Arbre à palabres

Dites ouïe !

Vivre dans un donjon

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Cocon finement – épisode 2

A écouter

 

A lire

C’était pas si loin le temps où j’étais célibataire, où je clamais « mieux vaut être seule que mal accompagnée ! » et je me demande comment j’aurai vécu un confinement en solo. Il me semble plus simple d’accepter la solitude quand je sais que je peux faire des rencontres au coin de la rue. Je crois que je voulais faire la fière pour justifier le fait de ne pas être en couple, de ne pas trouver le bon. Je me sentais guerrière en quête permanente de l’autre tout en faisant style que je jouissais d’être une femme libérée. En vrai, je voulais faire comme tout le monde et m’unir. J’aurais même aimé qu’il vienne me chercher, qu’il débroussaille devant chez moi pour atteindre ma beauté ! J’aurais pu attendre un bout de temps… Fastoche de partir en retraite méditative quand je sais que je peux voir des gens dès mon retour. Comment j’aurais gérer seule ce CDI un peu spécial : Confinement à Durée Indéterminée ?

Je m’imagine passant des heures au téléphone pour me sentir en lien. Je fais tout ce que je ne fais pas d’habitude : finir mes 4 bouquins entamés, voir la dernière saison de Game of Thrones, répondre à des vieux mails. C’est vraiment bizarre, je me surprends à parler à voix haute : « Tiens, je respire…même seule, même isolée. C’est fou j’avais jamais remarqué le silence de mon appartement. Ils sont partis les voisins ? Sûrement dans leur résidence secondaire les chanceux… Et moi ? Franchement c’était pas le moment d’être célibataire. J’aimerais tellement co-confiner. Être serré.e dans des bras, écouter les infos à deux, danser un slow. Si j’avais su, je l’aurais pas quitté il y a 10 jours. J’me demande s’il est seul lui aussi en ce moment. Ce serait ballot quand même… Allez j’arrête de cogiter, ça m’fait flipper.

Et si je dansais ? Bonne idée, ça me défoulera. C’est la mort qui t’a assassinée Marcia. Mouais c’est un peu glauque ça. La isla bonitaaaa ! C’est vrai que j’ai l’impression d’être sur une île déserte et pas que les vendredis ! Et si je m’épilais les sourcils depuis le temps que je repousse (mouahahah, quelle boute-en-train !). Miroir mon beau miroir… Ah salut ! ça fait longtemps que t’es là ? C’est vrai que ça fait un bail que je ne me suis pas regardée dans les yeux. Curieux… Et tout ça en bas, c’est à moi ? Mon Cher corps, toi et moi on va être obligés de faire équipe, j’ai pas d’échappatoire pour les quelques semaines qui viennent. Dis moi, t’as envie de quoi toi ? »

Dites ouïe !

Faites l’amour pas la gueule

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Cocon finement – épisode 1

A écouter

 

A lire

C’est curieux que juste au moment où La petite taupe pointe le bout de son nez, où elle se réveille d’une longue et profonde hibernation, qu’elle retrouve l’énergie pour prendre sa vie en main et que ses ailes se déploient…on lui demande de retourner sous terre. Méeuh, ça fait 3 mois que je fais ça, la retraite méditative je maîtrise ! Je me réjouissais d’aller au concert d’ Agnès Obel, d’inviter les copains pour ma crémaillère, de pique-niquer dans l’herbe. Je commençais à ranger mes moufles dans les cartons hiver et on me demande de porter des gants. Sérieux, il faut mettre un masque ? Alors que je les ai tombés tout récemment ? Au début, j’écoutais à moitié les gens mentionner cet état de faits, mon côté autruche l’emportait, loin des infos je me sentais protégée et puis il a bien fallu que je réalise que quelque chose est en train de se passer. J’allume timidement la radio. Ah oui, quand même c’est pas pour du beurre cette fois. J’avoue que ça ne change pas grand chose à mon quotidien car je n’avais pas à aller au bureau chaque jour, ni déposer des enfants à l’école. Ça fait des années que j’évite les centres commerciaux bondés et dans la campagne où je vis, il n’y a pas le métro donc je suis préservée côté promiscuité. Je me responsabilise et j’écoute mes proches avec plus d’intérêt me parler de leur organisation et de leurs ressentis. J’accuse réception quand j’entends parler de malades et de morts. Je me dis que c’est sacrément brutal et efficace pour faire le ménage. Et puis, je me réjouis aussi. Égoïstement, ça me soulage que mes congénères se retrouvent inactifs comme moi, je me sens moins seule et je me dis qu’on va pouvoir échanger sur le sujet. Surtout, je suis heureuse pour ceux qui approchaient du gouffre, ils sont maintenant obligés de se reposer. Je pense aussi à Cécile qui a l’opportunité d’ allaiter son bébé plus longtemps avant d’aller retravailler, et puis à Victor qui partait au bureau chaque matin avec la boule au ventre, et aussi à Valérie qui surfe sur internet à longueur de journée parce qu’on ne lui donne rien à gérer. A présent, ils sont sommés de rester à la maison pour le bien-être de la nation. Je me souviens quand j’étais enfant d’avoir souhaité être malade pour ne pas aller à l’école, et même adulte j’en rêvais. Peut-être que beaucoup ont fait ce vœu récemment et un génie un peu spécial les a entendus. Malgré l’incompréhension, l’angoisse et la frustration de milliers de gens, je ressens le soulagement et un semblant de gratitude envers les évènements. Souvent, le plus difficile est d’accepter, une fois la pilule avalée, on peut se détendre et agir…autrement. Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit. J’ai l’impression que la vie nous fait un croche-pied, un peu violent certes, pour nous faire PRENDRE CONSCIENCE. On les a lu tous ces bouquins : Éloge de la lenteur, Choisir de ralentir, Buller c’est malin, L’oisiveté heureuse et maintenant c’est l’heure des travaux pratiques, alors à vos cahiers ! Je vois cette situation comme un beau cadeau pour que chacun puisse s’occuper de soi. L’enfermement est une de mes plus grande peurs, qu’on atteigne à ma liberté me fait enrager et je réalise que si je m’énerve, si je rumine, ce sera une double peine. La meilleure façon de le vivre sereinement est d’envisager les points positifs. Par exemple, voilà l’occasion de FAIRE L’AMOUR ! On se retrouve tous les deux à la maison, ça fait bizarre alors qu’avant on passait 8h à 10h par jour chacun de son côté. Plutôt que de s’agacer, rapprochons-nous… Voici venu le temps de s’allonger vraiment, débranchons le réveil et offrons-nous des grasses mat’ coquines. Ou alors, profitons de la sieste des enfants pour jouer les crapules. Plus besoin d’attendre les vacances à l’île de Ré ! C’est le moment de compenser cette mise à distance imposée. Franchissons le mètre de rigueur pour sentir battre nos cœurs ! Il me semble que c’est de la responsabilité de chacun de se donner des caresses quand d’autres sont en quarantaine. Après le congé sabbatique, voici le congé érotique…

Dites ouïe !

C’est grâce à toi tout ça

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A écouter

 

A lire

Voilà, ça fait deux ans que…je t’écris ! C’est pas (encore) 100 patates mais 100 textes que tu as bien voulu lire et/ou écouter. Qui a eu cette idée folle de publier ses pensées intimes sur la toile ? Parfois, je me demande pourquoi cela ne reste pas au chaud dans un joli carnet sur ma table de chevet. Pourquoi est-ce que j’ai besoin de le publier ? Pour faire ma crâneuse ? Par ennui ? Parce que je rêvais d’être maîtresse et de donner des leçons ? Toujours est-il qu’il y a deux ans, j’ai essayé pour voir. J’avoue que si je n’avais pas eu de commentaire, je n’aurai peut-être pas continuer car, même si j’me la joue Je marche seule, j’ai sacrément besoin d’encouragements. Je guette le nombre de vues et je lis les commentaires avec soulagement, ça m’agace parfois d’avoir besoin de validation des autres pour exister. J’ai l’impression d’avoir 6 ans et de réclamer de l’attention : « Regarde ma jupe, elle tourne ! J’suis belle, hein ? ». Comme si je ne me sentais pas encore assez grande pour me congratuler moi-même. « J’ai reçu 8 pouces aujourd’hui, ouf j’existe ! ». J’ai l’impression qu’en partageant mes pensées et projets, ça me permet de m’engager vraiment comme ces gens qui disent à voix haute : « j’arrête de fumer ! ». Après tout, cela ne regarde qu’eux et pourtant j’entends dans leur annonce : « …et ça n’a pas été facile de me décider. Alors, s’il vous plaît, aidez-moi, encouragez-moi, j’y arriverai mieux avec votre soutien. ». Ces derniers temps, je me suis sentie en pleine crise d’ado du genre : «Foutez moi la paix et…euh, restez pas trop loin pour me consoler ! ». J’ai détesté les phrases du genre « C’est de famille ! » ou encore les « je te connais comme si je t’avais faite » par horreur d’être juste une copie conforme, d’être prévisible. J’avais peur de ne plus être moi, peur d’être moi, peur de ne jamais me trouver. Ce que je voulais c’était être unique, exceptionnelle, originale. Je me plaignais d’être le vilain petit canard ou le mouton noir tout en jubilant de me différencier. J’ai beaucoup philosophé, je me suis plongée dans des livres qui apprennent à se trouver…ou pas. Puis j’ai organisé un vide-greniers pour me débarrasser : « Caliméro, Mère Thérésa, la malade imaginaire…je revends ! » et que j’avais pas pu m’empêcher d’acheter de nouveaux masques : « Je prendrai Madame Bovary, Little bouddha et Merlin l’enchanteur. ». Tout en braillant que cette fois, j’étais juste moi-même, 100 % pur jus. Je me suis réfugiée dans des cases pour échapper aux classifications, le comble. Aujourd’hui, je réalise que je suis tout ça à la fois : oui je médite et aussi il m’arrive d’être super vénère, certes je m’émerveille du miracle de la vie et parfois je pleure ma condition humaine. J’ai voulu jeter mes vieilles peaux comme si c’était les autres qui me les avaient refilé : la faute à mes parents, la faute aux profs, la faute aux institutions, la faute à mon mari, la faute à mon ex… Alors oui j’ai été influencée et puis j’ai bien voulu les écouter, me construire avec eux, m’appuyer sur leurs principes. Personne ne m’a enfermée pour me forcer à penser, personne ne m’a lavé le cerveau contre mon gré. J’ai cheminé dans la forêt en cueillant ça et là les baies qui me plaisaient. Ça me fait du bien de le réaliser. Il ne s’agit pas simplement d’écrire « chacun est responsable », c’est bien de le vivre. Et surtout d’accepter de l’expérimenter. Je croyais que j’étais déjà à un top niveau de confiance et d’estime de moi et je m’aperçois que je suis une débutante. Petite scarabée. Alors, je ravale ma fierté et mes illusions et je me raccroche à la branche. Je suis moi et c’est déjà bien (et pour intégrer ça je vais me le répéter régulièrement pour pas que ce soit juste une jolie maxime) parce qu’il ne s’agit pas d’écrire Je m´aime donc je suis pour que ce soit la vérité. Parce que si sur scène je joue le rôle de l’épanouie et qu’en coulisse, je me ratatine, c’est pas juste. Si je continue à me juger, à me mal-traiter, à m’étouffer dans l’œuf, c’est sûrement pas les autres qui m’apporteront de l’amour constructif. Aujourd’hui, je sais pas si j’y arriverai à profondément m’aimer et ça me fait flipper. Ce qui a changé c’est que j’ai envie d’essayer…vraiment…chaque jour. Et puis j’ai envie de te remercier. D’être témoin de mes avancées, de mes hésitations, de mes tournées en rond. Merci de prendre le temps, dans ta vie bien chargée, de te connecter à RadiOdré, merci d’oser me critiquer, de m’encourager. Grâce à toi, je trouve un sens à mes réflexions et je reprends confiance en l’être humain. Tu es comme un tuteur, parfois anonyme, parfois très présent.e, à ta manière tu me fais la courte échelle pour que je puisse aller voir plus loin. Je réalise avec joie que la parole libère la parole et je suis profondément heureuse si je peux mettre mon petit grain de sel dans l’océan des émotions. Merci à toi de tout mon cœur pour tout ce que tu as déjà fait pour moi et d’accepter de rester à mes côtés en continuant de cliquer, en partageant à tes ami.e.s, en créant un tel buzz sur la toile que même Corinna Rictus voudra écouter RadiOdré au lieu de se propager ! Allez…chiche ?!

p.s : et puis si tu connais le Cher directeur* de Radio France, des éditeurs, des recruteurs d’écrivaine en herbe…dis-leur de m’appeler s’il te plaît ! Bisous !

Dites ouïe !

Du beurre dans les épinards

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A écouter

 

A lire

Je me souviens comme j’étais fière quand, à 9 ans, j’ai gagné trois sous en vendant des mirabelles sur le bord de la route et plus tard quand maman me donnait 10 francs par semaine en échange d’un coup de main pour le ménage ou quand je vendais des jouets au vide-greniers du village. Quand chez mes grands-parents, je découvrais une enveloppe blanche dissimulée sous mon assiette et annonciatrice d’un beau billet ou encore quand j’allais acheter le pain et qu’on me disait « avec la monnaie, tu pourras t’acheter des bonbons ». C’était un sentiment très agréable, peut-être parce que c’était synonyme d’autonomie et de liberté. D’argent, j’en entendais parler quotidiennement et quand moi aussi j’en touchais, je me sentais importante, comme intégrée. Je passais du monde des bébés, de la marchande et du Monopoly à celui de grande fille avec des responsabilités. On m’a parlé de la banque aussi où j’avais un compte rien qu’à moi. D’ailleurs, en grandissant, ce n’était plus des sous que je recevais mais des chèques et ça c’était classe. Même si c’était difficile à saisir que ça représentait de l’argent, je sentais que c’était du sérieux. Et quand j’ai eu 18 ans et quelques milliers de francs sur mon relevé (10 000 francs c’est vachement mieux que 1500€!), je prenais vraiment la mesure de ma richesse. En devenant adulte, j’ai aussi réalisé que c’était un sujet un peu tabou. Alors qu’enfants on se montrait spontanément le contenu de nos porte-monnaie, il semble qu’à partir d’un certain âge, il faille rester discret. Alors que dans nos albums jeunesse, il brillait comme un trésor, soudain il devient sale et surtout il faut faire très attention à ne pas se le faire voler. De voleur, je connaissais surtout Aladin et franchement je le trouvais cool. En devant adulte, j’ai entendu qu’il y en avait partout : « mesdames et messieurs, des pickpockets se trouvent à bord des rames », « les patrons nous volent », « qui m’a chourré mon Nokia ? », « on m’a piqué mon vélo »… Des fois, je me disais : « ben il suffit de réimprimer des billets, c’est pas sorcier ». Puis j’ai eu des cours d’économie à la fac et j’ai mieux compris… J’ai commencé à chercher des petits boulots et j’étais fière en montrant mes premières feuilles de payes à mes parents. Peut-être aussi pour leur dire « ne vous inquiétez pas, bientôt je m’assumerai seule ! ». Et puis ce jour est arrivé, j’avais un emploi à temps plein, je payais seule mon loyer, mes factures d’électricité, ma mutuelle, mon forfait téléphone, mes voyages et mes fringues ! Je gagnais 1200€ par mois, certains me plaignaient et pour moi c’était déjà bien. Mes parents m’aidaient toujours de temps en temps certes et je ressentais l’immense soulagement de ne plus être « à leur charge ». J’étais indépendante et auto-suffisante, quelle joie ! Enfin, une certaine joie…parce qu’au fond je me sentais aigrie et malheureuse. Je dépensais sans trop compter, j’avais toujours une petite somme de côté pour me rassurer et pourtant je ne me sentais pas équilibrée. Alors j’ai changé ma vie et il a fallu quitté le confort et la stabilité. Et comme je n’ai pas envoyé valser mon côté organisé, j’ai commencé à sérieusement côtoyé Polo, Cafrine et Séculine. J’ai choisi de tisser un filet de sécurité. C’est à partir de ce moment qu’ aux yeux de certains, je suis devenue « précaire », « bohème », « dépendante », « profiteuse ». Alors que je jurais que ça ne m’arriverait jamais, j’ai demandé des prêts à mes proches et aujourd’hui je me sens « endettée » et même si c’est des banquiers vraiment sympas, ça me pèse parfois. Ça fait sept années maintenant que j’ai choisi ce mode de vie. Plus de 2 000 jours que j’entends la petite voix me traiter d’ « assistée ». Et pourtant, je n’ai jamais été aussi heureuse parce que je sais que c’est bon pour moi. Cette situation parfois bancale m’a appris à demander et elle me permet d’évoluer. Le stress que cela génère m’invite à puiser dans mes ressources et à me surpasser. Je n’aurais sûrement pas eu l’occasion d’être interprète dans une usine d’isolation phonique ou de pétrir du pain si j’étais restée bien installée dans mon bureau à imprimer des fiches de paie. J’avoue, parfois c’est fatiguant, je me sens dispersée surtout que je suis curieuse et que j’ai envie de tout tester. Parfois, j’aimerais me rendre chaque jour au même endroit, effectuer des tâches que je connais, déjeuner avec des collègues sympas et recevoir la même somme d’argent chaque mois. Alors ce que j’ai décidé c’est d’accepter toutes mes nuances. Je veux combler mes besoins de régularité et de stabilité dans un travail qui ait du sens et je veux garder une part de liberté pour cultiver la créativité et le plaisir d’être en vie. Certains se plaignent de trop travailler et d’autres d’être au chômage alors c’est parfait, il suffit de rééquilibrer la balance avec les contrats à temps partiel ! Certains disent « l’argent ne fait pas le bonheur » et d’autres : « si t’as pas d’ flouze, c’est la loose ». Moi je découvre que l’argent, c’est de l’énergie comme l’amour, que c’est bien plus qu’un éventail de cartes électroniques, ou que des liasses de billet. Dans un couple, que l’un apporte 1 864€ par mois est aussi remarquable que l’autre organise les vacances, couse les rideaux, passe l’aspi et fende le bois. Le tout est que chacun décide en conscience comment contribuer à l’équilibre du foyer. Aujourd’hui, j’apprends qu’on peut payer autrement qu’en objets sonnants et trébuchants. Ados libidineux on disait en pouffant : « tu m’paie en nature ?! ». Je ne vois rien de dégradant d’échanger un bocal de soupe maison pour quelques oeufs, l’enfant qui donne un bisou quand il reçoit un cadeau est respecté. Pourquoi est-ce que les gens apportent une bouteille de vin ou un gâteau quand ils sont invités ? Pour échanger, pour remercier, pour partager. J’aimerais que l’argent soit démystifié car, après tout, ça reste un bout de papier ou une somme virtuelle nécessaire à produire des échanges. J’ai parfois entendu que ce qui est gratuit n’a pas de valeur ou alors une valeur négative. Souvent, il y a des opérations commerciales pendant lesquelles on offre du café ou un stylo et les clients sont regardés de travers parce qu’ ils « profitent sans rien acheter ». C’est l’jeu mon pauvre Edouard ! Je trouve ça formidable qu’il y ait des lieux où on peut recevoir sans donner, par exemple dans les médiathèques. Je me sens tellement honorée d’avoir accès à des milliers de livres, cds et dvds, parfois le thé est même offert et on n’attend aucune rétribution de moi à part me cultiver. Franchement, Vive la France ! ! En Bretagne je découvre des évènements pour lesquels le prix est libre et conscient, ça veut dire qu’on donne ce qu’on veut comme argent. C’est enseignant pour les organisateurs qui sont prêts à accepter de ne rien recevoir et pour les spectateurs qui sont autonomes pour décider de la valeur d’une proposition. Depuis que je veux m’affranchir de la dépendance que j’ai avec l’argent, je découvre la solidarité : si je tends le pouce au bord de la route, je pourrai être déplacée gracieusement, si je demande une réduction, on me l’accorde souvent. Les gens sont épatants ! Mon psy accepte que je le rémunère en faisant des travaux, c’est un double cadeau parce que ça me permet d’économiser de l’argent et aussi ça me forme beaucoup plus qu’en rédigeant un chèque. J’ai l’impression que tout pourrait fonctionner comme ça : je masse les épaules de la caissière et elle passe mes articles sans les biper. Je raconte une histoire au pompiste et je repars avec un plein. Chaque individu a forcément quelque chose à échanger et il me semble que ça fonctionnait comme ça il n’y a pas si longtemps. Je me lamente parfois que toutes mes activités épanouissantes soit du bénévolat comme s’il manquait la cerise sur mon gâteau. Ce serait tellement mieux vivable si je n’avais pas cette pression d’engranger des ronds ! Ça me paraît un peu compliqué tout ça. Plutôt que de traîner dans des salons d’orientation, de rebondir de bilan de compétence en reconversion, il suffirait de se demander « qu’est-ce que je sais faire et qui me procure du plaisir ? » et d’aller sonner chez les voisins pour se rendre utile. Dis, est-ce que tu veux bien m’aider pour mon déménagement si je te donne un cours d’anglais ? Séance de maquillage contre détartrage ! Cherche réparateur de robinet contre aide au potager. Si les sourires étaient à vendre, combien d’euros à l’unité ?

Et une déclaration d’amour, ça vaut combien ?

Dites ouïe !

Tu me manques

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A écouter

 

A lire

Lamartine, le philosophe pas Martine à la plage, disait : « un être vous manque et tout est dépeuplé » et moi j’ajoute une lettre vous manque et tout est modifié. Par exemple, les mots « vie » et « vide » sont vraiment voisins pourtant ils ont un sens bien différent. Je suis impressionnée qu’un simple D vienne quasiment anéantir le premier sens. En ce moment, je me sens vide. Et pourtant, je suis toujours en vie. L’air entre et sort régulièrement de mes poumons, mon cœur pulse toujours et je suis pleine d’organes qui fonctionnent bien. J’ai les mêmes qu’à ma naissance, à peu de choses près…des dents de sagesse et un appendice en moins, pour le reste, tout est là. Alors c’est quoi cette sensation de vacuité ? J’ai même pas une gueule de bois ! Pourquoi est-ce que je me sens au bord d’une falaise ou alors au pied du mur ? Je mange à ma faim et même au-delà de la satiété, je n’ai qu’à ouvrir le robinet pour m’abreuver. J’ai un toit au dessus de ma tête et des murs autour de mon corps, je tourne quelques mollettes et un appareil envoie de l’air pour me réchauffer. Si je me sens sale, j’ai simplement à entrer dans une cabine en plastique et à me savonner sous l’eau chaude. J’ai aussi le loisir d’aller me glisser sous une couette dans un lit bien confortable et de dormir tout mon soûl. Il semble que mes besoins primaires soient satisfaits. Je suis aussi entourée par des personnes attentionnées et qui ont l’air de m’apprécier, d’autres me disent qu’ils m’aiment. Je suis parfois invitée, appelée, sollicitée, conseillée, caressée même. Je reçois des commentaires touchants et encourageants et des cartes postales colorées. Il semblerait que ce ne soit pas assez. J’attends des sms comme s’il s’agissait de bouées de sauvetage. Je me sens triste comme un frigo vide, ce qui est vraiment triste parce que pour compenser cette sensation désagréable, j’engloutis de la nourriture, je me gave comme pour combler ce fond creux alors c’est mieux que mon frigo soit rempli. Je me demande si, dans une autre vie, j’ai connu la famine pour avoir cet accès irrépressible de bâfrer. Dis, pourquoi quand je me sépare de toi, je sens comme un déchirement à l’intérieur ? J’ai la vague impression de revivre l’arrachement du vagin de ma mère. Ce sentiment insupportable de perdition alors que je suis une adulte équilibrée, une femme indépendante et autonome. Pourquoi, j’ai besoin de m’agripper à toi pour ne pas tomber ?  Depuis 34 ans, j’en ai connu un paquet de séparations entre les déménagements, les « t’es plus ma copine ! », les ruptures amoureuses, les fin de cdd… Tiens c’est peut-être ça qui cloche : fin de cdd. Si je me considère froidement comme une citoyenne lambda dans ce pays qu’est la France, je suis vide de situation professionnelle conventionnelle. C’est-à-dire une situation où je travaille en échange d’une rémunération financière. Le chômage est considéré comme une situation professionnelle transitoire je dirais, comme une salle d’attente : « ah vous êtes au chômage ? Mais vous comptez retravailler ? ». Effectivement, prise dans le sens commun, ma situation professionnelle est plutôt creuse. Pourtant, j’ai déjà expérimenté ce sentiment de vide même en recevant un salaire. Alors quoi ? C’est plutôt un travail qui m’apporterait assez d’argent pour satisfaire mes besoins et dans lequel je me sentirai comblée qu’il me faut. Voilà. Appelons-le travail, activité, occupation…une situation socialement acceptée où je peux être 100 % moi et où on me paie pour ça. Génie, ce sera mon premier vœu ! Et ne me dis pas que c’est compliqué parce que j’en connais des gens qui vivent ça. Je les admire ceux qui ont trouvé leur place dans le cadre proposé par notre société, ces gens qui ont un nom de métier que tout le monde connaît. Parfois je fantasme des conversations fluides où les gens comprennent immédiatement ce que je fais de ma vie, j’imagine que quand on est orthophoniste, prof d’arts plastiques ou contrôleur aérien on n’a pas à expliquer très longtemps ce qu’on fait. C’est clair. Et parfois j’aspire à être au clair. Comme j’ai de l’imagination et que la langue évolue, je suis prête à inventer un nouveau nom de métier. Et je m’attends à ce qu’il faille donner une définition. Je ne vais pas juger mes interlocuteurs, ce qui est important c’est que je m’interroge moi. Quelle est la mission sociale que je souhaite remplir pour les 50 prochaines années ? Oui parce que j’espère bien encore honorer cette mission à 80 balais ! Comment me sentir entière en gagnant ma vie ? Et surtout en attendant que cette situation rêvée se produise, comment vivre avec ce sentiment d’inutilité qui flirte avec le sentiment de nullité ? Avant, je savais bien combler. Dès que le bourdon se pointait, je m’activais, mon agenda était bien griffonné : de multiples rendez-vous avec les copains, des séances d’aquabike, des repas en famille, des coups de fil par milliers… Même les moments en solo étaient remplis : un livre, un dvd, un article à rédiger, une petite branlette, un courrier à envoyer…et hop, la journée est terminée ! Les périodes d’inactivité professionnelle requièrent beaucoup plus d’organisation qu’avant car je me lève avec environ quinze heures devant moi à organiser toute seule comme une grande. J’ai rarement d’obligations et parfois je cède à la panique alors je me colle un rendez-vous dentiste ou sécu pour me sentir rassurée, comme si j’avais besoin de ça pour exister. Aujourd’hui, j’ai envie de prendre mes responsabilités : cette situation je la choisis. Justement, je m’offre le luxe de cette vacuité pour expérimenter, observer, éprouver. Je me berce dans cet inconfort que j’éprouve quand autour de moi, les autres s’organisent et semblent se nicher dans des cases cosy. Je respire ma frustration, je me love dans mon malaise quand j’entends parler de grossesse, naissance, cohabitation amoureuse, nouveau boulot, projet de voyage. Une petite voix me juge sévèrement : « «tu as 34 ans, tu es sans enfant, sans emploi, sans capital ! ». Une autre me susurre : « et toi, t’as pas envie de te baigner dans le cours des événements sans te poser trop de questions ? ». Si, un peu…et aussi : j’aspire à ce que chacun de mes gestes et décisions aient un sens. Je veux être responsable de ma vie millimètre par millimètre. Pourtant, je me sens fatiguée d’analyser en permanence, de toujours tendre vers un mieux. Et j’ai peur. Peur d’être jugée, d’être en marge, d’être rejetée, de vivre seule. Alors, je me prends dans mes bras et je me caresse le front : « ma chérie, cette vie tu la crées depuis longtemps et de mieux en mieux. Sois fière du moment présent, tu es authentique et unique. Tu as le droit d’exister juste comme tu es. ». Je me félicite et je remercie tous ceux qui me soutiennent dans ma quête de liberté et de vérité. J’accepte d’être sans faire. Je laisse leur chance à la contemplation, au calme et à l’introspection. Et quand le cafard se pointe, je lui clame :

 

Je suis pleine de talents.

Je suis pleine de cellules.

Je suis pleine d’imagination.

Je suis pleine d’amour.

Je suis pleine d’eau.

Je suis pleine de créativité.

Je suis pleine d’humour.

Je suis pleine de gratitude.

Je suis pleine de poils.

Je suis pleine de sensations.

Je suis pleine.