Arbre à palabres

A méditer !

Souviens-toi l’été dernier

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A écouter

A lire

Il m’arrive de me dire :  « l’année dernière à cette heure-ci, je faisais ça ou j’étais là… », des mini flash-back qui servent de bilans. J’ai remarqué que Facebook aime ça aussi, me rappeler ce que je faisais le 11 avril 2018 même si c’était pas franchement exceptionnel. Quand j’y repense, il y a tout juste un an, ma vie était nettement différente. Je vivais à Oulu près de la Laponie finlandaise. Fin mai 2018, il s’est passé quelque chose d’incroyablement déterminant pour moi : j’ai créé un spectacle de théâtre de rue. J’étais à ce moment dans une formation pour créer une entreprise. Au milieux de jeunes Finlandais, je me sentais en décalage. Non pas qu’ils aient été ultra dynamiques mais, eux, ils comprenaient parfaitement ce que disait le formateur et ils se projetaient sûrement mieux que moi. Je crois que j’étais surtout là-bas pour ne pas perdre mes droits au chômage et être immergée dans la langue finnoise. Parfois, souvent, je décrochais, je m’évadais par la pensée. J’ai commencé à écrire des histoires, à imaginer un personnage et très vite j’ai su que j’allais jouer. C’était évident, l’asphalte me réclamait. En cours, ça discutait rétroplanning, plan de financement, et moi je décidais que dans quelques semaines, je serai Jacqueline Rions, une guide touristique déjantée. L’inspiration m’est tombée dessus comme une pluie fine qui finit par nous laisser trempé. J’ai laissé ma créativité faire le boulot. J’avais un texte et un costume. J’ai choisi mon aire de jeu puis j’ai planifié mes fausses visites guidées. Tout au long du processus, il y avait une petite voix, celle que j’appelle l’auto-saboteuse, qui me susurrait des trucs du genre : « T’es folle ! Et si personne ne vient, la honte ! T’as pas autres choses de plus sérieux à faire ? » mais je l’ignorais et j’imprimais des affiches pour être sûre de ne pas revenir en arrière. J’étais à fond dans mon idée poussée par une audace insoupçonnée. Au formateur, j’ai dit : « En ole varmaa että minä haluan oma yrityksen perustaminen.». En gros, « faut que je file, j’ai pestacle ! ». Et je me suis précipitée dans les bras de la rue. Je me répétais ce mantra : « leridiculenetuepasleridiculenetuepasleridiculenetuepasleridiculenetuepas ». Et c’était vrai. Non seulement ça ne m’a pas tuée mais en plus ça m’a réveillée. Des spectateurs sont venus à la première, à la deuxième, à la troisième alors j’en ai fait dix. Certains me demandaient de quoi il s’agissait peu habitués qu’ils étaient aux pitreries sur la voie publique. Ma voix résonnait dans l’atmosphère discrète et allait titiller les stoïques Nordiques. J’en ai agacé certains et amusé d’autres. Mission accomplie ! J’avais rêvé d’amuser la galerie, de susciter des émotions donc je jubilais. J’avais voulu faire du bruit, faire entendre parler de moi et un jour, une journaliste curieuse s’est pointée. Elle a ri. Et elle a écrit plein de belles choses dans un vrai journal. J’étais émue et fière. Mon intuition que cette action pourrait intéresser n’était pas une chimère. Je lisais le cœur battant ce terme de comédienne. Elle ne l’avait pas inventé, je lui avais soufflé. Mais de le lire noir sur blanc et de le dire à des milliers de lecteurs, ça a été quelque chose. J’ai réalisé que je m’étais autorisée à être vraiment moi, un vrai Coming out. J’en voulais encore plus, que ce spectacle improvisé en quelques heures et ce costume récupéré à la croix rouge tourne sur d’autres places, dans d’autres villes. Je voulais bousculer les passants et changer leur vie à jamais. Mais à chaque fin de représentation, l’euphorie laissait la place à l‘épuisement et je me sentais très seule. En optant pour le one-woman show, je n’avais pas de partenaires avec qui débriefer. Malgré les applaudissements, les compliments et les dons, je restais sur ma faim. La boucle était bouclée mais quelque chose ne tournait pas rond. Je n’ai pas cherché à comprendre, j’ai emmagasiné de la fierté et j’ai nourri l’espoir qu’on me rappellerait. Depuis, je suis remontée sur scène avec une intense joie. J’ai ressenti une immense satisfaction d’être regardée et applaudie…et un certain pouvoir. Mais aujourd’hui, ça m’interpelle. D’où me vient ce besoin de me montrer ? Pourquoi faut-il que j’aille brailler sur les pavés plutôt que d’écrire dans un carnet secret ? Est-ce pour attirer l’attention sur moi ? Pour prouver que j’existe ? J’observe ces enfants en forme de points d’interrogation : « Maman, regarde moi ! T’as vu ce que je sais faire papa ? ». Quand je suis en représentation, la petite fille refait surface, elle se fait belle et espère qu’on l’aimera. Comme si les applaudissements étaient des nounours moelleux, des bonbons colorés, des bisous sucrés. Comme si je les provoquais pour me rassurer. Un an après l’été dernier, je réalise que derrière mes envies d’émouvoir les gens et de les faire réfléchir, j’ai un grand besoin de consoler une enfant angoissée et de combler un ego fissuré. Alors quand je serai grande, j’apprendrai l’humilité !

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
je n’ai point de talent, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)

Ondes sensibles

Cabane !

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A écouter

A lire

J’ai 10 ans et demi, on est au zoo avec le centre aéré et ça arrive. La grâce tant attendue me tombe dessus : j’ai mes règles. J’ai pas vraiment le temps de comprendre ce qui m’arrive, trop occupée à dissimuler la tâche qui auréole mon pantalon. Les premières émotions sont la honte et le désarroi. Une fois à la maison, je cours dans le giron de ma mère pour lui annoncer la nouvelle, elle me félicite et me qualifie de « grande ». Wouah la classe ! La fierté de « les » avoir comme certaines de mes copines s’empare de moi. Cependant, un doute m’assaille : est-ce que en entrant dans la ronde des-filles-qui-les-ont, je dois quitter celle des filles-à-sa-maman ? Je ne m’attarde pas trop sur le sujet et j’apprécie la nouveauté. Je le clame aux femmes de ma famille comme pour signifier « jusque là, on n’était pas bien sûres, mais je suis bel et bien des vôtres ! ».  Malheureusement, cette euphorie ne dure pas longtemps, d’évènement mystérieux ça devient banal puis inconfortable. C’est trop bizarre de devoir marcher avec cette couche entre les jambes et puis, ça sent le poisson pourri. C’est ça être une fille en fleur ? Je suis fatiguée alors que je vois les garçons courir partout. Et puis, ça fait mal comme si un boulanger indélicat me pétrissait le bas du ventre. Mais on me dit : « c’est normal de souffrir, prends un Spasfon ». Et je les crois. Mais je commence à regretter sérieusement le temps où je ne saignais que quand j’avais un bobo au genou. Plus tard, ça vient bousculer mes plans : un week-end romantique, un saut à l’élastique. Et on m’accuse aussi : « t’as tes règles ou quoi ? ». Comme si j’étais coupable… Chacune utilise son vocabulaire : règles, ours, ragnagna. Mais ça sonne souvent comme un gros mot. Le truc tabou alors que ça concerne plus de la moitié de la planète quand même. Alors j’en chie tous les mois, ça dure environ dix jours. D’abord l’annonce (ce qu’on appelle communément le syndrome prémenstruel) : « oyez oyez le sang va couler et tu vas en baver ». Mes seins se mettent à gonfler. Ça excite mon ptit copain alors que moi j’ai juste envie de le baffer. Ambiance… Puis l’accomplissement : gérer les douleurs, coller une serviette, décoller, trouver une poubelle, opter pour le tampix, perdre le fil, une tâche au fond de ma nouvelle culotte. Et enfin, la décontraction, qui se fait pas trop rapide non plus, encore quelques saignements par-ci par-là histoire de ne pas oublier ce qui vient de se passer. Plus tard, c’est carrément devenu synonyme de deuil, quand on essayait de faire un bébé, chaque mois ce sang éclaboussait mes espoirs. Bref, les règles c’était chiant, c’était moche, c’était douloureux, c’était carrément nul. Aujourd’hui, je commence à accepter. Ça occupe un tiers de chaque mois depuis vingt-trois ans, soit à peu près 1 380 jours que le sang coule donc j’ai eu le temps de cogiter ! Finalement, ce sang il n’est pas pourri puisqu’il vient de mon utérus qui se préparait à accueillir un enfant, il est carrément sain même. Il paraît que certains chevaliers trempaient leur épée dans le sang menstruel avant de partir au combat ! Ce sang c’est le reflet de ma féminité. Il me susurre que je suis cyclique comme la lune. Évidemment que mon humeur change. Je me sens louve. Je prends le temps de vivre ce moment si particulier où je redeviens sauvage. Je me love sous la couette.  Ce sang c’est une autorisation à me retrouver face à moi-même. Le droit de dire « cabane ! ». Même si en vrai, j’ai toujours le droit de me regarder le nombril et de me faire du bien. C’est souvent à ce moment du mois que je le ressens plus fort. C’est maintenant que je me coule dans ma zone de confort. Emmitouflée dans un plaid, une tasse de tisane réchauffe mes mains, un bon bouquin me tient compagnie. A la société, je ne dis plus que je suis indisposée, j’explique que j’ai besoin de me ressourcer. Aux hommes, je ne dis plus « tu peux pas comprendre !», j’explique ce qui se passe en moi. Et à moi, j’arrête de dire que je suis sale, je me murmure des encouragements et des promesses. Ce que mon corps réclame, je lui donne : repos, écoute, respect, douceur. Parfois, je m’éloigne de lui alors ce sang qui coule ça me permet de ne pas l’oublier, d’en être fière même. Parfois, ça dérange « elle nous soûle elle avec ses règles, on va pas en faire tout un fromage ». Eh bien si. Moi ça me fascine comment mon Cher corps, fonctionne. Je réfléchis mieux à ce qui me permet de recueillir ce sang, j’opte pour une coupe menstruelle ou un tampon en coton bio bien plus doux que les serviettes hygiéniques pleines de produits chimiques. Et puis, je suis sûre qu’un jour le sang menstruel pourra être recyclé et utilisé à de belles fins. Je fais attention à ce que je mange aussi, même si ce bouleversement hormonal me dicte de me goinfrer, je sais que je le regretterai donc je fais une pause. Je sens que la douleur la plus insupportable n’est pas celle physiologique mais celle morale de me sentir impure, d’appartenir à un genre qui, dans certains pays, ne doit pas être touché pendant les règles. Alors oui, je suis à fleur de peau mais des mains attentionnées et aimantes seront acceptées. Je ne demande qu’à être apprivoisée. Aujourd’hui si je me cache ce n’est plus parce que j’ai honte mais pour apprécier pleinement ma nature. J’accepte d’être une FEMME et je comprends enfin qu’il ne faut pas nécessairement souffrir pour être belle…et heureuse.

 

Quand il s’écoule de moi,

Le sang tout en bas,

Je vois la vie en rouge.

Je n’ai plus le cœur lourd

Mais je suis pleine d’amour,

Et ça me fait quelque chose.

Dites ouïe !

Et avec ceci, ce s’ra tout ?

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A écouter

A lire

En entrant, j’ai été charmée par le rayon fruits et légumes. Plein de produits que je n’avais jamais vus, faut dire qu’en arrivant de Finlande j’étais facilement épatée par les produits de la terre. Certes, il y avait de nombreuses variétés de pommes de terre mais ça manquait un peu de couleurs et formes. Là, mes yeux pétillent de tant de biodiversité : le chou romanesco, la patate douce violette…la nature est généreuse. En plus, les produits viennent (presque tous) de chez le voisin, c’est beau !  C’est peut-être pour ça que j’y ai déposé mon cv. En période de (re)construction identitaire et de questionnement professionnel, j’avais besoin d’un job. Eh oui, arpenter les chemins en ressassant « dans quel état j’erre ? », ça donne faim. Alors je me suis tournée vers ce magasin bio.  J’avais plus de radis et je suis aller vendre du pain pour me faire du blé, logique. Je comprends mieux le circuit court, je permets aux gens d’acheter leurs denrées, je suis payée et avec mes sous je peux acheter mes denrées ! Le boulot alimentaire par excellence. Je fais mes courses mécaniquement. J’ai l’habitude de mes rayons, j’achète presque toujours les mêmes produits et quand j’ai commencé à travailler, c’était comme mettre des lunettes de vue. Tout à coup, j’ai vu la multitude de produits, tous ceux à qui je ne daignais pas jeter un œil.  Toutes ces étiquettes pensées pour attirer le client, ces logos et courbes pour évoquer la pâte à tartiner de ton enfance, la soupe de ta grand-mère. J’étais épuisée de tant de sollicitations. Et heureusement que mes oreilles n’étaient pas tant sollicitées que mes yeux. J’apprécie qu’il n’y ait pas de musique criarde ou d’animateurs nasillards « Mesdames et messieurs, les 2 boîtes de sardines pour le prix d’1, n’hésitez plus ! ». Après un temps d’adaptation, ça va mieux même si je lutte en permanence contre les tablettes de chocolat et brioches qui me crient « achète-moiiiiiii ! ». Ce que j’aime particulièrement, c’est le rayon boulangerie. L’odeur du pain qu’on réceptionne le matin est un délice. Toutes ces énormes miches bombées et dorées…ça me fait beaucoup d’effet.  Je suis émue en pensant aux mains agiles qui les ont façonnées. C’est quand même plus sensuel que les boîtes de conserve ! En tant que cliente, je ne réalisais pas qu’il y avait des lutins malins qui me facilitaient la tâche : les gestes experts des employé.e.s font en sorte que tous les produits soient accessibles sans trop d’effort. Moi, qui me plaignais que c’était fatiguant de faire les courses… Je n’avais jamais pensé à ceux qui dès 7h du matin réceptionnent les livraisons, ouvrent les cartons et remplissent les rayons en me saisissant de mon paquet de farine. On ne voit souvent que ceux qui encaissent mais gravitent autour d’eux plein d’autres fourmis ouvrières. J’aime faire la caisse d’ailleurs car je suis assise et surtout je suis vraiment avec les gens. J’échange quelques paroles, je reçois les critiques (bien souvent positives), je crée du lien. Faut être honnête, au bout de 2h à raison de 46 « bonjour – par carte ? – 52,63€ s’il vous plait – merci – très belle journée à vous – au revoir », il faut aller faire un tour dehors. Mais c’est toujours dans la courtoisie et la bonne humeur. Je me demande si biologique, local et équitable riment avec poli, patient et agréable. Ceci dit, c’est peut-être la même chose chez L’éclair, les gens se bonifient probablement. Ou alors c’est moi qui le vit mieux. Quand j’étais étudiante, j’avais été hôtesse de caisse pendant quelques mois dans un hypermarché et je ne me souviens pas avoir échangé des recettes ou des bons plans avec les consommateurs. Par contre, je me souviens qu’on devait dire « Bonjour MONSIEUR/MADAME » parce que « bonjour » tout seul c’était pas assez bien. Et puis, il y avait aussi des clients mystères, un employé en civil qui passait à ma caisse pour contrôler que je faisais tout bien. Drôle de métier…j’imagine le patron qui quitte son costume trois-pièces pour un jogging et un tee-shirt Fruit of the Loom, une casquette Perrier et qui se fait passer pour un client lambda. Ça doit changer de l’analyse financière. Ou peut-être que de nos jours, ils embauchent des intermittents du spectacle pour jouer la parfaite cliente qui coincera le caissier balbutiant. Qui sait ? Au moins, dans mon magasin c’est détendu. Les clients se connaissent presque tous alors ils papotent en attendant leur tour, les enfants dessinent dans un coin au lieu de glisser un paquet de sucettes discrètement dans le caddy. En passant leurs produits « bip », « bip », j’imagine les petits plats qu’ils vont concocter, « bip », « bip », les goûters d’anniversaires, les apéros dinatoires, « bip, « bip ». J’observe aussi leurs manières : il y a les couples où la femme paie et l’homme range et puis l’inverse, ceux pour qui on voit que la gestion de l’argent n’est pas encore claire « c’est moi qui paie », « ah bon mais on avait dit que… ». Les parents qui laissent les enfants se balader avec leur mini caddy et qui ont même le droit de suggérer des produits et ceux qui les empêchent de toucher comme si c’était impur ou comme s’il fallait être mature pour s’acheter des mûres. Il y a ce monsieur qui vient toutes les semaines et qui achètent des tonnes de surgelés et bocaux, je l’imagine père de 7 enfants qui avalent chaque semaine 230€. Cette dame âgée qui « craque » pour du chocolat aux amandes, ça lui changera des petits pois carottes. Cette occupation que j’ai souvent considérée comme triviale et ennuyeuse révèle beaucoup sur la condition humaine. Ça me plait d’être témoin des rituels de chacun, de converser sur le temps de cuisson des lentilles corail ou sur la conservation des maquereaux. Parce que tout le monde le sait :

« Quand l’appétit va, tout va » !

A méditer !

I want to break free

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A écouter

A lire

Enfant, j’ai grandi dans un village en Lorraine, route du vin et de la mirabelle, c’est tellement bucolique. C’est pas ça qui m’intéressait, c’était la campagne, l’espace dont je jouissais. Je me revois partir en exploration, un goûter dans le sac à dos. Je déambule entre les ceps de vigne, je m’assois sous un cerisier et observe les fourmis. Les soirs d’été, après le dîner, on avait le droit de jouer dans le jardin, même si on était déjà en pyjama. Les dimanches matin, j’enfourchais mon vélo et je partais rejoindre les copains. On jouait sans s’arrêter, cache-cache dans tout le village, une gamelle dans un jardin. Les journées duraient une éternité. Et pour moi, c’était ça la liberté. Une interminable récré. C’est peut-être parce qu’elle était presque illimitée que jamais j’en abusais. Très vite, je me suis auto-régulée. J’avais la permission de me coucher à 21h mais à 20h30 j’étais déjà dans mon lit. Je rangeais ma chambre avant qu’on me le demande. Je m’adultisais. Tout ça pour plaire à mes parents, être la petite fille parfaite alors qu’ils ne m’en demandaient pas tant. Doucement, j’ai érigé des murs d’auto-discipline. Avec les copains, je refusais de dire des gros mots même si mes parents n’en sauraient rien. Ado, je ne pouvais pas me rebeller contre ces libertés qu’on m’accordait alors j’ai bâti mon cadre, je me suis imposée des règles. On m’a souvent reproché de ne pas me lâcher. Ma chambre donnait sur le jardin et je n’ai jamais fugué, quand j’ai pris ma première taf, je m’en suis rendue malade. Je m’auto-flagellais. Pourtant, mes parents ne sont pas des catholiques extrémistes ou des bohèmes inconscients. Pourtant dans le même environnement, dans le même corps, l’espace s’est amenuisé. Alors à 16 ans, j’ai décidé que je serai globe-trotter. J’ai commencé à rêver de nouveaux territoires, de liberté inassouvie. A 21 ans, je suis partie vivre en Slovaquie, un pays lointain et surtout inconnu, exotique en quelque sorte. En Amérique du sud et en Asie, j’ai cheminé sac au dos en quête de sensations, d’épanouissement, et surtout de nouveauté.  A 33 ans, je réalise que la vraie liberté, c’est celle que je cultive à l’intérieur. Je vivais en pleine campagne avec des parents ouverts et je me suis enfermée dans mes peurs. On peut vivre au « pays des droits de l’homme » et laisser grandir un mal intérieur qui nous empêche de nous développer. Finalement, être libre, ce n’est pas avoir un passeport prêt à être tamponné, c’est encore moins avoir beaucoup d’argent et des possessions. C’est s’accepter, scier ses propres barreaux et s’évader de ses restrictions. L’être humain est très fort pour se cadrer. L’auto-censure, les principes, les tabous, le déni peuvent être plus isolant que les murs. Ou alors, on condamne nos parents, nos profs, la société, les autres, les catastrophes naturelles, on se convainc que cela ne dépend pas de nous, c’est plus rassurant. Parce que, en vrai, si tout est possible, si on est vraiment libre, comment gérer tout ça ? Ça fait quand même une sacrée responsabilité de mener sa vie comme on l’entend ! La liberté avec un grand L, ça fait flipper, c’est vertigineux. Alors j’enfile mon baudrier. Lentement et consciemment, je noue chaque morceau de tissus confiance, joie, estime, foi… Puis, j’en ferai une corde qui me permettra de m’échapper par la fenêtre de cette prison que j’ai bâtie toute seule, comme une grande.

Liberté , liberté chérie

Tapie tout au fond de mon coeur

Jaillis, à présent qu’il est l’heure

Avec bonheur je te réclame

Accoure dans mes bras impatients

Que ton sortilège puissant

Ravive enfin la flamme.

Dites ouïe !

Dans une rue de Paname

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A écouter

A lire

J’y suis tellement passée ces dernières années entre deux aéroports. Toujours l’étape obligatoire entre la Finlande et la France, comme si c’était la case départ du Monopoly. Paris, ça m’évoque les contrôles de sécurité, l’attente des bagages, le périph’ encombré, les couloirs surchargés. L’accumulation et la vitesse aussi. Des changements à ne pas manquer, des escalator à grimper, des marches dévalées, des gens bousculés. La dernière fois, c’était pour un grand retour. Je me sentais insignifiante sous le poids des bagages, étape obligatoire entre la Finlande que je fuyais et la Bretagne qui m’accueillait. J’y suis passée sans vouloir y être, j’arpentais les rues parisiennes le corps tiraillé entre le nord et l’ouest. Paris, témoin de mon déchirement. J’y suis donc retournée avec appréhension. A Paris, le temps défile à toute vitesse, les gens vont dans tous les sens et je perds mon rythme. Et pourtant, quand on s’engouffre vers le métro, le temps se suspend, les lumières blafardes me font perdre l’heure, il pourrait être midi ou 2h du mat’. Des gens viennent de se lever, sur certains visages, dans les cernes noires, on devine des nuits blanches. A Paris, on peut totalement se laisser porter, emporté par la foule, déplacé par des tapis roulants mécaniques, transporté par des rames souterraines. Je suffoque d’être sous terre et en même temps je suis fascinée par ce moyen de transport. Quand je foule les trottoirs, j’oublie que sous mes pieds il y a cet ingénieux système. Des taupes creusent leurs galeries dans le sous-sol et déplacent sur leurs dos des milliers de personnes. Je suis souvent passée par Paris pour partir en voyage loin mais Paris, c’est déjà comme visiter plusieurs pays en même temps. Je capte des bribes de chinois, de tchèques, je m’accroche à la sensualité de l’espagnol. Je suis ravie par les couleurs et la diversité : il y a des gens couleur café, des cheveux roses, des yeux bridés, des crêtes peroxydés. Je me demande comment cette femme peut entretenir cette magnifique chevelure blonde dans la pollution et le stress. Je suis toujours fascinée que des gens vivent à Paris, pour moi c’est tellement mouvant que je ne pourrais pas m’y fixer. J’aurais l’impression de dormir dans un wagon de RER. J’admire ceux qui pratiquent la méditation dans cette agitation incessante. Je réalise qu’en « province », comme ils disent, le temps se déroule différemment. J’expérimente pourtant. Je ferme les yeux au milieu d’inconnus les pieds bien ancrés, je respire profondément pour ne pas m’envoler comme un sac plastique. Paris, je suis là. C’est comme une histoire d’amour condensée : en un week-end, j’éprouve passion, dégoût, envie, lassitude. Paris, je t’aime et je te hais. Ici, on peut être dépossédé de sa vie si on se laisse aller. Il suffit de regarder autour de soi pour savoir quoi choisir : le vegan burger de chez Rapidos, la combi-short de Miniprix, la pièce au Théâtre du dos d’âne, une escapade avec Air BurnOut… Tout est écrit, parfois même juste imagé, ça parle mieux au cerveau. Plus besoin de décider, laissez-vous porter et ça va bien se passer. Je me dis que ça doit être épuisant de vivre à Paris quand on veut garder son libre-arbitre. Réussir à être centré sur l’essentiel. Pour moi qui me disperse facilement, ce serait probablement une torture. J’aurais un pied à un vernissage, l’autre dans un concert, un verre de vin à la main, une raquette dans l’autre, la tête au planétarium, les yeux sur le beau gosse qui passe, une narine bouché par la poussière et l’autre envahi par Sephora, la bouche remplie de sushis, nan au kiri et tzatziki. Pas franchement vivable. Même si je suis née dans le 91, je n’ai pas les gènes pour ça. Comment ils font tous les péquenauds qui s’installent à Paris ? Est-ce que la mairie organisent des stages d’adaptation. Maintenant, il y a les stages de déconnexion, est-ce qu’il y a aussi des sessions d’immersion où on habitue les gens en les enfermant dans une cabine chargée de CO2, on leur apprend à tenir debout dans le métro quand il n’y a plus de barres disponibles sans toucher son voisin ? J’arrive au Jardin du Luxembourg et je respire plus amplement. Je suis épatée par ces arbres centenaires, chapeau les gars ! Ils font les malins à Yellowstone mais ils ont quand même des meilleures conditions pour grandir. Mes pupilles frétillent de tant de vert. Un coin sauvegardé. Je suis étonnée que personne n’ait eu l’idée de placarder sa pub sur le tronc du séquoia. Je respire, j’admire. Tout autour est tellement matériel que je me sens Vendredi sur l’île déserte. Ici, les gens marchent lentement, d’autres s’embrassent sur un banc, certains osent même s’endormir comme ça en plein milieu de la capitale. La nature est vraiment puissante. Je capte des chants d’oiseaux, je me recharge. Soulagée, je repars à l’assaut de l’asphalte. Avec un nouveau regard. Paris, c’est un musée à taille humaine. Comment peut-on trouver tant de trésors dans une seule ville ? A chaque coin de rue, je m’émerveille d’une façade, d’une statue, d’une plaque commémorative. De blasée, je passe à enchantée. La Tour Eiffel, si galvaudée, me fait toujours de l’effet. Je me sens si petite à ses pieds. Notre-Dame, magique au bord de l’eau. Les vendeurs de cartes postales anciennes le long de la seine qui rappellent comme Paris inspire les artistes, les gargouilles stoïques face au flot de touristes. Je sens comme une effervescence joyeuse. Paris, la ville de l’amour. Je croise des Américains, des Russes, des Argentins empressés de photographier la plus belle ville du monde pour partager avec ceux qui n’ont pas pu être du voyage. Ils ont économisé des années pour se le payer. Leur enthousiasme me touche. J’oublie le bruit, l’air saturé, les va-et-vient et je plonge dans l’histoire, je me prélasse dans la contemplation.

Paris, tu paries, Paris, que je te kiffe

Dites ouïe !

Home sweet home

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A écouter

A lire

J’ai souvent critiqué les gens qui ont des messages tout faits inscrits sur les murs de leur intérieur. Bien souvent en anglais comme si ça donnait un petit côté exotique. Je me croyais mieux parce que moi j’affichais de la déco personnalisée et originale. Aujourd’hui, je réalise que le plus important c’est de se sentir bien chez soi. Pendant des mois, je n’ai pas eu de chez moi. Je n’étais pas franchement à plaindre parce que mes grands-parents m‘ hébergeaient, mes parents m’invitaient, des amis me proposaient leur canapé. Loin d’être à la rue, j’aurais dû être rassurée. Et puis, ça me permettait d’économiser le peu d’argent que je gagnais puisque toutes ces personnes m’accueillaient gracieusement. Pourtant, je perdais l’équilibre, j’aspirais à avoir mon chez moi, je ne trouvais pas le sommeil. Je rêvais d’avoir la clé de mon intérieur. Ça devenait pour moi une obsession, la quête d’un Graal. Je m’accusais d’être trop impatiente. Pourquoi me mettre en danger financièrement alors que d’autres sont ravis de m’avoir comme Tanguy ? Pourquoi cette urgence alors que certains sont beaucoup moins bien lotis que moi ? Même ceux qui n’ont jamais appris l’anglais connaissent ces trois mots : « home sweet home ». La douceur d’un chez soi. La sécurité de sa maison. Alors, je suis partie en croisade. C’est presque ça de nos jours quand on est considéré comme précaire, c’est la croix et la bannière pour avoir un toit. J’étais déjà pas bien assurée de ma décision que les obstacles se sont dressés. « Vous ne gagnez pas assez. Qui va payer votre loyer ? Pas d’ boulot, pas d’dodo ! ». J’ai commencé à flipper. Trouver un travail et après un toit ? C’est quoi le plus important là maintenant pour moi ? Je sens que chercher un logement relève de la course à l’emploi. Je dois faire mes preuves, que mon curriculum vivable sorte du lot. Les bailleurs ne sont pas des gens qui manquent de sommeil, ce sont des gens qui veulent confier leurs murs à d’honnêtes citoyens. En plus de prouver que je suis « dynamique et motivée», il faut aussi assurer que je serai rigoureuse, respectueuse et fidèle. Je dois être irréprochable et aussi m’engager sur le long terme car les propriétaires, comme les employeurs, n’aiment pas changer de candidat tous les quatre matins. Bref, ce qui devait être un pas vers la sérénité s’annonce rude. Je finis tout de même par la trouver ma casba. Comme beaucoup d’exceptions qui confirment les règles, j’ai rencontré des propriétaires humains, conscients de la réalité et confiants. Des gens qui ont peut-être été eux aussi dans la galère ou qui observent leurs propres enfants, de ceux qui se mettent à la place des gens au lieu de focaliser sur leur porte-monnaie. Et la porte s’est ouverte… J’ai enfin ma clé ! Un lieu rien qu’à moi, d’où je peux crier « cabane » et me sentir en sécurité. Plusieurs portes, fenêtres que je peux ouvrir et fermer à ma guise. Le droit de laisser traîner un verre huit jours sur la table. La possibilité de faire le ménage dès que l’envie s’en fait ressentir. Et puis, il y a aussi mes meubles à moi, mes objets. J’ouvre des cartons qui se lamentaient depuis des années, je dépoussière, trie, jette, j’achète…je m’installe. Un étonnement demeure : je ne me pensais pas si matérialiste, je croyais être capable de me détacher de ces futilités. Et l’euphorie l’emporte : des morceaux de ma vie, des bouts de voyages, des mots d’amour virevoltent dans mon nouveau 45m2 ! J’ai voulu tout mettre, recouvrir ces murs immaculés de l’abondance de mon existence. De la couleur, de la chaleur, des senteurs. Mon nid où chaque chose a sa place et me raconte une histoire. Même la ronde des sigles (Si Molière savait !) n’entache pas ma bonne humeur. Je jongle joyeusement avec CAF, EDF, APL, FSL. J’ai vécu dans 14 lieux différents en 33 ans. Je me suis toujours définie comme une « déracinée » ou encore « citoyenne du monde » posant mes valises et créant mon cocon avec aisance. Je suis allée vivre à des milliers de kilomètres de la France finger in the nose mais c’est comme si j’avais un fil à la patte, ou plutôt un élastique. J’ai testé sa résistance pendant des années et je me suis tellement éloignée en forçant que l’élastique m’a ramenée très vite au point de départ. Et parfois, ça claque sur la peau et ça surprend. Aujourd’hui, j’en suis consciente, je ne rejette pas l’expatriation mais je ne veux plus vivre le séant entre deux continents. Cette fois, il y a quelque chose de différent. J’ai trouvé un port auquel m’attacher. Aujourd’hui, je choisis la France et je m’autorise à m’enraciner parce que je n’ai plus besoin de me démarquer en habitant dans des pays qu’on ne sait même pas placer sur des cartes. La forêt de Brocéliande est aussi mystérieuse que le cercle polaire, le Golfe du Morbihan vaut bien les 188 000 lacs de Finlande. Comme ils disent : « la Bretagne, ça vous gagne ». Je sens que cette terre me rappelle, que j’ai beaucoup de belles choses à vivre ici. Peut-être qu’un jour, je serai tellement bien dans mes baskets que mon pays sera dans mon cœur, je le porterai en permanence et je traverserai les épreuves avec sérénité parce que partout où je serai ce sera chez moi. Pour l’instant, j’apprécie la sédentarité. Je me plais en casanière, je creuse mon terrier, je tisse ma toile.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid…

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En ces temps de révolte, moi aussi je serre les poings. A la proue de mon drakkar, flotte un étendard : Qui m’aime me suive. Du style, moi je trace ma route la tête haute et le vent en poupe et ceux qui seront motivés embarqueront mais je ne ralentirai pas la cadence pour autant. Et j’ai crié, crié « Liberté ». Ces derniers mois, j’étais fière, gonflée de certitudes et je peux comprendre que ça en gonfle certains. Parce qu’en vrai, je ne suis pas si sûre de mes désirs, si affirmée dans mes choix. Je suis bourrée de paradoxes. Je me la joue femme indépendante-toute puissante-autonome-et-ambitieuse. Je plains les dépendant.e.s affectif.v.e.s : « Moi, je peux carrément vivre toute seule, je n’ai pas peur du célibat. ». Après le potager, je m’attaque à ma vie sentimentale sur le chemin vers l’auto-suffisance. Franchement, il manquait plus que l’abeille-suceuse, ce sex toy révolutionnaire pour achever de me conforter dans l’idée qu’être en couple, c’est complètement has been. J’y croyais dur comme fer. Je me pensais supérieure, de la caste des inébranlables. Mais en vrai, moi aussi j’ai un incommensurable besoin d’amour ! Moi aussi, je veux être câlinée, par des bras puissants, explorée par des mains baladeuses. Je veux qu’on me dédicace des chansons d’amour sur radio Nostalgie, qu’on glisse un mot sous mon oreiller. Même si ça fait cliché, je cracherai pas sur un bouquet. Même si je peux payer, j’accepterai un dîner. Oui, je prône la détox digitale, mais lire un sms mignon et coquin de temps en temps, ça fait du bien. J’arrête de critiquer les « doudous, choubidous, chérinoux », je les comprends ceux qui injectent de la guimauve dans leur vie. Moi aussi, j’ai parfois besoin de sucré. Pas facile de me cerner, je suis bien d’accord. « Elle sait pas ce qu’elle veut » et bien oui. Ou plutôt : « je veux tout » ! Les repas en tête-à-tête, les deux côtés de mon lit, serrer ta main devant la mer, danser au milieu de célibataires, une nuit de sexe débridé, une grasse mat’ seule avec mon chat, de la complicité et de la séduction, être surprise et le train-train quotidien. Je veux que tu commentes ma jupe et que tu m’acceptes en jogging. Un jour, je me love en romantique cherchant un regard doux et compatissant. Le lendemain, je fuis comme une sauvageonne, je me terre, je rends mon tablier en bonne féministe. Je me sens de mieux en mieux dans ce corps mais parfois je doute comme Brigitte : «  et mes chevilles, tu les aimes ? Tu les trouves jolies mes fesses ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ? ». Ces moments où il y a tamponné « fragile » sur ma peau.  Oui, je suis pleine de facettes, cinquante nuances d’ Odré. C’est déroutant ? Tu t’y perds ? Moi aussi parfois mais c’est comme ça que je suis MOI. Douce et féroce, égoïste et généreuse, fuyante et amoureuse. J’ai plus peur de le dire, j’ose lever les voiles. Bienvenu.e dans mon navire, ça chahute, ça éclabousse et puis il y a des accalmies, des bains de soleil sur le pont, des couchers de soleil époustouflants, des traversées palpitantes, on n’est jamais à l’abri d’une tempête.

Quand je suis née, à la radio on entendait : « Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile ! »… lui, il avait déjà tout compris.