Arbre à palabres

A méditer !

I want to break free

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A écouter

A lire

Enfant, j’ai grandi dans un village en Lorraine, route du vin et de la mirabelle, c’est tellement bucolique. C’est pas ça qui m’intéressait, c’était la campagne, l’espace dont je jouissais. Je me revois partir en exploration, un goûter dans le sac à dos. Je déambule entre les ceps de vigne, je m’assois sous un cerisier et observe les fourmis. Les soirs d’été, après le dîner, on avait le droit de jouer dans le jardin, même si on était déjà en pyjama. Les dimanches matin, j’enfourchais mon vélo et je partais rejoindre les copains. On jouait sans s’arrêter, cache-cache dans tout le village, une gamelle dans un jardin. Les journées duraient une éternité. Et pour moi, c’était ça la liberté. Une interminable récré. C’est peut-être parce qu’elle était presque illimitée que jamais j’en abusais. Très vite, je me suis auto-régulée. J’avais la permission de me coucher à 21h mais à 20h30 j’étais déjà dans mon lit. Je rangeais ma chambre avant qu’on me le demande. Je m’adultisais. Tout ça pour plaire à mes parents, être la petite fille parfaite alors qu’ils ne m’en demandaient pas tant. Doucement, j’ai érigé des murs d’auto-discipline. Avec les copains, je refusais de dire des gros mots même si mes parents n’en sauraient rien. Ado, je ne pouvais pas me rebeller contre ces libertés qu’on m’accordait alors j’ai bâti mon cadre, je me suis imposée des règles. On m’a souvent reproché de ne pas me lâcher. Ma chambre donnait sur le jardin et je n’ai jamais fugué, quand j’ai pris ma première taf, je m’en suis rendue malade. Je m’auto-flagellais. Pourtant, mes parents ne sont pas des catholiques extrémistes ou des bohèmes inconscients. Pourtant dans le même environnement, dans le même corps, l’espace s’est amenuisé. Alors à 16 ans, j’ai décidé que je serai globe-trotter. J’ai commencé à rêver de nouveaux territoires, de liberté inassouvie. A 21 ans, je suis partie vivre en Slovaquie, un pays lointain et surtout inconnu, exotique en quelque sorte. En Amérique du sud et en Asie, j’ai cheminé sac au dos en quête de sensations, d’épanouissement, et surtout de nouveauté.  A 33 ans, je réalise que la vraie liberté, c’est celle que je cultive à l’intérieur. Je vivais en pleine campagne avec des parents ouverts et je me suis enfermée dans mes peurs. On peut vivre au « pays des droits de l’homme » et laisser grandir un mal intérieur qui nous empêche de nous développer. Finalement, être libre, ce n’est pas avoir un passeport prêt à être tamponné, c’est encore moins avoir beaucoup d’argent et des possessions. C’est s’accepter, scier ses propres barreaux et s’évader de ses restrictions. L’être humain est très fort pour se cadrer. L’auto-censure, les principes, les tabous, le déni peuvent être plus isolant que les murs. Ou alors, on condamne nos parents, nos profs, la société, les autres, les catastrophes naturelles, on se convainc que cela ne dépend pas de nous, c’est plus rassurant. Parce que, en vrai, si tout est possible, si on est vraiment libre, comment gérer tout ça ? Ça fait quand même une sacrée responsabilité de mener sa vie comme on l’entend ! La liberté avec un grand L, ça fait flipper, c’est vertigineux. Alors j’enfile mon baudrier. Lentement et consciemment, je noue chaque morceau de tissus confiance, joie, estime, foi… Puis, j’en ferai une corde qui me permettra de m’échapper par la fenêtre de cette prison que j’ai bâtie toute seule, comme une grande.

Liberté , liberté chérie

Tapie tout au fond de mon coeur

Jaillis, à présent qu’il est l’heure

Avec bonheur je te réclame

Accoure dans mes bras impatients

Que ton sortilège puissant

Ravive enfin la flamme.

Dites ouïe !

Dans une rue de Paname

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A écouter

A lire

J’y suis tellement passée ces dernières années entre deux aéroports. Toujours l’étape obligatoire entre la Finlande et la France, comme si c’était la case départ du Monopoly. Paris, ça m’évoque les contrôles de sécurité, l’attente des bagages, le périph’ encombré, les couloirs surchargés. L’accumulation et la vitesse aussi. Des changements à ne pas manquer, des escalator à grimper, des marches dévalées, des gens bousculés. La dernière fois, c’était pour un grand retour. Je me sentais insignifiante sous le poids des bagages, étape obligatoire entre la Finlande que je fuyais et la Bretagne qui m’accueillait. J’y suis passée sans vouloir y être, j’arpentais les rues parisiennes le corps tiraillé entre le nord et l’ouest. Paris, témoin de mon déchirement. J’y suis donc retournée avec appréhension. A Paris, le temps défile à toute vitesse, les gens vont dans tous les sens et je perds mon rythme. Et pourtant, quand on s’engouffre vers le métro, le temps se suspend, les lumières blafardes me font perdre l’heure, il pourrait être midi ou 2h du mat’. Des gens viennent de se lever, sur certains visages, dans les cernes noires, on devine des nuits blanches. A Paris, on peut totalement se laisser porter, emporté par la foule, déplacé par des tapis roulants mécaniques, transporté par des rames souterraines. Je suffoque d’être sous terre et en même temps je suis fascinée par ce moyen de transport. Quand je foule les trottoirs, j’oublie que sous mes pieds il y a cet ingénieux système. Des taupes creusent leurs galeries dans le sous-sol et déplacent sur leurs dos des milliers de personnes. Je suis souvent passée par Paris pour partir en voyage loin mais Paris, c’est déjà comme visiter plusieurs pays en même temps. Je capte des bribes de chinois, de tchèques, je m’accroche à la sensualité de l’espagnol. Je suis ravie par les couleurs et la diversité : il y a des gens couleur café, des cheveux roses, des yeux bridés, des crêtes peroxydés. Je me demande comment cette femme peut entretenir cette magnifique chevelure blonde dans la pollution et le stress. Je suis toujours fascinée que des gens vivent à Paris, pour moi c’est tellement mouvant que je ne pourrais pas m’y fixer. J’aurais l’impression de dormir dans un wagon de RER. J’admire ceux qui pratiquent la méditation dans cette agitation incessante. Je réalise qu’en « province », comme ils disent, le temps se déroule différemment. J’expérimente pourtant. Je ferme les yeux au milieu d’inconnus les pieds bien ancrés, je respire profondément pour ne pas m’envoler comme un sac plastique. Paris, je suis là. C’est comme une histoire d’amour condensée : en un week-end, j’éprouve passion, dégoût, envie, lassitude. Paris, je t’aime et je te hais. Ici, on peut être dépossédé de sa vie si on se laisse aller. Il suffit de regarder autour de soi pour savoir quoi choisir : le vegan burger de chez Rapidos, la combi-short de Miniprix, la pièce au Théâtre du dos d’âne, une escapade avec Air BurnOut… Tout est écrit, parfois même juste imagé, ça parle mieux au cerveau. Plus besoin de décider, laissez-vous porter et ça va bien se passer. Je me dis que ça doit être épuisant de vivre à Paris quand on veut garder son libre-arbitre. Réussir à être centré sur l’essentiel. Pour moi qui me disperse facilement, ce serait probablement une torture. J’aurais un pied à un vernissage, l’autre dans un concert, un verre de vin à la main, une raquette dans l’autre, la tête au planétarium, les yeux sur le beau gosse qui passe, une narine bouché par la poussière et l’autre envahi par Sephora, la bouche remplie de sushis, nan au kiri et tzatziki. Pas franchement vivable. Même si je suis née dans le 91, je n’ai pas les gènes pour ça. Comment ils font tous les péquenauds qui s’installent à Paris ? Est-ce que la mairie organisent des stages d’adaptation. Maintenant, il y a les stages de déconnexion, est-ce qu’il y a aussi des sessions d’immersion où on habitue les gens en les enfermant dans une cabine chargée de CO2, on leur apprend à tenir debout dans le métro quand il n’y a plus de barres disponibles sans toucher son voisin ? J’arrive au Jardin du Luxembourg et je respire plus amplement. Je suis épatée par ces arbres centenaires, chapeau les gars ! Ils font les malins à Yellowstone mais ils ont quand même des meilleures conditions pour grandir. Mes pupilles frétillent de tant de vert. Un coin sauvegardé. Je suis étonnée que personne n’ait eu l’idée de placarder sa pub sur le tronc du séquoia. Je respire, j’admire. Tout autour est tellement matériel que je me sens Vendredi sur l’île déserte. Ici, les gens marchent lentement, d’autres s’embrassent sur un banc, certains osent même s’endormir comme ça en plein milieu de la capitale. La nature est vraiment puissante. Je capte des chants d’oiseaux, je me recharge. Soulagée, je repars à l’assaut de l’asphalte. Avec un nouveau regard. Paris, c’est un musée à taille humaine. Comment peut-on trouver tant de trésors dans une seule ville ? A chaque coin de rue, je m’émerveille d’une façade, d’une statue, d’une plaque commémorative. De blasée, je passe à enchantée. La Tour Eiffel, si galvaudée, me fait toujours de l’effet. Je me sens si petite à ses pieds. Notre-Dame, magique au bord de l’eau. Les vendeurs de cartes postales anciennes le long de la seine qui rappellent comme Paris inspire les artistes, les gargouilles stoïques face au flot de touristes. Je sens comme une effervescence joyeuse. Paris, la ville de l’amour. Je croise des Américains, des Russes, des Argentins empressés de photographier la plus belle ville du monde pour partager avec ceux qui n’ont pas pu être du voyage. Ils ont économisé des années pour se le payer. Leur enthousiasme me touche. J’oublie le bruit, l’air saturé, les va-et-vient et je plonge dans l’histoire, je me prélasse dans la contemplation.

Paris, tu paries, Paris, que je te kiffe

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Home sweet home

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A écouter

A lire

J’ai souvent critiqué les gens qui ont des messages tout faits inscrits sur les murs de leur intérieur. Bien souvent en anglais comme si ça donnait un petit côté exotique. Je me croyais mieux parce que moi j’affichais de la déco personnalisée et originale. Aujourd’hui, je réalise que le plus important c’est de se sentir bien chez soi. Pendant des mois, je n’ai pas eu de chez moi. Je n’étais pas franchement à plaindre parce que mes grands-parents m‘ hébergeaient, mes parents m’invitaient, des amis me proposaient leur canapé. Loin d’être à la rue, j’aurais dû être rassurée. Et puis, ça me permettait d’économiser le peu d’argent que je gagnais puisque toutes ces personnes m’accueillaient gracieusement. Pourtant, je perdais l’équilibre, j’aspirais à avoir mon chez moi, je ne trouvais pas le sommeil. Je rêvais d’avoir la clé de mon intérieur. Ça devenait pour moi une obsession, la quête d’un Graal. Je m’accusais d’être trop impatiente. Pourquoi me mettre en danger financièrement alors que d’autres sont ravis de m’avoir comme Tanguy ? Pourquoi cette urgence alors que certains sont beaucoup moins bien lotis que moi ? Même ceux qui n’ont jamais appris l’anglais connaissent ces trois mots : « home sweet home ». La douceur d’un chez soi. La sécurité de sa maison. Alors, je suis partie en croisade. C’est presque ça de nos jours quand on est considéré comme précaire, c’est la croix et la bannière pour avoir un toit. J’étais déjà pas bien assurée de ma décision que les obstacles se sont dressés. « Vous ne gagnez pas assez. Qui va payer votre loyer ? Pas d’ boulot, pas d’dodo ! ». J’ai commencé à flipper. Trouver un travail et après un toit ? C’est quoi le plus important là maintenant pour moi ? Je sens que chercher un logement relève de la course à l’emploi. Je dois faire mes preuves, que mon curriculum vivable sorte du lot. Les bailleurs ne sont pas des gens qui manquent de sommeil, ce sont des gens qui veulent confier leurs murs à d’honnêtes citoyens. En plus de prouver que je suis « dynamique et motivée», il faut aussi assurer que je serai rigoureuse, respectueuse et fidèle. Je dois être irréprochable et aussi m’engager sur le long terme car les propriétaires, comme les employeurs, n’aiment pas changer de candidat tous les quatre matins. Bref, ce qui devait être un pas vers la sérénité s’annonce rude. Je finis tout de même par la trouver ma casba. Comme beaucoup d’exceptions qui confirment les règles, j’ai rencontré des propriétaires humains, conscients de la réalité et confiants. Des gens qui ont peut-être été eux aussi dans la galère ou qui observent leurs propres enfants, de ceux qui se mettent à la place des gens au lieu de focaliser sur leur porte-monnaie. Et la porte s’est ouverte… J’ai enfin ma clé ! Un lieu rien qu’à moi, d’où je peux crier « cabane » et me sentir en sécurité. Plusieurs portes, fenêtres que je peux ouvrir et fermer à ma guise. Le droit de laisser traîner un verre huit jours sur la table. La possibilité de faire le ménage dès que l’envie s’en fait ressentir. Et puis, il y a aussi mes meubles à moi, mes objets. J’ouvre des cartons qui se lamentaient depuis des années, je dépoussière, trie, jette, j’achète…je m’installe. Un étonnement demeure : je ne me pensais pas si matérialiste, je croyais être capable de me détacher de ces futilités. Et l’euphorie l’emporte : des morceaux de ma vie, des bouts de voyages, des mots d’amour virevoltent dans mon nouveau 45m2 ! J’ai voulu tout mettre, recouvrir ces murs immaculés de l’abondance de mon existence. De la couleur, de la chaleur, des senteurs. Mon nid où chaque chose a sa place et me raconte une histoire. Même la ronde des sigles (Si Molière savait !) n’entache pas ma bonne humeur. Je jongle joyeusement avec CAF, EDF, APL, FSL. J’ai vécu dans 14 lieux différents en 33 ans. Je me suis toujours définie comme une « déracinée » ou encore « citoyenne du monde » posant mes valises et créant mon cocon avec aisance. Je suis allée vivre à des milliers de kilomètres de la France finger in the nose mais c’est comme si j’avais un fil à la patte, ou plutôt un élastique. J’ai testé sa résistance pendant des années et je me suis tellement éloignée en forçant que l’élastique m’a ramenée très vite au point de départ. Et parfois, ça claque sur la peau et ça surprend. Aujourd’hui, j’en suis consciente, je ne rejette pas l’expatriation mais je ne veux plus vivre le séant entre deux continents. Cette fois, il y a quelque chose de différent. J’ai trouvé un port auquel m’attacher. Aujourd’hui, je choisis la France et je m’autorise à m’enraciner parce que je n’ai plus besoin de me démarquer en habitant dans des pays qu’on ne sait même pas placer sur des cartes. La forêt de Brocéliande est aussi mystérieuse que le cercle polaire, le Golfe du Morbihan vaut bien les 188 000 lacs de Finlande. Comme ils disent : « la Bretagne, ça vous gagne ». Je sens que cette terre me rappelle, que j’ai beaucoup de belles choses à vivre ici. Peut-être qu’un jour, je serai tellement bien dans mes baskets que mon pays sera dans mon cœur, je le porterai en permanence et je traverserai les épreuves avec sérénité parce que partout où je serai ce sera chez moi. Pour l’instant, j’apprécie la sédentarité. Je me plais en casanière, je creuse mon terrier, je tisse ma toile.

Petit à petit, l’oiseau fait son nid…

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Embrase-moi

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A écouter

 

A lire

En ces temps de révolte, moi aussi je serre les poings. A la proue de mon drakkar, flotte un étendard : Qui m’aime me suive. Du style, moi je trace ma route la tête haute et le vent en poupe et ceux qui seront motivés embarqueront mais je ne ralentirai pas la cadence pour autant. Et j’ai crié, crié « Liberté ». Ces derniers mois, j’étais fière, gonflée de certitudes et je peux comprendre que ça en gonfle certains. Parce qu’en vrai, je ne suis pas si sûre de mes désirs, si affirmée dans mes choix. Je suis bourrée de paradoxes. Je me la joue femme indépendante-toute puissante-autonome-et-ambitieuse. Je plains les dépendant.e.s affectif.v.e.s : « Moi, je peux carrément vivre toute seule, je n’ai pas peur du célibat. ». Après le potager, je m’attaque à ma vie sentimentale sur le chemin vers l’auto-suffisance. Franchement, il manquait plus que l’abeille-suceuse, ce sex toy révolutionnaire pour achever de me conforter dans l’idée qu’être en couple, c’est complètement has been. J’y croyais dur comme fer. Je me pensais supérieure, de la caste des inébranlables. Mais en vrai, moi aussi j’ai un incommensurable besoin d’amour ! Moi aussi, je veux être câlinée, par des bras puissants, explorée par des mains baladeuses. Je veux qu’on me dédicace des chansons d’amour sur radio Nostalgie, qu’on glisse un mot sous mon oreiller. Même si ça fait cliché, je cracherai pas sur un bouquet. Même si je peux payer, j’accepterai un dîner. Oui, je prône la détox digitale, mais lire un sms mignon et coquin de temps en temps, ça fait du bien. J’arrête de critiquer les « doudous, choubidous, chérinoux », je les comprends ceux qui injectent de la guimauve dans leur vie. Moi aussi, j’ai parfois besoin de sucré. Pas facile de me cerner, je suis bien d’accord. « Elle sait pas ce qu’elle veut » et bien oui. Ou plutôt : « je veux tout » ! Les repas en tête-à-tête, les deux côtés de mon lit, serrer ta main devant la mer, danser au milieu de célibataires, une nuit de sexe débridé, une grasse mat’ seule avec mon chat, de la complicité et de la séduction, être surprise et le train-train quotidien. Je veux que tu commentes ma jupe et que tu m’acceptes en jogging. Un jour, je me love en romantique cherchant un regard doux et compatissant. Le lendemain, je fuis comme une sauvageonne, je me terre, je rends mon tablier en bonne féministe. Je me sens de mieux en mieux dans ce corps mais parfois je doute comme Brigitte : «  et mes chevilles, tu les aimes ? Tu les trouves jolies mes fesses ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ? ». Ces moments où il y a tamponné « fragile » sur ma peau.  Oui, je suis pleine de facettes, cinquante nuances d’ Odré. C’est déroutant ? Tu t’y perds ? Moi aussi parfois mais c’est comme ça que je suis MOI. Douce et féroce, égoïste et généreuse, fuyante et amoureuse. J’ai plus peur de le dire, j’ose lever les voiles. Bienvenu.e dans mon navire, ça chahute, ça éclabousse et puis il y a des accalmies, des bains de soleil sur le pont, des couchers de soleil époustouflants, des traversées palpitantes, on n’est jamais à l’abri d’une tempête.

Quand je suis née, à la radio on entendait : « Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile ! »… lui, il avait déjà tout compris.

A méditer !

Vivement la retraite

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A écouter

A lire

Il y a deux mois, j’ai fait un séjour en mode avion sans passer par la case aéroport. Je suis allée à 60km de chez moi dans un petit village, une copine, partie très loin, elle en avion, m’avait prêté son nid. L’idée était de déconnecter et de me retrouver seule avec moi-même plusieurs jours. Quand j’ai parlé de « retraite », certains ont eu peur. Ce mot, on l’entend tous les jours : « Chantal fête son départ à la retraite ! » ou encore « Ça t’embête pas de pas cotiser pour ta retraite ? » mais quand j’annonce « je fais une retraite » alors que j’ai 33 ans, certains sont sceptiques. J’ai pensé à aller dans un monastère mais ça m’a semblé trop austère, à aller camper dans les bois mais il fait beaucoup trop froid, à prendre une chambre d’hôtel vue sur mer, mais je n’ai pas les moyens. J’avais envie d’un endroit où je ne connais personne, où tout est à découvrir, où je me sens en sécurité et confortablement installée. Je suis donc partie, en prévenant mes proches, car à notre époque si on ne répond pas à un sms dans les cinq heures, ça devient louche. J’ai aussi dit où j’allais pour atténuer d’éventuelles inquiétudes : « non, je ne fugue pas ! ». Mon programme est très simple : éteindre mon portable, débrancher le réveil et continuer à vivre. M’autoriser une pause dans la course à la production. Je ne renonce pas à me laver, ni à manger, au contraire, je le fais en étant présente et pas en guettant une vidéo sur whatsapp ou en me dépêchant parce que je suis en retard. Dans ce séjour, il n’y a pas de retard puisqu’il n’ y a pas d’horaires. Seulement mon horloge biologique, la plus difficile à suivre mais celle qui me connaît le mieux. Est-ce que j’ai vraiment faim ou c’est parce que je m’ennuie ? Là, est la question… L’idée n’est pas non plus de me replier sur moi-même, je dirais même plus : je me déploie comme la fleur qui sent le printemps approcher. J’occupe tout l’espace. Me reposer, dormir quand j’en ai envie sont en tête de liste mais j’ai besoin de mouvement. Alors, je sors, je me balade au gré du vent. Le soleil brille et m’accueille. Je suis la petite rivière qui traverse le village, ça m’apaise. Je repense à cette chanson que fredonnait ma grand-mère quand j’étais petite : « ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive, elle court comme un ruisseau que les enfants poursuivent… ». Je me sens légère et joyeuse. J’entends une conversation étouffée comme un poste de radio en sourdine et je réalise que c’est le bruit de l’eau quand elle s’emballe et qu’elle rencontre des grosses pierres. J’essaie de décoder le message. J’entends aussi des hirondelles, c’est fou à cette époque, c’est trop tôt ! Mais je chasse gentiment cette pensée : ne pas juger, juste apprécier. J’oublie qu’on est le 21 janvier 2019 dans le Morbihan. Je me fonds dans la nature. J’admire ces grands arbres moussus, toujours droits malgré les tempêtes et cet étang tranquille. Je me penche comme Narcisse et je souris de découvrir un autre monde qui ondule, le ciel à mes pieds. Je croise des joggers, les écouteurs dans les oreilles, peut-être qu’ils sont d’ici et qu’ils ont déjà tout regardés, peut-être qu’ils sont pressés parce qu’ils n’ont que 45 minutes de pause déjeuner. J’aime le bruit que fait le bois quand je marche sur le pont, j’aime les ponts d’ailleurs, je trouve ça tellement poétique. En dessous, l’eau poursuit sa danse et moi je lévite sans la troubler. Je rencontre des ânes qui broutent imperturbables et des moutons noirs qui ont l’air plutôt bien dans leurs sabots même s’ils sont marginaux. Je pénètre dans un sous-bois, je joue avec les rayons du soleil, je ne veux pas les perdre complètement parce qu’il fait froid et humide. Toute cette activité hydraulique, ça m’a donné envie de faire pipi alors je me soulage sur les feuilles mortes. C’est infiniment plus agréable de pouvoir admirer l’horizon, sentir l’air frais sur mes fesses plutôt qu’une lunette en plastique et un parfum entêtant de brise marine. J’envie les hommes qui peuvent le faire facilement dehors et j’en connais beaucoup d’ailleurs qui préfèrent les bosquets aux cabinets ! Peut-être encore une histoire de conquête territoriale ou un simple besoin primitif. Je me souviens, en Finlande, je faisais pipi sur la neige et la vapeur me faisait rire. Je longe une voie ferrée, un train me dépasse à grande vitesse et me rappelle le monde moderne dans lequel je vis. Je me sens comme Jacquouille la fripouille dans Les Visiteurs !Je jubile de marcher à pas lents pendant que cette machine infernale avale les kilomètres. Je me réjouis de me dire que je peux monter à bord si j’ai envie de parcourir le monde ou continuer à cheminer. Tout est possible. Je réalise que je ne pourrais pas faire une boucle , il faudra rebrousser chemin. Je n’ai jamais aimé faire ça, comme relire un livre  ou retravailler mes textes. C’est comme si ça me coûtait de revenir sur mes pas, comme si je voulais conserver le premier jet. Ça fait écho à ce que je vis : décider de laisser le passé derrière moi, avancer coûte que coûte et ne pas me retourner comme Orphée. Alors je comprends que parfois, il faut accepter que tout n’est pas réglé. Je pourrais continuer à avancer mais je serai vite fatiguée et peut-être perdue. Non, il faut que je reparte d’où je viens. Loin de m’ennuyer, je découvre le paysage d’un autre œil, le soleil me chauffe à présent l’autre côté. Certes, je reconnais le chemin, mais mille détails m’avaient échappé. Alors que deux heures plus tôt, j’avançais vers l’inconnu, je rentre vers un lieu familier. Mon regard, tous mes sens sont enrichis de nouveauté. J’approche pas à pas la civilisation : des joueurs de boules apprécient le climat printanier, ils rient et s’encouragent. Un univers très masculin où la polaire sans manches semble être l’uniforme de rigueur ! Je souris de les voir si joyeux juste en lançant une boule en métal. Est-ce qu’ils rêvaient à cet instant quinze ans plus tôt assis sur leur tracteur, devant leur ordinateur ou penché sur leur patient ? Je ne saurai dire mais ils ont l’air d’apprécier leur retraite. Je poursuis la mienne encore trois jours. Il ne s’agit pas d’oublier mes soucis, ils sont encore tous là. Parfois, un plus impatient se pointe et je lui explique calmement que c’est pas encore le moment que je m’occupe de lui. Le monde continue de tourner apparemment donc j’ai bien fait de m’offrir cette pause. Il y a sûrement des sms non lus, des notifications qui clignotent, des mails qui s’impatientent mais le soleil se lève toujours chaque matin, la vie semble suivre son cours. Des gens se promènent au marché et je n’entends aucune rumeur sur mon absence. Je la savoure encore plus et je me dis que tout ce bien-être accumulé, je le saupoudrerai sur ma vie quotidienne et quand le moment viendra, je repartirai en retraite…même si je n’ai pas encore tous mes trimestres. Et vous, c’est pour quand ?

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Aujourd’hui, RadiOdré a 1 an ! Un immense merci à vous lecteurs et auditeurs fidèles, curieux, enthousiastes, anonymes et critiques. Merci aussi à Aurore Rosello qui m’a fait la courte échelle pour diffuser mes textes et libérer ma créativité.

365 jours, 66 articles, des litres de larmes, des milliers de sourires. Vous partager mes mots, vous confier mes maux me calme, me soigne, me rend VIVANTE !!! Si ça vous plaît (encore et toujours !), lisez, écoutez, commentez, méditez, partagez, digérez, criez, indignez-vous, réjouissez-vous et lâchez-vous !

APPRENEZ QUE TOUT JOUISSEUR VIT PLUS LONGTEMPS QUE CELUI QUI REDOUTE

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C’est grave docteur ?

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A écouter

 

A lire

Quand j’étais plus jeune, on disait de moi que j’avais toujours « un pet de travers ». C’est vrai, je me plaignais souvent de douleurs, de maux par-ci, par-là. J’ai été élevée aux Dafalgan et Spasfon. Je ne blâme pas mes parents, je suis sûre qu’ils faisaient de leur mieux avec ce qu’ils avaient à portée de mains. Et puis, c’était joli ces pilules rouges, blanches, roses. Pas si différentes des smarties et car-en-sac ! J’avais donc assimilé que dès qu’il y avait douleur, il y avait une solution. Pourtant, sur le long terme, ça ne passait pas. « Arrête de faire ton intéressante ! T’es vraiment une p’tite nature. Toujours un truc qui va pas chez toi. ». Alors oui, peut-être que certaines fois, je me tordais en deux pour ne pas aller à l’école et plutôt rester au chaud avec maman, j’avoue j’ai certainement exagéré un instant fébrile pour louper le contrôle de math et même adulte, j’ai sûrement simulé pour lire des bédés au lieu de classer des papiers. Le problème à force, c’est qu’on ne me croyait plus, on me prenait pour une hypocondriaque. Mes règles étaient douloureuses ? « Ben c’est comme ça, c’est l’jeu ma pauv’Lucette ». En gros, t’as un utérus donc t’assume. Moi, je gobais médocs et conseils. J’avais une foi inébranlable en la médecine. D’ailleurs, un jour, j’ai vu un endocrinologue, pas celui qui dompte les crinières ou qui étudie les crimes mais le spécialiste des hormones, et il m’a dit : « vous, vous aurez des difficultés à avoir des enfants » comme ça l’air de rien, comme s’il me disait « prenez rendez-vous avec mon secrétariat ». Je l’ai cru. Je lui ai même pas demandé pourquoi, et d’abord de quel droit il affirmait ça sereinement. Je l’ai cru, parce qu’il avait plein de diplômes. Et puis, pourquoi il aurait dit ça si c’était pas vrai. Bon, il aurait pu prendre des gants (de velours) pour annoncer à une jeune femme de 22 ans qu’elle n’était pas comme la plupart mais c’est un autre débat. Et il avait raison, 5 ans plus tard, on m’annonce que j’ai une endométriose. Aujourd’hui, les gens connaissent de plus en plus le mot mais à l’époque ça sonnait vraiment grave. Faut dire que c’est de la famille des tumeurs. TUMEUR ?! Non, c’est pas mortel a priori, on a « juste » des règles ultra douloureuses (« Ouais, ça fait 12 ans que j’vous l’dis ! ») et des difficultés à faire des bébés. En gros, la maladie qui te fait haïr être femme. Donc, sur le coup, je m’en remets aussi aux blouses blanches, je ne cherche pas plus loin que le bout de mon néné. La faute aux gènes, à « pas d’chance » (si on le retrouve un jour celui-là, sûr qu’il va passer un mauvais quart d’heure !), « ça touche quand même 10 % des femmes » me lance la gynéco. « Ouf, me voilà rassurée, je ne suis pas si anormale alors. ». Et puis, pas d’inquiétude, ça se traite très bien, il suffit de prendre un traitement hormonal pour stopper les règles ou être enceinte. Bon, à ce moment, il n’y a pas vraiment de potentiel père devant ma porte donc j’opte pour la pilule en continu. Je vois même les avantages : « plus ce satané sang tous les mois, libéréee, délivréee ! ». Après tout, pourquoi se prendre la tête quand la médecine moderne s’occupe de nous ? Quatre ans plus tard avec envie de procréer, coïts énamourés, anesthésie générale, caméra dans le nombril, passage de karsher, réveil choquant, danses nuptiales, espoir de fertilité, règles maudites, douleurs, insémination, espoir, FIV, espoir, réalité, douleurs…j’ai décidé de me pencher sur la question. Après tout, on a accès à des tonnes de livres, recherches scientifiques, selon les statistiques, ma voisine, la boulangère, la maîtresse de mon neveu l’ont aussi donc pourquoi ne pas en discuter. J’ai commencé à regarder des vidéos, faut pas trop traîner sur le net non plus car c’est des coups à se rendre à l’hôpital en larmes en implorant « Soignez-moi, vite ! ». J’ai comme dézoomé…de ma douleur…de l’infertilité…des médias. D’abord, j’ai accepté un truc primordial : « ce n’est pas de ma faute si je suis malade ». Oui parce que même si c’était facile d’accuser les gènes, moi je préférais m’auto-flageller, mes parents en prenaient aussi pour leur grade. En fait, ça faisait des années que j’essayais de trouver le ou les coupables. C’est toujours comme ça quand y a un truc pas clair, on cherche c’est la faute à qui. « Au feu, la maison brûle ! Bordel de merde, qui a encore laissé le gaz allumé ? ». Sauve qui peut ! Quand on ne fait que chercher le coupable, on rumine, on fulmine, on accumule colère, frustration, rancœur et ça, c’est prouvé, ça ne guérit pas, même pire. Alors, j’ai recueilli pas d’chance  et surtout j’ai arrêté d’être une victime, fini la pauvre petite malheureuse qu’il faut plaindre. C’est pas parce que je suis malade que les gens vont me laisser leur place dans le bus, porter mes courses ou m’offrir des pains au chocolat dans la rue. Sauf si je crie « HELP ! » éventuellement, mais pas parce que je suis habituée des hostos. Plutôt que de m’apitoyer sur mon sort « Tu vois pas que je souffre ? J’aurai jamais d’enfants bouh ! ». Plutôt que de faire la guerrière « Oui j’ai une essoreuse dans le bas ventre 10 jours par mois mais je vis bien. L’infertilité ? Oh, c’est pas pire que la féodalité. ». Aujourd’hui, je fais un constat : j’ai une maladie qui a des conséquences et des remèdes. Acceptation : OK. Un sacré pas ! Et puis le deuxième passage qui s’est imposé à moi c’est : « je vais guérir ». Même si les « pontes » disent qu’on a ça à vie, qu’on s’en sort avec un traitement hormonal en continu, et puis à un moment on peut aussi retirer ce qui gêne : utérus, ovaires et tout le tin-touin ! Moi je garde tout, même ce qui est fébrile, même le vilain petit canard, la brebis galeuse ! Et puis, je veux pas censurer mon corps, s’il doit saigner chaque mois, libre à lui. Y a pas de raison que je puisse pas m’auto-guérir. Quand je me coupe le doigt en préparant la soupe, la blessure cicatrise, quand je me casse une jambe au ski, les os se remettent… Il ne s’agit pas d’aller au fond de la forêt, de faire des incantations et d’attendre que ça passe. Je ne renie personne, j’écoute les différents avis et je fais le tri. Je me sers de la médecine moderne à la pointe, je fréquente les blouses blanches. Et surtout j’écoute mon corps car il n’y a que lui en mesure de me donner la température, les signaux, les symptômes. Je fais confiance à mon intuition aussi. Je plonge en moi pour essayer de comprendre car je suis persuadée que les « pets d’travers », comme on dit dans ma famille, ont beaucoup à m’enseigner sur moi-même. Je reviens à la base : l’alimentation. Comment j’ai pu ingérer tous ces médocs, ces produits industriels, ces cocktails pendant des années tout en me plaignant de mes intestins ? Je pensais être une personne un tant soit peu intelligente mais je ne réfléchissais pas du tout, je ne respectais pas mon corps. C’était moins fatiguant de se coller devant TF1 avec un paquet de chips plutôt que de feuilleter un essai en buvant une soupe maison. Je ne prône pas la vie monacale pour autant, j’aime aussi les excès mais maintenant je sens rapidement d’où vient le mal. Et puis, c’est pas sorcier, comme dirait Jamy, de changer d’habitudes. Peut-être qu’avant, j’avais pas vraiment envie d’aller mieux. Ça me paraissait un effort surhumain, c’était plus facile de m’en remettre aux savants. « Les ostéopathes, psychothérapeutes, acupuncteurs, énergéticiennes, kinésiologues machins…ils sont un peu perchés non ? Franchement, j’y crois pas. Et puis ça coûte cher tout ça, alors que la sécu, elle couvre frais d’hospitalisation, comprimés et béquilles. » Une chose est sûre, aujourd’hui je suis prête, je reprends les rennes. Je me donne les moyens, je préfère investir sur le long terme plutôt que de colmater les fuites à bout de bras. Je m’en vais soigner mon PETIT CORPS MALADE.

Chère endométriose,

tu as vu de la lumière et tu es entrée,

je comprends que tu te sois installée dans mon corps,

je t’ai bien alimentée ces dernières années

je commençais même à m’habituer.

Mais il va falloir songer à t’en aller,

parce que tu me fatigues en fait et tu me fais douiller.

Reprends tes couic et tes claques

Assez squatté mon canapé douillet

Faut que tu fasses de la place

Y a PLAISIR et VIE qui veulent emménager.