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Trois p’tits jours et puis s’en va

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J’ai replongé je l’avoue. Même si je fume pas, j’ai voulu tiré une taf. Une offre d’emploi bien tournée m’a fait de l’œil. Je me sentais tellement rassurée d’en connaître tout le vocabulaire, de pouvoir cocher « sait faire » à toutes les cases. J’ai vu ça comme un ticket pour la stabilité, genre la péniche qui reste amarrée. J’ai revisité mon passé et surligné mon curriculum vitae : malgré des aventures diverses et variées, c’est quasiment gagné. Mon ego bien gonflé, j’ai postulé. En écrivant la lettre de motivation, je me suis enflammée, faut dire qu’écrire ça me galvanise, même des listes de courses ! Je me suis convaincue que « compta », « budget » et « déclarations sociales » pouvaient être poétiques alors j’ai foncé. Et puis j’ai gagné…on m’a aimée et recrutée ! J’allais enfin avoir le cadre que je réclamais, savoir à quoi j’allais être occupée chaque semaine et ce pour les six prochains mois. Ouf ! Un salaire régulier, un comité d’entreprise, des tickets resto, des congés payés… Et puis un titre aussi, mon nom en bas des mails avec une fonction bien précise. J’allais enfin pouvoir répondre à la question : «tu fais quoi dans la vie ?» sans balbutier. Quand j’ai vu le bureau, j’ai commencé à déchanter, les néons et la moquette j’avais dit « plus jamais » ! La directrice et les collègues avaient l’air tellement sympas que j’ai abdiqué. Quelle joie de me sentir faire partie d’une équipe. On m’a même donné un téléphone portable et un ordinateur, rien que moi ! La business woman en moi a rugi. « Mais euh au fait, vous utilisez le wifi ? Parce que bon, en fait, moi et les ondes électro magnétiques on n’est vraiment pas copines. ». Pas de panique, je m’achèterai une pierre Shungite pour me protéger et le tour sera joué ! Et donc, il va falloir que je sois dans un bureau avec d’autres personnes ? Là coincée entre l’imprimante et l’écran de ma collègue. Respire…tu pourras mettre ton casque avec de la musique classique. C’est vrai, c’est peut-être même branché en 2019. J’ai les yeux qui brillent quand j’entends que tous les lundis matins, il y aura des réunions, j’adore ça parler en buvant du thé ! Et puis je serai amenée à me déplacer, trop cool pour la voyageuse que je suis, ça me rassure parce que la sédentarité me fait flipper. Bon ben voilà, je suis presque excitée. Il est temps de parler concret, j’entends urgences à traiter, retard accumulé, rendez-vous planifiés, budgets à créer, contrats à rédiger…et là, tout se brouille. Pourquoi je sens des pierres au fond de ma gorge ? Allez, t’inquiète pas, ça fait 3 ans que t’as pas fait ça mais ça va revenir vite, c’est comme le vélo ! Tiens, ça pédale dans ma tête « qu’est-ce que je fais là, qu’est-ce que je fais là ? ». Entre des sueurs froides, j’aperçois mes collègues souriantes et avenantes, elles m’ont déjà adoptée, je ne peux pas les décevoir, elles ont même accepté mon temps partiel. Et aussi, grâce à moi, Sandra va partir sereine en congé maternité. Moi aussi, je voudrais ça quand je serai enceinte. Ça va le faire…six mois c’est pas grand chose ! Je tiens bon, je souris et me concentre sur les chiffres. Ma collègue a l’air super sympa, vivement la pause déjeuner qu’on discute d’autre chose que de fichiers. Je me sens épuisée avant d’avoir même commencé et je me rassure : «c’est toujours comme ça, il faut un temps d’adaptation et puis, comme par hasard, j’ai mes règles juste quand je commence». Sois patiente, sûr que dans 2 semaines, tu seras comme un poisson dans l’eau. Au secours, je me noie ! Sauve qui peut ! J’ai pris mes jambes à mon cou ou plutôt mon courage à deux mains et j’ai lâché : «je ne vais pouvoir pas continuer». Comme si j’avais retrouvé la parole après des années de mutisme, tout a coulé. J’ai essayé de mettre de l’ordre entre la moquette, les dossiers, la promiscuité, la porte cassée, les tableurs, le micro-ondes dans la salle de pause, besoin de lumière naturelle, loin des ondes, pas assise toute la journée, salle de méditation ? J’aime plus les nombres ! Et là c’est un immense soulagement. Comment j’ai pu imaginer me couler à nouveau dans ce moule alors que j’ apprends à en déborder depuis des mois ? J’avais carrément oublié mon coming out de l’année dernière : conteuse et pas comptable ! Je veux rester avec vous juste pour les réunions ou les goûters, est-ce que je peux aller défendre les demandes de subventions en slamant ? Je suis soulagée d’avoir réagi si vite, il y a quelques années il m’avait fallu des semaines, des mois et même plus pendant lesquels je bouillonnais pour finalement exploser et jeter ma démission à la figure de mes collègues hallucinés. Je suis heureuse qu’en quelques jours, j’ai réussi à entendre la petite voix de mon cœur perdue sous les brouhahas de l’excitation, l’appréhension, la nouveauté et l’impatience. Certes mes collègues n’en sont pas moins ébahies, faut dire que j’avais l’air motivée. Je me suis tellement voilé la face qu’elles ne pouvaient pas deviner. J’étais sincèrement enthousiaste, j’y croyais. J’ai essayé de me persuader que les gênes s’atténueraient et que mon positivisme triompherait. Heureusement que ma copine lucidité a rappliqué pour me sauver ! Il a fallu réconforter ma Raison qui a voulu contrer la peur. Peur d’être marginale, peur de manquer d’argent, peur de décevoir des gens, peur d’être condamnée à errer dans le royaume des paumés. Mon joli p’tit cœur se hisse sur l’estrade pour prononcer les mots qui calment : tout ira bien. Le plus important est de me respecter, de m’accepter telle que je suis, de faire confiance à ma créativité et le reste suivra. Certaines expériences sont furtives, elles n’en sont pas moins profondément enrichissantes. Je remercie sincèrement cette équipe bienveillante et professionnelle qui m’a donné la chance de réaliser que mes aspirations ont changé. Maintenant que je le sais, je vais pouvoir inventer le métier qui me ressemblera et me comblera. Allez hop, au boulot !

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Pouce

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Certains clament : « le travail, c’est la santé ! ». Pourtant en France, le nombre d’arrêts maladie repart en forte hausse selon la Sécurité sociale. Je vois l’épuisement qui fait place à l’amertume chez certains de mes collègues. Le mal de dos, les blessures. Les clients ne soupçonnent pas tout ce qui se trame entre les rayons, comment les employés donnent pour satisfaire leurs besoins. Je m’étonnais que dans une petite entreprise où règne la bonne humeur, les arrêts maladie se succèdent comme si chacun prenait son ticket à la boucherie. Nulle épidémie pourtant, il y a une large palette de maux. Rares sont les invincibles et ils peuvent alors se gonfler de fierté : « moi, je tiens le coup ». Je croyais en faire partie et puis un jour est venu où j’ai du capituler à mon tour. En mettant les oranges en rayon, je réalise que j’ai plus de jus. Certains disent que c’est parce que de nos jours « les gens s’écoutent trop ». Moi je crois que je m’écoute trop…tard. J’avais pourtant adopté un rythme discipliné, comment j’ai pas vu la faiblesse se pointer ? Alors que j’encourageais mes collègues : « Il faut prendre soin de toi, rentre te reposer », je m’agace. Parce que j’avais pas compris le message plus tôt : « Ménage-toi Audrey ». Je la fais taire et j’accepte de glisser moi aussi, je m’estime heureuse que ce ne soit pas plus grave. Je sais que le repos sera mon meilleur remède. Arrêter de piétiner à longueur de journée, de porter des cartons. Et puis aussi enlever mon masque. C’est peut-être le carton le plus lourd, finalement. Ne pas forcer le sourire ou l’amabilité alors qu’à l’intérieur je me sens lourde comme une pierre. J’ai parfois l’impression en passant la porte « privée » que mon corps se détend, je peux me gratter le nez et courber le dos comme si je passais enfin en coulisse. C’est dommage qu’il faille aller se cacher pour accéder à ça, pouvoir être vraiment soi. C’est comme si en enfilant mon bleu de travail, je mettais un masque de comedia dell’arte, celui qui sourit. J’aime monter sur les planches donc ça me va, sauf qu’il y a généralement une fin où les gens applaudissent, où c’est convenu que c’était pour de faux, où on peut redevenir soi-même. Dans un café du coin, j’ai remarqué une serveuse qui fait toujours la gueule. Elle me fait penser à la serveuse automate de Starmania. Je l’ai montré du doigt en la jugeant : « quand même elle pourrait faire un effort, c’est pas vendeur ». Aujourd’hui, je l’admire car elle a l’air d’être elle-même. Et puis, elle n’a pas perdu son poste pour autant. Les clients continuent à venir, peut-être qu’ils la jugent aussi mais au fond peut-être qu’on critique ce qu’on ne s’autorise pas ? J’ai un rêve. Celui d’un monde où on pourrait être soi-même, ne pas renier ses tracas, ses angoisses parce qu’on doit faire bonne figure. J’entends déjà les détracteurs : « si tout le monde se lâche, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! Le business en pâtirait ». Moi je pense qu’au contraire, le monde s’en porterait mieux. Il est temps de se rappeler que l’être humain ressent des émotions et que les brider le mène à des arrêts, des burn-out, ça crée un fossé entre ceux qui relâchent la pression et ceux qui tiennent coûte que coûte. Les fiables vs les faibles. Est-ce que ce serait si choquant de voir un caissier pleurer ou une banquière taper du poing sur la table ? Pourquoi seuls les enfants ont le droit de se rouler par terre ? Et encore, très vite on les redresse car ça fait tâche. Est-ce qu’on pourrait arrêter de faire semblant pour mieux respirer ? Alors c’est sûr, comme ça fait trèèèèèèèèèès longtemps qu’on retient, ça pourrait faire beaucoup de bruit d’un coup. J’imagine qu’il faudrait organiser la tombée des masques. Est-ce que ce serait si farfelu que la Sécu, au lieu de se plaindre de son déficit, aide les entreprises à faire de la prévention ? Qu’ils y aient masseurs, ergothérapeutes et sophrologues au lieu de l’annuelle visite médicale protocolaire ? Moi, si j’étais PDG, je mettrais un punching ball dans la salle de pause, je diffuserais des sketches dans les wc pour que les employés aient le loisir de s’égosiller, je rallongerais les temps de pauses et je proposerais des ateliers de relaxation. Pourquoi tout ce qui nous apporte du bien-être doit se faire en dehors du travail alors qu’on y passe la majeure partie de notre temps et qu’en sortant on a souvent juste envie de se coucher ? Je suis épatée que ce ne soit pas mieux étudié. Les fommes d’affaires ont tout à y gagner car si leurs salariés sont heureux, sûr qu’ils ramèneront plus de sous. Si j’étais présidente, je recyclerais des cabines téléphoniques en zones à pleurer, comme ça en pleine rue pour lâcher un chagrin qui nous étreint. Du fond de mon lit de convalescente, j’aime à rêver à une société libérée et bienveillante. Aujourd’hui, en n’allant pas travailler, je bouscule un équilibre, j’impose à mes collègues et employeur une réorganisation et j’imagine leur déception : « elle aussi, elle s’y met ? C’est pas le moment franchement. ». Je ravale mon orgueil en acceptant que personne n’est irremplaçable et je prend le risque d’être dépréciée. Et je fais taire la petite voix que je connais si bien et qui s’insurge : « Tu vas pas t’arrêter juste pour ça quand même ? Tu peux bien y aller chochotte ! ». Aujourd’hui, je dis « Pouce ! ». J’ai le droit à une pause et je me sens déjà mieux parce que j’ai osé affirmer qui je suis. Merci mon corps de me rappeler que j’ai des limites et qu’il faut prendre soin de moi. Je me prépare un bon grog et je me glisse sous la couette. Demain, je retournerai sauver le monde…ou pas.

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Should I stay or should I go ?

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Je me la coule douce entourée de gens qui plantent des topinambours et utilisent leurs sacs en tissus pour acheter des pois chiches en vrac. Tout le monde sourit, prend son temps. Je songe à vivre en yourte et mange du fromage blanc de brebis. Je dors la tête au nord pour avoir des nuits paisibles. Je croise beaucoup de gens comme moi. On fait partie de ceux qui savent que le Feng Shui n’est pas le menu n° 11 du Japonais d’en bas et que le chia est une plante mexicaine. On prône l’éducation positive. On se dit merci en se regardant dans les yeux voire en posant une main sur l’épaule de l’autre. On milite gaiement pour les coquelicots, on circule à vélo. La plupart du temps, je me dis qu’on s’entend tous dans le meilleur des mondes. Je nous admire. D’autres jours, j’ouvre mes volets et je tombe sur les poubelles des voisins qui débordent. Je cligne des yeux plusieurs fois quand je vois quelqu’un jeter son gobelet par la fenêtre de sa voiture. Il y a des jours où ma vue s’élargit. Je sursaute quand j’entends des passants s‘insulter. Je descends de mon nuage, ou plutôt de mon arbre, et je prends conscience que le monde est complexe. Des fois, c’est trop pour moi, je me sens agressée, je ne trouve pas le sommeil, je veux du calme. Alors, je me dis que je vais partir vivre dans un coin isolé, entendre seulement les oiseaux piailler, cultiver des légumes et ne faire mes achats qu’au marché du coin, côtoyer mes amis bienveillants et fonder une famille zéro déchet. Il y a des jours où j’envisage sérieusement de fuir le bruit des camions-poubelles à 5h du mat’, éviter les regards agressifs, fermer les yeux sur les mégots qui traînent, éteindre les néons…m’évader. Est-ce que la fuite est une solution ? Est-ce que c’est vraiment vivable de créer une société de Bisounours ? J’aurai peut-être l’impression de mettre des œillères. Est-ce qu’on pourrait vivre tous ensemble même si on se sent si différents les uns des autres ? Tout ça, c’est la faute des étiquettes. Celles qu’on colle rapidement et qui restent bien en place. Beaufs, intellos, bobos, racailles, péquenots, cathos, no life, babas cool, ringards, bourgeois, prolos… On critique les sectes mystiques, il y en a bien plus, banalisées et tout aussi néfastes. On s’indigne des castes en Inde, je crois qu’on crée aussi les nôtres. Une fois qu’on est catégorisé, difficile de sortir de la norme. Il me semble que tout est une question de point de vue, peut-être que pour un habitant de la cité des mimosas je suis une intello et que pour un énarque habitant le 16ème, je suis une beauf. Et voilà, je replonge dans les préjugés. J’aime à penser que chaque être humain est plus complexe qu’un qualificatif. Et surtout que les étiquettes peuvent être coupées. J’ai été fille modèle, première de la classe, et aujourd’hui j’accepte de faire des fautes d’orthographe. Un jour, je regarde Fassbinder, un autre je surfe sur Facebook. Ça fait longtemps que je juge, je l’avoue et maintenant j’aspire à accepter la diversité. La voisine qui écoute la musique très fort a sûrement besoin de ça pour se sentir épanouie. Ce sentiment de colère qui bouillonne en moi, c’est sûrement parce que je l’envie d’agir en total accord avec ses envies. Parce que « ça se fait pas » et aussi parce que « si tout le monde faisait ça, on s’en sortirait pas ». C’est vrai quoi : « Il y a des règles à respecter pour vivre en société ». Comment laisser chacun s’exprimer ? Quelles sont les limites ?  On nous dit que « la liberté s’arrête là où commence celle des autres ». C’est plutôt vague et subjectif. Chacun voit midi à sa porte. Je n’ai pas la même conception du libre arbitre que ma voisine. On a chacune notre passé, des expériences diverses de la vie.  Alors il faut communiquer. J’essaie de ne plus être dans la réaction, quand quelque chose me dérange je ne monte plus au quart de tour, je marque une pause et j’observe ce que ça me fait. Est-ce que c’est si grave que ça ? Comment vivre avec les désagréments en restant zen ? J’aime vivre en ville pour pouvoir aller au cinéma à pieds, prendre un café en terrasse, partir en train bosser, alors j’accepte la circulation. J’aime les poutres apparentes et le parquet des vieux appartements et donc l’isolation n’est pas terrible. Je prends des douches froides et je dors avec des bouchons d’oreille. Même si j’aimerais « le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière », je fais des compromis. Peut-être que si on autorise tous les gens à écouter leur musique préférée très fort ou à faire des claquettes à un moment donné, ça s’harmoniserait. Un genre de tour de services, le lundi pour les Dupont, mardi pour Dylan, mercredi pour Héloïse… Et puis, on le sait bien, quand c’est interdit, certains ont envie d’enfreindre les lois. Pour le ramassage des déchets, on pourrait participer plus activement, par exemple chacun donnerait 2h par mois pour tester le métier d’éboueur ou stagiaire dans un centre de recyclage. Je sais que c’est mal de jeter son papier par terre, déjà parce qu’on me l’a dit quand j’étais petite, et puis parce que j’aime profondément la nature. Si mes voisins comprennent le lien entre trier et pouvoir lézarder sur une plage, ils feraient sûrement plus attention. Tout est question de pédagogie. Je sens que de la révolte naît l’envie de sensibiliser. Bon ok, je reste. Même si je me sens Complètement HS, j’accepte les bémols pour composer.

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Souviens-toi l’été dernier

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Il m’arrive de me dire :  « l’année dernière à cette heure-ci, je faisais ça ou j’étais là… », des mini flash-back qui servent de bilans. J’ai remarqué que Facebook aime ça aussi, me rappeler ce que je faisais le 11 avril 2018 même si c’était pas franchement exceptionnel. Quand j’y repense, il y a tout juste un an, ma vie était nettement différente. Je vivais à Oulu près de la Laponie finlandaise. Fin mai 2018, il s’est passé quelque chose d’incroyablement déterminant pour moi : j’ai créé un spectacle de théâtre de rue. J’étais à ce moment dans une formation pour créer une entreprise. Au milieux de jeunes Finlandais, je me sentais en décalage. Non pas qu’ils aient été ultra dynamiques mais, eux, ils comprenaient parfaitement ce que disait le formateur et ils se projetaient sûrement mieux que moi. Je crois que j’étais surtout là-bas pour ne pas perdre mes droits au chômage et être immergée dans la langue finnoise. Parfois, souvent, je décrochais, je m’évadais par la pensée. J’ai commencé à écrire des histoires, à imaginer un personnage et très vite j’ai su que j’allais jouer. C’était évident, l’asphalte me réclamait. En cours, ça discutait rétroplanning, plan de financement, et moi je décidais que dans quelques semaines, je serai Jacqueline Rions, une guide touristique déjantée. L’inspiration m’est tombée dessus comme une pluie fine qui finit par nous laisser trempé. J’ai laissé ma créativité faire le boulot. J’avais un texte et un costume. J’ai choisi mon aire de jeu puis j’ai planifié mes fausses visites guidées. Tout au long du processus, il y avait une petite voix, celle que j’appelle l’auto-saboteuse, qui me susurrait des trucs du genre : « T’es folle ! Et si personne ne vient, la honte ! T’as pas autres choses de plus sérieux à faire ? » mais je l’ignorais et j’imprimais des affiches pour être sûre de ne pas revenir en arrière. J’étais à fond dans mon idée poussée par une audace insoupçonnée. Au formateur, j’ai dit : « En ole varmaa että minä haluan oma yrityksen perustaminen.». En gros, « faut que je file, j’ai pestacle ! ». Et je me suis précipitée dans les bras de la rue. Je me répétais ce mantra : « leridiculenetuepasleridiculenetuepasleridiculenetuepasleridiculenetuepas ». Et c’était vrai. Non seulement ça ne m’a pas tuée mais en plus ça m’a réveillée. Des spectateurs sont venus à la première, à la deuxième, à la troisième alors j’en ai fait dix. Certains me demandaient de quoi il s’agissait peu habitués qu’ils étaient aux pitreries sur la voie publique. Ma voix résonnait dans l’atmosphère discrète et allait titiller les stoïques Nordiques. J’en ai agacé certains et amusé d’autres. Mission accomplie ! J’avais rêvé d’amuser la galerie, de susciter des émotions donc je jubilais. J’avais voulu faire du bruit, faire entendre parler de moi et un jour, une journaliste curieuse s’est pointée. Elle a ri. Et elle a écrit plein de belles choses dans un vrai journal. J’étais émue et fière. Mon intuition que cette action pourrait intéresser n’était pas une chimère. Je lisais le cœur battant ce terme de comédienne. Elle ne l’avait pas inventé, je lui avais soufflé. Mais de le lire noir sur blanc et de le dire à des milliers de lecteurs, ça a été quelque chose. J’ai réalisé que je m’étais autorisée à être vraiment moi, un vrai Coming out. J’en voulais encore plus, que ce spectacle improvisé en quelques heures et ce costume récupéré à la croix rouge tourne sur d’autres places, dans d’autres villes. Je voulais bousculer les passants et changer leur vie à jamais. Mais à chaque fin de représentation, l’euphorie laissait la place à l‘épuisement et je me sentais très seule. En optant pour le one-woman show, je n’avais pas de partenaires avec qui débriefer. Malgré les applaudissements, les compliments et les dons, je restais sur ma faim. La boucle était bouclée mais quelque chose ne tournait pas rond. Je n’ai pas cherché à comprendre, j’ai emmagasiné de la fierté et j’ai nourri l’espoir qu’on me rappellerait. Depuis, je suis remontée sur scène avec une intense joie. J’ai ressenti une immense satisfaction d’être regardée et applaudie…et un certain pouvoir. Mais aujourd’hui, ça m’interpelle. D’où me vient ce besoin de me montrer ? Pourquoi faut-il que j’aille brailler sur les pavés plutôt que d’écrire dans un carnet secret ? Est-ce pour attirer l’attention sur moi ? Pour prouver que j’existe ? J’observe ces enfants en forme de points d’interrogation : « Maman, regarde moi ! T’as vu ce que je sais faire papa ? ». Quand je suis en représentation, la petite fille refait surface, elle se fait belle et espère qu’on l’aimera. Comme si les applaudissements étaient des nounours moelleux, des bonbons colorés, des bisous sucrés. Comme si je les provoquais pour me rassurer. Un an après l’été dernier, je réalise que derrière mes envies d’émouvoir les gens et de les faire réfléchir, j’ai un grand besoin de consoler une enfant angoissée et de combler un ego fissuré. Alors quand je serai grande, j’apprendrai l’humilité !

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
je n’ai point de talent, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794)

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I want to break free

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Enfant, j’ai grandi dans un village en Lorraine, route du vin et de la mirabelle, c’est tellement bucolique. C’est pas ça qui m’intéressait, c’était la campagne, l’espace dont je jouissais. Je me revois partir en exploration, un goûter dans le sac à dos. Je déambule entre les ceps de vigne, je m’assois sous un cerisier et observe les fourmis. Les soirs d’été, après le dîner, on avait le droit de jouer dans le jardin, même si on était déjà en pyjama. Les dimanches matin, j’enfourchais mon vélo et je partais rejoindre les copains. On jouait sans s’arrêter, cache-cache dans tout le village, une gamelle dans un jardin. Les journées duraient une éternité. Et pour moi, c’était ça la liberté. Une interminable récré. C’est peut-être parce qu’elle était presque illimitée que jamais j’en abusais. Très vite, je me suis auto-régulée. J’avais la permission de me coucher à 21h mais à 20h30 j’étais déjà dans mon lit. Je rangeais ma chambre avant qu’on me le demande. Je m’adultisais. Tout ça pour plaire à mes parents, être la petite fille parfaite alors qu’ils ne m’en demandaient pas tant. Doucement, j’ai érigé des murs d’auto-discipline. Avec les copains, je refusais de dire des gros mots même si mes parents n’en sauraient rien. Ado, je ne pouvais pas me rebeller contre ces libertés qu’on m’accordait alors j’ai bâti mon cadre, je me suis imposée des règles. On m’a souvent reproché de ne pas me lâcher. Ma chambre donnait sur le jardin et je n’ai jamais fugué, quand j’ai pris ma première taf, je m’en suis rendue malade. Je m’auto-flagellais. Pourtant, mes parents ne sont pas des catholiques extrémistes ou des bohèmes inconscients. Pourtant dans le même environnement, dans le même corps, l’espace s’est amenuisé. Alors à 16 ans, j’ai décidé que je serai globe-trotter. J’ai commencé à rêver de nouveaux territoires, de liberté inassouvie. A 21 ans, je suis partie vivre en Slovaquie, un pays lointain et surtout inconnu, exotique en quelque sorte. En Amérique du sud et en Asie, j’ai cheminé sac au dos en quête de sensations, d’épanouissement, et surtout de nouveauté.  A 33 ans, je réalise que la vraie liberté, c’est celle que je cultive à l’intérieur. Je vivais en pleine campagne avec des parents ouverts et je me suis enfermée dans mes peurs. On peut vivre au « pays des droits de l’homme » et laisser grandir un mal intérieur qui nous empêche de nous développer. Finalement, être libre, ce n’est pas avoir un passeport prêt à être tamponné, c’est encore moins avoir beaucoup d’argent et des possessions. C’est s’accepter, scier ses propres barreaux et s’évader de ses restrictions. L’être humain est très fort pour se cadrer. L’auto-censure, les principes, les tabous, le déni peuvent être plus isolant que les murs. Ou alors, on condamne nos parents, nos profs, la société, les autres, les catastrophes naturelles, on se convainc que cela ne dépend pas de nous, c’est plus rassurant. Parce que, en vrai, si tout est possible, si on est vraiment libre, comment gérer tout ça ? Ça fait quand même une sacrée responsabilité de mener sa vie comme on l’entend ! La liberté avec un grand L, ça fait flipper, c’est vertigineux. Alors j’enfile mon baudrier. Lentement et consciemment, je noue chaque morceau de tissus confiance, joie, estime, foi… Puis, j’en ferai une corde qui me permettra de m’échapper par la fenêtre de cette prison que j’ai bâtie toute seule, comme une grande.

Liberté , liberté chérie

Tapie tout au fond de mon coeur

Jaillis, à présent qu’il est l’heure

Avec bonheur je te réclame

Accoure dans mes bras impatients

Que ton sortilège puissant

Ravive enfin la flamme.

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Vivement la retraite

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Il y a deux mois, j’ai fait un séjour en mode avion sans passer par la case aéroport. Je suis allée à 60km de chez moi dans un petit village, une copine, partie très loin, elle en avion, m’avait prêté son nid. L’idée était de déconnecter et de me retrouver seule avec moi-même plusieurs jours. Quand j’ai parlé de « retraite », certains ont eu peur. Ce mot, on l’entend tous les jours : « Chantal fête son départ à la retraite ! » ou encore « Ça t’embête pas de pas cotiser pour ta retraite ? » mais quand j’annonce « je fais une retraite » alors que j’ai 33 ans, certains sont sceptiques. J’ai pensé à aller dans un monastère mais ça m’a semblé trop austère, à aller camper dans les bois mais il fait beaucoup trop froid, à prendre une chambre d’hôtel vue sur mer, mais je n’ai pas les moyens. J’avais envie d’un endroit où je ne connais personne, où tout est à découvrir, où je me sens en sécurité et confortablement installée. Je suis donc partie, en prévenant mes proches, car à notre époque si on ne répond pas à un sms dans les cinq heures, ça devient louche. J’ai aussi dit où j’allais pour atténuer d’éventuelles inquiétudes : « non, je ne fugue pas ! ». Mon programme est très simple : éteindre mon portable, débrancher le réveil et continuer à vivre. M’autoriser une pause dans la course à la production. Je ne renonce pas à me laver, ni à manger, au contraire, je le fais en étant présente et pas en guettant une vidéo sur whatsapp ou en me dépêchant parce que je suis en retard. Dans ce séjour, il n’y a pas de retard puisqu’il n’ y a pas d’horaires. Seulement mon horloge biologique, la plus difficile à suivre mais celle qui me connaît le mieux. Est-ce que j’ai vraiment faim ou c’est parce que je m’ennuie ? Là, est la question… L’idée n’est pas non plus de me replier sur moi-même, je dirais même plus : je me déploie comme la fleur qui sent le printemps approcher. J’occupe tout l’espace. Me reposer, dormir quand j’en ai envie sont en tête de liste mais j’ai besoin de mouvement. Alors, je sors, je me balade au gré du vent. Le soleil brille et m’accueille. Je suis la petite rivière qui traverse le village, ça m’apaise. Je repense à cette chanson que fredonnait ma grand-mère quand j’étais petite : « ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive, elle court comme un ruisseau que les enfants poursuivent… ». Je me sens légère et joyeuse. J’entends une conversation étouffée comme un poste de radio en sourdine et je réalise que c’est le bruit de l’eau quand elle s’emballe et qu’elle rencontre des grosses pierres. J’essaie de décoder le message. J’entends aussi des hirondelles, c’est fou à cette époque, c’est trop tôt ! Mais je chasse gentiment cette pensée : ne pas juger, juste apprécier. J’oublie qu’on est le 21 janvier 2019 dans le Morbihan. Je me fonds dans la nature. J’admire ces grands arbres moussus, toujours droits malgré les tempêtes et cet étang tranquille. Je me penche comme Narcisse et je souris de découvrir un autre monde qui ondule, le ciel à mes pieds. Je croise des joggers, les écouteurs dans les oreilles, peut-être qu’ils sont d’ici et qu’ils ont déjà tout regardés, peut-être qu’ils sont pressés parce qu’ils n’ont que 45 minutes de pause déjeuner. J’aime le bruit que fait le bois quand je marche sur le pont, j’aime les ponts d’ailleurs, je trouve ça tellement poétique. En dessous, l’eau poursuit sa danse et moi je lévite sans la troubler. Je rencontre des ânes qui broutent imperturbables et des moutons noirs qui ont l’air plutôt bien dans leurs sabots même s’ils sont marginaux. Je pénètre dans un sous-bois, je joue avec les rayons du soleil, je ne veux pas les perdre complètement parce qu’il fait froid et humide. Toute cette activité hydraulique, ça m’a donné envie de faire pipi alors je me soulage sur les feuilles mortes. C’est infiniment plus agréable de pouvoir admirer l’horizon, sentir l’air frais sur mes fesses plutôt qu’une lunette en plastique et un parfum entêtant de brise marine. J’envie les hommes qui peuvent le faire facilement dehors et j’en connais beaucoup d’ailleurs qui préfèrent les bosquets aux cabinets ! Peut-être encore une histoire de conquête territoriale ou un simple besoin primitif. Je me souviens, en Finlande, je faisais pipi sur la neige et la vapeur me faisait rire. Je longe une voie ferrée, un train me dépasse à grande vitesse et me rappelle le monde moderne dans lequel je vis. Je me sens comme Jacquouille la fripouille dans Les Visiteurs !Je jubile de marcher à pas lents pendant que cette machine infernale avale les kilomètres. Je me réjouis de me dire que je peux monter à bord si j’ai envie de parcourir le monde ou continuer à cheminer. Tout est possible. Je réalise que je ne pourrais pas faire une boucle , il faudra rebrousser chemin. Je n’ai jamais aimé faire ça, comme relire un livre  ou retravailler mes textes. C’est comme si ça me coûtait de revenir sur mes pas, comme si je voulais conserver le premier jet. Ça fait écho à ce que je vis : décider de laisser le passé derrière moi, avancer coûte que coûte et ne pas me retourner comme Orphée. Alors je comprends que parfois, il faut accepter que tout n’est pas réglé. Je pourrais continuer à avancer mais je serai vite fatiguée et peut-être perdue. Non, il faut que je reparte d’où je viens. Loin de m’ennuyer, je découvre le paysage d’un autre œil, le soleil me chauffe à présent l’autre côté. Certes, je reconnais le chemin, mais mille détails m’avaient échappé. Alors que deux heures plus tôt, j’avançais vers l’inconnu, je rentre vers un lieu familier. Mon regard, tous mes sens sont enrichis de nouveauté. J’approche pas à pas la civilisation : des joueurs de boules apprécient le climat printanier, ils rient et s’encouragent. Un univers très masculin où la polaire sans manches semble être l’uniforme de rigueur ! Je souris de les voir si joyeux juste en lançant une boule en métal. Est-ce qu’ils rêvaient à cet instant quinze ans plus tôt assis sur leur tracteur, devant leur ordinateur ou penché sur leur patient ? Je ne saurai dire mais ils ont l’air d’apprécier leur retraite. Je poursuis la mienne encore trois jours. Il ne s’agit pas d’oublier mes soucis, ils sont encore tous là. Parfois, un plus impatient se pointe et je lui explique calmement que c’est pas encore le moment que je m’occupe de lui. Le monde continue de tourner apparemment donc j’ai bien fait de m’offrir cette pause. Il y a sûrement des sms non lus, des notifications qui clignotent, des mails qui s’impatientent mais le soleil se lève toujours chaque matin, la vie semble suivre son cours. Des gens se promènent au marché et je n’entends aucune rumeur sur mon absence. Je la savoure encore plus et je me dis que tout ce bien-être accumulé, je le saupoudrerai sur ma vie quotidienne et quand le moment viendra, je repartirai en retraite…même si je n’ai pas encore tous mes trimestres. Et vous, c’est pour quand ?

A méditer !

Quatre-vingt-quinze pour cent

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A écouter

A lire

Je me souviens en primaire on apprenait des chansons de Brassens et moi je détestais. Cette voix de grand-père mou du genou, ça m’agaçait. En devenant adulte j’ai aimé. C’est vrai qu’il écrivait des choses tout à fait vraies et avec une ironie qui me plaît beaucoup. Fermons la parenthèse, j’ai récemment fait une découverte époustouflante : j’ai un vagin ! Ou plutôt j’ai un vagin qui peut prendre du plaisir. Après presque 20 ans d’activité sexuelle, je me réveille. Enfin ! Très tôt, j’avais découvert mon clitoris, ce bouton rigolo qui me fait me tortiller dans tous les sens quand on appuie dessus. J’ai longtemps pensé que j’étais « clitoridienne » ça sonnait bien un peu comme académicienne. J’imaginais la remise des diplômes en robe de cérémonie avec un chapeau bizarre : « bravo Odré, vous entrez dans la guilde clitoridienne ». Et je m’en contentais. Mon clito flatté de temps en temps par mes partenaires curieux, je pensais avoir une sexualité épanouie. On me renvoyait l’image d’un bon coup, d’une amante généreuse. Alors l’orgueil l’emportait sur l’introspection. J’étais fière de donner du plaisir, j’en recevais parfois et ça me suffisait. Mais au bout d’un moment, j’ai ressenti de la frustration, ça m’énervait qu’on parle d’un point G, j’enviais les copines qui jouissaient de l’intérieur. Alors j’ai fait une réunion avec moi-même, je me suis remémoré, j’ai beaucoup lu et écouté de choses sur ce sujet toujours un peu tabou. J’ai appris qu’il n’y a pas l’équipe des clitoridiennes contre l’équipe des vaginales. Que celle qui ont un orgasme dans leur vagin c’est sûrement parce que le clitoris – aussi long qu’un pénis – est sollicité de l’intérieur. Alors, même si mon titre de clitoridienne s’est envolé, je sautais de joie. Cette grotte sombre et inconnue n’est pas là juste pour être farfouillée par des mycologues ou pour faire passer environ 3kg gluant et vagissant !  Ce magnifique vestibule peut aussi être parcouru d’ondes sensuelles et vibrantes. Mais alors, si je n’ai pas pris mon pied si souvent que ça ces dernières années, c’était par manque d’intérêt et d’éducation pas parce que j’étais restreinte. Rassurez-vous les gars c’était pas que vous étiez (tous) des mauvais coups ! C’est un peu comme quand on a envie d’un fondant au chocolat qui sortirait du four et qu’on vous propose un BN pour le goûter. C’est mieux que rien. J’ai 33 ans quand même, j’aurais bien aimé découvrir ça plus tôt mais bon je me rassure en papotant avec des sexagénaires pas forcément plus épanouie sexuellement. On peut apprendre à tout âge. Petit à petit, la femme jouit. Et dire que certaines ne sentiront jamais et resteront dans l’ignorance de ce merveilleux organe qu’est leur vagin. Certes elles continueront à y laisser entrer spéculum, doigts, pénis, godes, et à laisser sortir des bébés mais toujours demeurera une sensation désagréable voire douloureuse ou pire pas de sensation du tout. Ok Georges, « quatre vingt quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant » mais il ne tient qu’à elle de renverser la vapeur. Mesdames, réveillez-vous, explorez-vous et enseignez à vos partenaires ! Et puis, racontez, transmettez… Chacun.e.s a à y gagner dans cette affaire. Allez, je vous laisse j’ai du plaisir sur la planche !