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I want to break free

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Enfant, j’ai grandi dans un village en Lorraine, route du vin et de la mirabelle, c’est tellement bucolique. C’est pas ça qui m’intéressait, c’était la campagne, l’espace dont je jouissais. Je me revois partir en exploration, un goûter dans le sac à dos. Je déambule entre les ceps de vigne, je m’assois sous un cerisier et observe les fourmis. Les soirs d’été, après le dîner, on avait le droit de jouer dans le jardin, même si on était déjà en pyjama. Les dimanches matin, j’enfourchais mon vélo et je partais rejoindre les copains. On jouait sans s’arrêter, cache-cache dans tout le village, une gamelle dans un jardin. Les journées duraient une éternité. Et pour moi, c’était ça la liberté. Une interminable récré. C’est peut-être parce qu’elle était presque illimitée que jamais j’en abusais. Très vite, je me suis auto-régulée. J’avais la permission de me coucher à 21h mais à 20h30 j’étais déjà dans mon lit. Je rangeais ma chambre avant qu’on me le demande. Je m’adultisais. Tout ça pour plaire à mes parents, être la petite fille parfaite alors qu’ils ne m’en demandaient pas tant. Doucement, j’ai érigé des murs d’auto-discipline. Avec les copains, je refusais de dire des gros mots même si mes parents n’en sauraient rien. Ado, je ne pouvais pas me rebeller contre ces libertés qu’on m’accordait alors j’ai bâti mon cadre, je me suis imposée des règles. On m’a souvent reproché de ne pas me lâcher. Ma chambre donnait sur le jardin et je n’ai jamais fugué, quand j’ai pris ma première taf, je m’en suis rendue malade. Je m’auto-flagellais. Pourtant, mes parents ne sont pas des catholiques extrémistes ou des bohèmes inconscients. Pourtant dans le même environnement, dans le même corps, l’espace s’est amenuisé. Alors à 16 ans, j’ai décidé que je serai globe-trotter. J’ai commencé à rêver de nouveaux territoires, de liberté inassouvie. A 21 ans, je suis partie vivre en Slovaquie, un pays lointain et surtout inconnu, exotique en quelque sorte. En Amérique du sud et en Asie, j’ai cheminé sac au dos en quête de sensations, d’épanouissement, et surtout de nouveauté.  A 33 ans, je réalise que la vraie liberté, c’est celle que je cultive à l’intérieur. Je vivais en pleine campagne avec des parents ouverts et je me suis enfermée dans mes peurs. On peut vivre au « pays des droits de l’homme » et laisser grandir un mal intérieur qui nous empêche de nous développer. Finalement, être libre, ce n’est pas avoir un passeport prêt à être tamponné, c’est encore moins avoir beaucoup d’argent et des possessions. C’est s’accepter, scier ses propres barreaux et s’évader de ses restrictions. L’être humain est très fort pour se cadrer. L’auto-censure, les principes, les tabous, le déni peuvent être plus isolant que les murs. Ou alors, on condamne nos parents, nos profs, la société, les autres, les catastrophes naturelles, on se convainc que cela ne dépend pas de nous, c’est plus rassurant. Parce que, en vrai, si tout est possible, si on est vraiment libre, comment gérer tout ça ? Ça fait quand même une sacrée responsabilité de mener sa vie comme on l’entend ! La liberté avec un grand L, ça fait flipper, c’est vertigineux. Alors j’enfile mon baudrier. Lentement et consciemment, je noue chaque morceau de tissus confiance, joie, estime, foi… Puis, j’en ferai une corde qui me permettra de m’échapper par la fenêtre de cette prison que j’ai bâtie toute seule, comme une grande.

Liberté , liberté chérie

Tapie tout au fond de mon coeur

Jaillis, à présent qu’il est l’heure

Avec bonheur je te réclame

Accoure dans mes bras impatients

Que ton sortilège puissant

Ravive enfin la flamme.

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Vivement la retraite

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Il y a deux mois, j’ai fait un séjour en mode avion sans passer par la case aéroport. Je suis allée à 60km de chez moi dans un petit village, une copine, partie très loin, elle en avion, m’avait prêté son nid. L’idée était de déconnecter et de me retrouver seule avec moi-même plusieurs jours. Quand j’ai parlé de « retraite », certains ont eu peur. Ce mot, on l’entend tous les jours : « Chantal fête son départ à la retraite ! » ou encore « Ça t’embête pas de pas cotiser pour ta retraite ? » mais quand j’annonce « je fais une retraite » alors que j’ai 33 ans, certains sont sceptiques. J’ai pensé à aller dans un monastère mais ça m’a semblé trop austère, à aller camper dans les bois mais il fait beaucoup trop froid, à prendre une chambre d’hôtel vue sur mer, mais je n’ai pas les moyens. J’avais envie d’un endroit où je ne connais personne, où tout est à découvrir, où je me sens en sécurité et confortablement installée. Je suis donc partie, en prévenant mes proches, car à notre époque si on ne répond pas à un sms dans les cinq heures, ça devient louche. J’ai aussi dit où j’allais pour atténuer d’éventuelles inquiétudes : « non, je ne fugue pas ! ». Mon programme est très simple : éteindre mon portable, débrancher le réveil et continuer à vivre. M’autoriser une pause dans la course à la production. Je ne renonce pas à me laver, ni à manger, au contraire, je le fais en étant présente et pas en guettant une vidéo sur whatsapp ou en me dépêchant parce que je suis en retard. Dans ce séjour, il n’y a pas de retard puisqu’il n’ y a pas d’horaires. Seulement mon horloge biologique, la plus difficile à suivre mais celle qui me connaît le mieux. Est-ce que j’ai vraiment faim ou c’est parce que je m’ennuie ? Là, est la question… L’idée n’est pas non plus de me replier sur moi-même, je dirais même plus : je me déploie comme la fleur qui sent le printemps approcher. J’occupe tout l’espace. Me reposer, dormir quand j’en ai envie sont en tête de liste mais j’ai besoin de mouvement. Alors, je sors, je me balade au gré du vent. Le soleil brille et m’accueille. Je suis la petite rivière qui traverse le village, ça m’apaise. Je repense à cette chanson que fredonnait ma grand-mère quand j’étais petite : « ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive, elle court comme un ruisseau que les enfants poursuivent… ». Je me sens légère et joyeuse. J’entends une conversation étouffée comme un poste de radio en sourdine et je réalise que c’est le bruit de l’eau quand elle s’emballe et qu’elle rencontre des grosses pierres. J’essaie de décoder le message. J’entends aussi des hirondelles, c’est fou à cette époque, c’est trop tôt ! Mais je chasse gentiment cette pensée : ne pas juger, juste apprécier. J’oublie qu’on est le 21 janvier 2019 dans le Morbihan. Je me fonds dans la nature. J’admire ces grands arbres moussus, toujours droits malgré les tempêtes et cet étang tranquille. Je me penche comme Narcisse et je souris de découvrir un autre monde qui ondule, le ciel à mes pieds. Je croise des joggers, les écouteurs dans les oreilles, peut-être qu’ils sont d’ici et qu’ils ont déjà tout regardés, peut-être qu’ils sont pressés parce qu’ils n’ont que 45 minutes de pause déjeuner. J’aime le bruit que fait le bois quand je marche sur le pont, j’aime les ponts d’ailleurs, je trouve ça tellement poétique. En dessous, l’eau poursuit sa danse et moi je lévite sans la troubler. Je rencontre des ânes qui broutent imperturbables et des moutons noirs qui ont l’air plutôt bien dans leurs sabots même s’ils sont marginaux. Je pénètre dans un sous-bois, je joue avec les rayons du soleil, je ne veux pas les perdre complètement parce qu’il fait froid et humide. Toute cette activité hydraulique, ça m’a donné envie de faire pipi alors je me soulage sur les feuilles mortes. C’est infiniment plus agréable de pouvoir admirer l’horizon, sentir l’air frais sur mes fesses plutôt qu’une lunette en plastique et un parfum entêtant de brise marine. J’envie les hommes qui peuvent le faire facilement dehors et j’en connais beaucoup d’ailleurs qui préfèrent les bosquets aux cabinets ! Peut-être encore une histoire de conquête territoriale ou un simple besoin primitif. Je me souviens, en Finlande, je faisais pipi sur la neige et la vapeur me faisait rire. Je longe une voie ferrée, un train me dépasse à grande vitesse et me rappelle le monde moderne dans lequel je vis. Je me sens comme Jacquouille la fripouille dans Les Visiteurs !Je jubile de marcher à pas lents pendant que cette machine infernale avale les kilomètres. Je me réjouis de me dire que je peux monter à bord si j’ai envie de parcourir le monde ou continuer à cheminer. Tout est possible. Je réalise que je ne pourrais pas faire une boucle , il faudra rebrousser chemin. Je n’ai jamais aimé faire ça, comme relire un livre  ou retravailler mes textes. C’est comme si ça me coûtait de revenir sur mes pas, comme si je voulais conserver le premier jet. Ça fait écho à ce que je vis : décider de laisser le passé derrière moi, avancer coûte que coûte et ne pas me retourner comme Orphée. Alors je comprends que parfois, il faut accepter que tout n’est pas réglé. Je pourrais continuer à avancer mais je serai vite fatiguée et peut-être perdue. Non, il faut que je reparte d’où je viens. Loin de m’ennuyer, je découvre le paysage d’un autre œil, le soleil me chauffe à présent l’autre côté. Certes, je reconnais le chemin, mais mille détails m’avaient échappé. Alors que deux heures plus tôt, j’avançais vers l’inconnu, je rentre vers un lieu familier. Mon regard, tous mes sens sont enrichis de nouveauté. J’approche pas à pas la civilisation : des joueurs de boules apprécient le climat printanier, ils rient et s’encouragent. Un univers très masculin où la polaire sans manches semble être l’uniforme de rigueur ! Je souris de les voir si joyeux juste en lançant une boule en métal. Est-ce qu’ils rêvaient à cet instant quinze ans plus tôt assis sur leur tracteur, devant leur ordinateur ou penché sur leur patient ? Je ne saurai dire mais ils ont l’air d’apprécier leur retraite. Je poursuis la mienne encore trois jours. Il ne s’agit pas d’oublier mes soucis, ils sont encore tous là. Parfois, un plus impatient se pointe et je lui explique calmement que c’est pas encore le moment que je m’occupe de lui. Le monde continue de tourner apparemment donc j’ai bien fait de m’offrir cette pause. Il y a sûrement des sms non lus, des notifications qui clignotent, des mails qui s’impatientent mais le soleil se lève toujours chaque matin, la vie semble suivre son cours. Des gens se promènent au marché et je n’entends aucune rumeur sur mon absence. Je la savoure encore plus et je me dis que tout ce bien-être accumulé, je le saupoudrerai sur ma vie quotidienne et quand le moment viendra, je repartirai en retraite…même si je n’ai pas encore tous mes trimestres. Et vous, c’est pour quand ?

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Quatre-vingt-quinze pour cent

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Je me souviens en primaire on apprenait des chansons de Brassens et moi je détestais. Cette voix de grand-père mou du genou, ça m’agaçait. En devenant adulte j’ai aimé. C’est vrai qu’il écrivait des choses tout à fait vraies et avec une ironie qui me plaît beaucoup. Fermons la parenthèse, j’ai récemment fait une découverte époustouflante : j’ai un vagin ! Ou plutôt j’ai un vagin qui peut prendre du plaisir. Après presque 20 ans d’activité sexuelle, je me réveille. Enfin ! Très tôt, j’avais découvert mon clitoris, ce bouton rigolo qui me fait me tortiller dans tous les sens quand on appuie dessus. J’ai longtemps pensé que j’étais « clitoridienne » ça sonnait bien un peu comme académicienne. J’imaginais la remise des diplômes en robe de cérémonie avec un chapeau bizarre : « bravo Odré, vous entrez dans la guilde clitoridienne ». Et je m’en contentais. Mon clito flatté de temps en temps par mes partenaires curieux, je pensais avoir une sexualité épanouie. On me renvoyait l’image d’un bon coup, d’une amante généreuse. Alors l’orgueil l’emportait sur l’introspection. J’étais fière de donner du plaisir, j’en recevais parfois et ça me suffisait. Mais au bout d’un moment, j’ai ressenti de la frustration, ça m’énervait qu’on parle d’un point G, j’enviais les copines qui jouissaient de l’intérieur. Alors j’ai fait une réunion avec moi-même, je me suis remémoré, j’ai beaucoup lu et écouté de choses sur ce sujet toujours un peu tabou. J’ai appris qu’il n’y a pas l’équipe des clitoridiennes contre l’équipe des vaginales. Que celle qui ont un orgasme dans leur vagin c’est sûrement parce que le clitoris – aussi long qu’un pénis – est sollicité de l’intérieur. Alors, même si mon titre de clitoridienne s’est envolé, je sautais de joie. Cette grotte sombre et inconnue n’est pas là juste pour être farfouillée par des mycologues ou pour faire passer environ 3kg gluant et vagissant !  Ce magnifique vestibule peut aussi être parcouru d’ondes sensuelles et vibrantes. Mais alors, si je n’ai pas pris mon pied si souvent que ça ces dernières années, c’était par manque d’intérêt et d’éducation pas parce que j’étais restreinte. Rassurez-vous les gars c’était pas que vous étiez (tous) des mauvais coups ! C’est un peu comme quand on a envie d’un fondant au chocolat qui sortirait du four et qu’on vous propose un BN pour le goûter. C’est mieux que rien. J’ai 33 ans quand même, j’aurais bien aimé découvrir ça plus tôt mais bon je me rassure en papotant avec des sexagénaires qui découvrent leur sex-appeal. On peut apprendre à tout âge. Petit à petit, la femme jouit. D’accord Georges, « quatre vingt quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant » et il ne tient qu’à elle de renverser la vapeur. Mesdames, réveillez-vous, explorez-vous et enseignez à vos partenaires ! Et puis, racontez, transmettez… Chacun.e.s a à y gagner dans cette affaire. Allez, je vous laisse j’ai du plaisir sur la planche !

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En 2019, j’arrête…

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Plus que quelques heures avant de faire sa liste de bonnes résolutions… Comme si le fait de modifier le calendrier amenait forcément des changements. Mais est-ce que le 1er janvier 2019 sera si différent du 31 décembre 2018 ? Entre les régimes, les arrêts tabac, les inscriptions dans les salles de sport…ça fait beaucoup de promesses ! Alors pourquoi ne pas simplement décider de se foutre la paix ? En 2019, JE ME LÂCHE LA GRAPPEEEEEEEE ! C’est vrai quoi, arrêtons de nous flageller. La société le fait déjà bien assez pour nous. Toutes ces injonctions qu’on entend et qu’on s’inflige chaque fin d’année, ça fait beaucoup pour nos petites épaules, non ? Déjà, on sort d’une gastro, on est cernés alors que ça fait 8 jours qu’on est en vacances, on se force à écouter les histoires remâchés de l’oncle truc, on passe des heures assis soit dans une voiture, soit derrière une table où s’entassent coquilles d’huîtres, serviettes en papier déchiquetées et papillotes scintillantes, on a froid aux os et on est carencé en vitamines D. Alors, de grâce, pas plus de souffrance ! Accordons-nous du bon temps. De toutes façons, on les tiendra pas ces promesses alors autant être honnête. Si on a vraiment envie de se débarrasser d’une mauvaise habitude ou fréquentation, pourquoi attendre les fêtes de fin d’année ? J’ai pas l’impression qu’en jetant tous les éphémé-ridés, une nouvelle page apparaîtra. Alors moi je décide de continuer à me faire du bien. De m’apporter de la douceur, de (me faire) rire, de faire des excès dans la joie et la bonne humeur. Les médias puissants, les chefs frustrés, les docteurs alarmants, les parents stressés nous clament déjà « fais pas ci, fais pas ça » alors moi je choisis de justement faire ce que je veux, comme je l’entends, que ça plaise ou non. Dans la limite du respect disponible évidemment. Et comme j’aime partager, j’enjoins tout le monde à en faire de même. Parce que je trouve ça tellement mieux de se faire couler un bain plutôt que de se pincer les bourrelés avec indignation, c’est vraiment bon de faire une grasse matinée sous une couette chaude plutôt que d’aller faire un footing sous la bruine, c’est chouette de raconter des histoires plutôt que de faire ses comptes, une bonne raclette fédère plus qu’une soupe aux brocolis. Je ne crois pas que ma mission sur terre est de me tuer à la tâche, de me dévouer corps et âmes à mon prochain ou de subir les catastrophes climatiques. Je suis plutôt là pour m’amuser, pour aimer, pour créer, pour réaliser comme c’est cool d’être vivant.e alors moi franchement que ce soit la St Glinglin ou la semaine des quatre jeudis, je jOUIs ! Bon, la voici ma liste : En 2019,

J’arrête de me mettre la rate au court-bouillon.

J’oublie les deadlines.

Je détourne l’autorité.

Je me rie du danger.

J’accepte l’idée de ne pas être parfait.e.

Et surtout, surtout, j’arrête les listes de tâches !

 

Et pour vous, ce sera quoi ?

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Le cafard du dimanche soir

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Ça ne m’était pas arrivé depuis un bout de temps mais le revoici comme un souvenir désagréable familier. Cette sensation difficile à cerner…mélancolie ? frustration ? Tristesse ? C’est comme une légère gueule de bois, entre joie quand on se remémore les bons moments avec les copains et malaise incontrôlable. Je sais parfaitement ce qu’il faudrait faire : aller me coucher. Mais ça me fout encore plus le cafard de me dire qu’il est à peine 19h30. Sûr que ce truc revient de loin. Je devais avoir 5 ans, j’arrivais pas à dormir alors j’étais aller voir mes parents en marmonnant « j’ai le cafard » et eux de répliquer « où ça ? ». Faut dire qu’on habitait en Afrique à cette époque… C’est vrai qu’elle est drôle cette expression. Plus tard, en cours d’ espagnol, je découvrais la traduction très exotique : « cucaracha ». Tout de suite, c’est plus coloré, ça donne envie de jouer des castagnettes plutôt que d’aller bouder. Je le connaissais bien étant ado. Il arrivait bien avant le soir tous les dimanches. Il était pire quand les jours raccourcissaient en novembre. Le poids des devoirs de math pas terminés, les réjouissances du week-end avortées, le baiser même pas reçu à la soirée chez Émilie. Je me claquemurais dans ma chambre et je pleurais devant Dawson en comptant les heures avant que le réveil du lundi sonne. Un vrai cauchemar ! Y avait rien à faire, ça me collait à la peau même s’il faisait beau. Je me souviens d’une peluche qu’on m’avait donnée où il était inscrit : « ça ira mieux demain ». Mais justement non, le dimanche : « ça va mieux hier » ! Plus tard quand j’étais étudiante, et donc libre, j’ai renoué avec le dimanche soir. C’était synonyme de ciné entre copines. J’avais beaucoup moins de devoirs ou en tout cas personne ne vérifiait s’ils étaient faits et le lundi matin j’allais à l’amphi sans y être obligée (et ça, ça change tout mine de rien!). J’étais délivrée de l’emprise de cette maudite fin de week-end. Quand j’ai trouvé du travail la bestiole a tenté de se repointer mais j’organisais des apéros pour la contrer et tout s’est bien passé jusqu’à aujourd’hui. Est-ce parce que je veux être solidaire avec les milliers de Français qui retourneront à l’école ou au bureau demain ? Même si je peux faire la grasse mat’ demain, un bourdon me tourne autour. Est-ce vraiment parce que c’est dimanche ou une coïncidence ? Même pour moi au chômage, je ressens le rythme, les démarches administratives reprennent le lundi : recherche d’appart, conversations avec pôle emploi ou plutôt son attente téléphonique, prise de rendez-vous…finalement je me calque sur les actifs. Je sens aussi l’excitation quand arrive vendredi, même si je suis allée à un concert mardi. Peut-être que, encore une fois, je ressens le pays qui frétille, qui se détend… Je cherche des raisons mais c’est comme ça et pis voilà. Je me sens triste comme un frigo vide. Tiens, si j’écoutais Java justement, ça fait longtemps… C’est que c’est entraînant ! Je me laisse aller à me déhancher, le cafard essaie de me rattraper par la manche en hurlant que « aujourd’hui c’est dimanche » mais je pars sur le dance floor improvisé. « Sexe, accordéon et alcool » ! Les souvenirs de samedi remontent et la fièvre m’envahit de nouveau. Ma fatigue et mon désarroi cèdent la place à la malice et l’envie de remuer. Moi je dis halte à la dictature du calendrier ! Soyons fous et adoptons le sunday night fever ! Et à l’empereur, sa femme et le ptit prince, je leur dis :

lundi matin, bouge ton popotin

mardi matin, chante dans le train

mercredi matin, tire la langue à tes voisins

jeudi matin, sèche le cours de latin

vendredi matin, joue à cache-cache dans le jardin