que ce sont des étapes que je traverse et retraverse. Comme pendant une grande rando où j’aurais oublié ma gourde au refuge, il me faut rebrousser chemin. Et puis parfois, j’ai tracé l’itinéraire et le pont qui enjambe le fleuve est détruit donc je dois faire un détour. Je chemine à travers des paysages radieux, je suis émerveillée puis je passe à côté d’une décharge et je suis dégoûtée. Il y a des jours où le soleil est au rendez-vous et je gambade facilement huit heures d’affilée et d’autres où il pleut à seaux, je grelotte et je veux abandonner. Je ressens un peu tout ça dans le deuil, c’est en dent de scie. Ce qui reste c’est le manque, l’absence de celui qui n’est plus là. Il faut composer avec ça. Je me demande si la douleur est la même quand quelqu’un de proche meurt et quand on se sépare de la personne avec qui on partageait sa vie. Dans les deux cas, ça peut être plus ou moins préparé ou abrupt. Dans les deux cas, je dois me ré-adapter. Dans les deux cas, je me retrouve seule face à moi-même. Je perds l’odeur et les sons de l’autre. Je ne peux plus le toucher. Parfois, je dois même accepter qu’une autre le touche, qu’il ne s’intéresse plus du tout à moi. Je dois faire le deuil d’une certaine relation, l’attitude du passé n’est plus permise. Quand l’autre s’en va, je commence à trier, à ranger ce qui me liait à lui. Certains n’osent plus évoquer l’absent, ils évitent le sujet. Alors j’ai parfois l’impression que ce que j’ai vécu était un rêve ou une autre vie. Est-ce qu’il est mort ? Moi j’ai besoin de parler de lui, de cet ancien nous pour que les souvenirs persistent. Même si je me concentre sur le moment présent, j’aime évoquer le passé avec une certaine nostalgie. Je veux que cette part de moi continue à vibrer parce que j’ai aussi grandi avec celui qui est parti. Peut-être que la différence avec la mort c’est que je peux me réjouir qu’il soit vivant quelque part. Qu’est-ce que je sais de la mort justement ? Comme je crois que c’est une renaissance, même ceux qui sont enterrés ou incinérés, recommencent une vie ailleurs à mon sens. Je ne les plains pas, qu’ils aient choisi ou non, ils sont partis. Moi je reste et je décide d’être heureuse. Je décide de me rappeler, de pleurer, de rire, de critiquer, de louer. Avec ce départ, une partie de moi a été atteinte et je ne veux pas m’infliger de nouvelles blessures en me refusant le droit de me réjouir. C’est parfois déroutant pour les autres, ceux qui attendent de moi que je m’effondre. Ils pourraient juste m’écouter et me demander de quoi j’ai besoin plutôt que d’imaginer comme je souffre. C’est peut-être parce que eux pensent qu’ils ne pourraient pas supporter. Pour moi, ils se sous-estiment. Je me découvre des ressources cachées, des forces insoupçonnées et je ne suis pas surhumaine. Je n’ai pas trouvé de baguette magique, je trouve tout ce dont j’ai besoin en moi. Le plus difficile c’est de m’écouter plutôt que de m’accrocher aux « y a qu’à, faut qu’on ». C’est souvent facile de réagir comme ils aimeraient, c’est même fatiguant de devoir se justifier. Chacun est unique et vit comme il le souhaite. J’envoie valser les codes parce qu’ils ne me conviennent pas. Pourquoi devoir s’habiller en noir aux funérailles alors que je ne porte que du rouge ? D’ailleurs, il adorait me voir porter cette robe. On est bien tous réunis pour lui que je sache. C’est sa fête. Bas les masques ! A 33 ans, il m’arrive de pleurer comme un bébé, j’ai envie de danser pendant une veillée funéraire, je laisse un fou rire s’échapper à une soutenance de thèse, je pète dans la file d’attente, j’ai envie de courir dans le musée d’art contemporain, j’adore dépasser dans mes coloriages. Et toi, ça t’arrive souvent d’être vraiment toi ?