Chez les Finntoks

Un caillou dans la chaussure

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À écouter

Ou à lire…

Me revoici au pays du sauna après un long break en France. Juste quelques semaines finalement mais assez pour réaliser à quel point je suis épuisée. Rien que cette dernière année, j´ai appris le finnois, fait une fecondation in vitro, enseigné la cuisine, créé un one woman show,  fait l´interprète dans une usine d´isolation phonique, parcouru plus de 1 000km à vélo, créé un solo de danse, parlé anglais la plupart du temps, accouché de 50 textes…tout ça en plus d´aimer, encourager, écouter, donner, applaudir, respirer. Alors oui c´est vrai, personne ne m´a demandé d´en faire tant, j´ai décidé toute seule comme une grande. Aucune pression. J´ai même fait tout ça avec mon coeur, j´y ai cru. Et je peux affirmer que « l´espoir fait vivre » ! Mais aujourd´hui, je réalise que je ne veux pas continuer comme ça. Je choisis une vie simple. J´ai toujours cru que « facile » voulait dire « ennuyeux ». Mais maintenant je sais que ça peut être aussi excitant. Alors je range mon costume de wonderwoman. « Je ne suis pas un.e héro.ïne ». Aujourd´hui, j´enlève ce caillou de ma chaussure et je change de vie. Je décide de rentrer chez moi. Je veux pouvoir parler français tout le temps, aller à la boulangerie, voir des spectacles, m´inscrire à une amap, manger de la raclette et faire la queue à la sécu.  Franchement, c´est quand même bizarre d´aller vivre près du cercle polaire frileuse comme je suis. Et puis c´est aussi farfelu de vouloir apprendre une des langues les plus difficiles au monde et parlée par seulement 6 millions de gens, non ? Et moi qui aime tant les fruits et légumes, j´émigre au pays de la patate ? De l´auto-persuasion ? Mouais… C´est bien beau comme projet de rentrer au bercail, mais ça signifie aussi PARTIR. Malgré les 22 (bonnes) raisons de vivre chez les Finntoks, je prends le large. Même si j´ai eu droit à des aurores boréales pour mon anniversaire, je me fais la malle. Même si j´ai construit une nouvelle famille ici, je fais mes bagages. Il y a quelques années, c´était « là-bas, tout est neuf et tout est sauvage » et aujourd´hui c´est plutôt « Quand reverrais-je, de mon petit village ». Vient le moment de dénouer gentiment tous ces liens que j´ai mis du temps à filer. Quand les efforts qu´on a faits pendant longtemps commencent à payer, on décide de tout quitter, ça me rappelle cette sensation quand enfant, en vacances, j´observais les autres dans l´espoir de me faire des copains et quand enfin ca arrivait, c´était la veille du départ. Comme si l´imminence du changement précipitait le cours des évènements. C´est curieux comme chaque action qu´on a fait des tas de fois a un goût différent quand on se dit que c´est sûrement la dernière fois. Le tic-tac de la pendule est plus discret, le chemin moins cabossé. Il faut à présent dire au revoir à des gens qui s´attachaient. Annuler des engagements au risque de décevoir. Priver certains de cette sensibilisation à notre (merveilleuse) culture française que j´avais entamée. Renoncer au sauna et aux pullas (brioches à la cannelle) ! Dire : « non, je ne viendrai pas ». Si quelqu´un s´oppose à cette décision, qu´il parle maintenant ou qu´il se taise à jamais. J´écoute bien sûr, même si ça me bouleverse, même si ça me tiraille. J´écoute tout ce qu´on me dit, je ressens aussi et puis j´arbitre. C´est vers la Douce France que je m´élance. Pas de regret, pas d´amertume. Je garde la Finlande dans mon coeur. Ce cher pays dans lequel j´ai tant expérimenté. Avec ces autochtones qui font confiance et respecte ton espace. Où l´air est si pur qu´il fait geler les crottes de nez ! Où on peut être nu.e.s et détendu.e.s. Où on peut patiner sur la mer gelée… Oui bon stop nostalgie !

Mes chers Finntoks je pars,

Je vous aime mais je pars,

C´est le moment pour moi,

Au r´voir.

 

 

 

Chez les Finntoks

À poil et à vapeur

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À écouter

 

À lire

J´ai 16 ans, je suis au festival des Vieilles Charrues, je campe et après avoir tenu 3 jours sans me laver je décide de rejoindre la longue file d´attente pour les uniques douches du site. Au bout de 45 minutes arrive enfin mon tour, je jubile en poussant la porte et là quelle n´est pas ma surprise en découvrant une dizaine de femmes nues et mousseuses. Quoi ? pas de rideau pour respecter les bons usages ? Je suis très gênée mais l´envie de me décrasser l´emporte sur l´incongruité de la situation. Premier contact avec la nudité collective ! Des années plus tard, en Finlande, j´ai découvert qu´on peut être nu.e sans être confus.e. Le sauna est l´endroit sacré où règne la nudité. J´avais déjà essayé en France, après une séance d´escalade ou dans un hôtel classe mais toujours avec mon maillot de bain. Et quand on goûte au sauna sans tissu, on ne peut plus revenir en arrière. C´est un délice de pouvoir suer sans lycra comme barrière. Les pores respirent, évacuent stress, sel, alcool parfois sans qu´on marine dans son jus. Et puis surtout, c´est l´immense barrière sociale qui s´écroule. Comme si les vêtements représentaient notre dignité. En France, on relie la plupart du temps la nudité au sexe et c´est souvent sale voire honteux. Bouh ! Chez les Finntoks, on se désape sans complexe sans pour autant sentir sur nous des regards lubriques. On n´en fait pas tout un plat, c´est tout. Nu.e comme un ver, je suis complètement vulnérable mais comme les Finlandais sont habitués depuis enfant à cette pratique, ils sont très respectueux voire indifférents. D´ailleurs, au début, ca me dérangeait de dévoiler mes charmes si régulièrement à mon amoureux. Je redoutais qu´il se lasse et que je perde tout intérêt sensuel. Bon, la plupart du temps, le sauna est une pièce très sombre mais quand je sors en plein jour, car c´est quand même génial comme sensation d´aller ensuite nu.e dans le jardin, j´expose cellulite, poils, cicatrices et boutons. Mais finalement, je le vis bien, c´est libérateur de se rappeler qu´on est tous nés à poil et qu´on ne doit pas rougir de notre corps. J ai redécouvert que cette envelope que je trimballe depuis 32 ans ne suscite pas que ou le désir ou la gêne. Quand je vais à la piscine municipale, on déambule dévêtu.e.s dans les vestiaires. J´entends déjà les remarques outrées “quelle bande de pervers !”. Attention, ce n´est pas non plus Woodstock, femmes et hommes sont séparés. Seuls les petits garcons ont droit d´accéder au gynécée et je me demande d´ailleurs s´ils réalisent leur privilège ! C´est tellement plus pratique de pouvoir se balader à poil, pas besoin de retenir sa serviette d´une main pendant que l´autre porte le savon ou le bébé. Et puis, il y a un magnifique échantillon de la gente feminine. Finie le classement maigre/grosse. Dans les vestiaires de la piscine, il y a des hanches généreuses, des seins comme des noisettes, des ventres gélatineux, des fesses rebondies, des poitrines fatiguées, des pubis glabres et de toutes les couleurs. J´avoue, j´observe ! Ces corps nus me fascinent. Sûrement parce que j´en ai rarement vus alors je me rattrape ! Peut-être que si je vivais depuis 10 ans en Finlande, je serai complètement indifférente. Si adolescente j´avais pu baigner dans cette ambiance, ca m´aurait sûrement évité pas mal de complexes. J´aurai pu avoir d´autres exemples que ceux retouchés des magazines. Mes parents n´ont jamais condamné la nudité, je prenais des bains avec mon frère et ma soeur. Je ne souviens pas qu´on m´ait dit de cacher ma « chachou” comme s´il s´agissait d´un furoncle. Mais en dehors de la maison, je n´avais pas vraiment l´occasion de côtoyer la nudité. Même aux cours de danse, chacune se tortillait dans son coin pour enfiler son tutu sans que les autres filles apercoivent un bout de fesse. Quand même, je trouve ca dommage de mettre tant de pression sur un petit corps de sept ans. Apparemment, c´est moins codifié chez les garcons, pour peu qu´ils fassent du foot ou autre sport collectif, ils connaissent les douches collectives et s´offusquent moins de se découvrir en public. Je pense que chaque écolier finlandais fréquente la piscine chaque semaine pendant au moins cinq ans et peuvent donc voir des centaines de corps différents ! Alors oui certain.e.s se comparent sûrement mais d´autres se disent qu´ils ne sont pas si mal foutu.e.s. Je m´imagine, jeune Finlandaise, me disant que plus tard, je pourrai devenir comme cette femme ou celle-ci. Je réalise que 90-60-90 n´est pas très courant et franchement je me sens libérée, délivrée ! Alors, moi je dis tous à poil…mais en toute bienveillance évidemment.

Chez les Finntoks

Silence, ça tourne !

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À écouter

 

À lire

Récemment, j´ai fait de la figuration pour le tournage d´une série télé policiaire finlandaise…une sacrée expérience ! Arrivée tôt le matin, je me retrouve entourée de plus de 200 participants comme moi. Une petite bourgade à la campagne. Une magnifique journée estivale. Les gens sont apprêtés et souriants, on dirait qu´on va célébrer un mariage ou un baptême. Faut dire que la scène qu´on doit tourner se passe à la messe. J´aurais préféré une scène de meurtre, un peu plus d´actions, mais c´est toujours bon à prendre.  Avec le recul, j´aurais pû être figurante sur Le jour le plus long  car, il faut bien l´avouer, j´ai surtout passé mon temps à attendre ! Et j´ai donc eu le loisir d´observer… Ça fourmille de partout. Je suis impressionnée par le nombre que nous sommes, je me renseigne : 45 employés, 20 acteurs et 230 figurants, tout ça ! Beaucoup d’hommes dans l´équipe, avec presque tous la même tenue : casquette américaine, short baggy à poches latérales avec divers outils qui pendent et tee shirts avec inscriptions drôles, certaines arborent une barbe, d’autres une queue de cheval et quasiment tous des tatouages. A croire que c´est indispensable pour être du métier !
Quelques femmes aussi dans cet univers viril surtout des maquilleuses et accessoiristes qui grouillent autour des acteurs pour les repoudrer régulièrement. Quelques figurants bien placés ont même droit à un peu de fard. Je décèle de l’animosité entre certaines. Telles des abeilles affairées, j’essaie de deviner qui est la reine-mère.  Il y a la maquilleuse-mécanique qui a l’air blasée comme la serveuse-automate, elle poudre des visages comme si elle dépoussiérait les meubles ! Je découvre plein de nouveaux métiers comme le pousseur de cameraman, j´imagine que quand ce sont de grosses productions avec un certain budget, le travelling est automatisé ! Le remplisseur de bouteilles, notre sauveur en cette journée plombante. Il y a aussi la fermeuse de clapet, pas celle qui dit « chut » mais celle qui annonce la scène en claquant cette espèce d’ardoise pour lancer le début du tournage. Pour d´autres, je n´ai pas bien compris leur rôle. Tout ce petit monde est orchestré par un petit chef comme à l’armée, les sourcils froncés en permanence, il distribue les ordres et consignes avec sérieux. Le réalisateur, lui,  n’est pas assis dans un siège avec son nom écrit en grosses lettres mais il déambule pieds nus. Ce qui provoque un décalage avec son air d´intello si j´ose dire. Et puis, il y a les acteurs qui, eux, n´apparaissent qu´au dernier moment. Ceci dit, il vaut mieux pour eux car ils vont répéter leurs quelques phrases et gestes très souvent aujourd´hui. Je ne sais pas si je serais capable d’être actrice de cinéma, attendre des heures durant, refaire inlassablement la même scène pour que chaque caméra prenne sous différents angles. Je ne savais pas que dans ce métier, il fallait aussi faire preuve de patience, je me demande si au casting ils testent cette qualité, qui pour moi est indéniable sous peine de ne pas tenir le coup longtemps ! Je plains ce monsieur d´une soixantaine d´années qui joue le prêtre et doit supporter sa soutane noire en ce jour d’exceptionnelle canicule en Finlande. D´ailleurs, ma voisine éponge son front luisant avec des feuilles à rouler, je ne connaissais pas cette méthode qui a l’air efficace. Les figurants très sages et discrets le matin prennent de plus en plus leurs aises, au milieu de l´après-midi, ils parlent fort, gigotent sur leurs chaises et se sont fait de nouveaux copains. Ceci dit, je suis épatée que tous ces enfants, parce qu´il y en a vraiment beaucoup aujourd´hui, soient disciplinés autant d’heures d’affilée, je me demande si ce serait la même en France. J’ai entendu dire que les petits Finlandais apprennent très tôt à rester en place…dans l’éducation nationale aussi c´est vrai mais la différence c’est qu’ils ne se rebellent pas en Finlande, ils restent sages comme des images même adultes ! Donc, je prends exemple et prends mon mal en patience. On reste assis, on écoute le prêtre et même on chante un bout de psaume. On répète la scène 2 fois, 5 fois…on a bien tous compris que « Dieu est grand » et qu´il faut accorder notre pardon ! Heureusement, les bénévoles et assistants nous abreuvent régulièrement, nous distribuent des chips et bananes pour ne pas qu´on tourne de l´oeil. C´est un peu comme dans l´avion, on nous occupe pour éviter la panique ! Après la seizième prise, c’est enfin « dans la boîte ». Le réalisateur valide et près de 300 personnes sont soulagées. Devant nos écrans, on ne se rend pas compte à quel point ça prend du temps de tourner 2 minutes d´une série télé. Et dire que si ça se trouve pendant ces minutes, le téléspectateur va aux wc ou chercher du chocolat parce qu´il juge que ce n’est pas vraiment un moment-clé…mais il ne sait pas que 65 personnes ont sué pour les tourner et que 230 figurants sont restés sagement assis 4h d’affilée ! On a droit à un sandwich puis on passe à la scène suivante : la sortie de la messe. Les accessoiristes distribuent des cigarettes car elles veulent des fumeurs dans la foule mais les gens se montrent réticents et je rigole car je parie qu´en France il y aurait beaucoup plus de volontaires pour s´en griller une. Les Finntoks fument très peu et même crapoter pour de faux, ils ont du mal à accepter !  Qu´est-ce qu´il faut pas faire pour la gloire !? D´ailleurs, je réalise aussi à quel point les figurants sont indispensables. Parce qu’effectivement sans eux, il n’y aurait pas de scènes de foule, quand j’y pense ça ferait tellement bizarre des films ou séries ou il y a juste quelques acteurs, pas de scène dans des lieux publics…imaginez Games of Thrones avec seulement 10 personnes ! Je crois que j’y penserai quand je regarderai un film maintenant. Tous ces gens qui viennent prêter leurs visages, partager cette expérience de création sans rien en échange à part le sentiment de faire partie d’une aventure collective et peut-être la fierté de se voir à l’écran le moment venu…s’ils ne sont pas coupés au montage évidemment car rien n’est jamais sûr !

Chez les Finntoks

La confiance règne

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J´ai 10 ans, mes parents m´ont confié la mission d´aller chercher mon frère et ma soeur plus jeunes à la garderie pendant qu´ils vont faire des courses. Absorbée dans mes jeux avec mes copines, j´oublie complètement. On habite un petit village et ils sont recueillis par une maman donc rien de dramatique ne se passe mais quand je réalise que j´ai failli à ma mission, je me sens extrêmement coupable. J´imagine les pires scenarios a posteriori. Et puis, la sentence de mes parents “on ne te fera plus confiance” me glace d´effroi. Cette valeur de confiance nous est enseignée très tôt, on est fiers d´être digne de confiance et on aimerait pouvoir faire confiance à nos amis. Une sorte de filet de sécurité et d´entente collective. Depuis longtemps donc, j´ai réalisé que c´était une grande qualité. Mais c´est seulement ces dernières années, en vivant en Finlande, que j´en jouis réellement. Dans ce pays, je suis épatée de la confiance que les gens accordent. Même à une étrangère comme moi ! J´ai proposé de donner des cours de cuisine et personne ne m´a rétorqué que je n´avais pas d´expérience. On m´a offert un job d´interprète sans vérifier mon cv. Je réalise que le plus important est d´avoir envie et les gens vous considèrent. Ils partent du principe que si vous postulez c´est que vous saurez gérer. Et puis ça va au delà du premier contact, j´ai conclu des accords par téléphone et par email, les employeurs n´ont même  pas voulu voir à quoi je ressemblais avant de m´engager ! De même qu´on ne signe pas forcément de contrat, les Finlandais considèrent que si je dis “ok je serai là lundi à 9h dans 2 mois”, j´y serai.  Cette confiance m´a déconcertée au début, je me disais que c´était limite désorganisé ! En France, même dans le milieu culturel, considéré plus relax que d´autres, où j´ai bossé pendant des années, on s´assure que le futur embauché ne nous fera pas faux bond ! Et puis quand on nous accepte pour un poste, on n´est pas tranquilles tant qu´on n´a pas signé le fameux contrat : “ils t´ont pris, bravo on va fêter ça !” “euh attends j´ai pas encore signé le contrat.”. Comme si ce morceau de papier déterminait tout votre futur. Ca me fait penser que c´est exactement la même chose quand on achète une maison ou qu´on s´inscrit dans une école : même si on s´est serré la main ou été accepté.e par téléphone, c´est toujours pas sûr. Et je découvre que chez nous Français règne le scepticisme, la plupart des gens craignent de se faire arnaquer par l´Autre, comme si l´être humain était originellement mauvais ! Ca me soulage donc de découvrir une nouvelle culture plus confiante. Chez les Finntoks, on part du principe que l´interlocuteur est honnête et cela fonctionne. Bien sûr, il doit bien exister des vilain.e.s qui trahissent, qui abusent mais on n´en fait pas une généralité. Dans ce cas, le Finlandais se sent trompé mais ne renonce pas pour autant à accorder sa confiance au suivant. Cette habitude me donne un grand sentiment de liberté, j´arrête de me faire des noeuds au cerveau “cap ou pas cap ?”, si cet inconnu.e en face de moi croit en moi, ça m´encourage ! Cela me donne aussi beaucoup de responsabilité parce que, étant honnête, je ne veux pas decevoir celui ou celle qui m´a considéré.e donc je donne le meilleur de moi-même. Je trouve qu´il y a moins d´assistanat, chacun fait son boulot et on ne va pas se mêler des affaires des autres. C´est très reposant de ne pas se sentir jugé.e.s en permanence ! Et puis la confiance s´étend à toute la société. On peut laisser traîner ses possessions en toute sécurité dans l´espace public. Le téléphone portable sur la table de bar, le casque de vélo sur le guidon, la veste suspendue dans l´entrée du restaurant… Je me rends compte à quel point “faire attention” en permanence use de l´énergie. Être sur le qui-vive au cas où… C´est tellement plus apaisant de ne pas se soucier de potentielles menaces. Je sais bien que le vol, les agressions, les arnaques existent mais peut-être que la peur attire le danger. Si on était plus positif d´emblée, si on arrêtait d´imaginer le pire, on pourrait se rendre compte que notre voisin, patronne ou garagiste ne passent pas leur temps libre à échafauder des plans pour nous dépouiller ! On pourrait se rappeler que sur le lot d´échanges sociaux et de transactions qu´on effectue chaque jour, la majorité se passent sereinement. Il a fallu que j´aille vivre près du cercle polaire pour réaliser tout ça. Je ne me serais pas attendue à cette grande qualité chez les Finntoks, je pensais que leur attitude introvertie et leur distance froide, témoignaient d´une réticence à croire en l´autre.  Mais ils sont plutôt babas cool ! En inculquant aux enfants français que “l´homme est un loup pour l´homme”, on croit les protéger, pire les armer contre le reste du monde…mais serait-on vraiment fragiles et perdus si on grandissait en apprenant que les autres c´est pas forcément l´enfer ?

Chez les Finntoks

Saucisses, sauna and sun

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À écouter

À lire

Aujourd´hui c´est le solstice d´été, le jour le plus long de l´année. Ici à Oulu, le soleil se couchera à 00h21 pour se lever à 2h18 ! Autant dire qu´il fera juste une ptite sieste ! D´ailleurs c´est tellement furtif qu´on n´a pas vraiment l´impression qu´il s´est couché, il règne toujours une luminosité. Cette période est assez déconcertante, même si j´ai de bons rideaux occultants, je rechigne toujours à aller me coucher quand le soleil brille encore dans ma chambre ! Ca me rappelle quand, enfants, on jouait dehors en pyjama et on ne voulait pas aller dormer tant qu´il faisait jour. En Laponie le soleil ne se couche même plus pendant 3 mois ! Je trouve ca fascinant mais ce serait tellement genial si on avait plus d´énergie qu´en hiver. J´aimerais être un panneau solaire et avoir une autonomie illimitée ! Si je pouvais dormir juste 3/4h et pouvoir profiter de cette lumière le reste du temps…faire une randonnée en forêt à 1h du matin, lézarder sur la plage dès 5h, quand il fait jour, tout est possible ! Il y a aussi un immense sentiment de sécurité, comme si la nuit apportait la menace. Je me demande s´il y a plus de crime commis dans l´obscurité. Toujours est-il que, enfant, ca m´inquiétait…je demandais à mes parents de “laisser la porte ouverte” comme si un rai de lumière pourrait me protéger des méchants. Je suis toujours plus confiante à déambuler dans une grande ville en plein jour plutôt qu´au milieu de la nuit. Ici, chez les Finntoks, j´apprends à apprivoiser la nuit, à ne pas l´associer au danger mais je vous en reparlerai en hiver ! A l´heure où je vous écris, la plupart des Finlandais désertent les villes pour le long week-end de Juhannus, la saint Jean. Ils font un grand feu et, je ne pense pas que beaucoup dansent autour comme à l´origine, mais en tout cas ils boivent autour ! La plupart ont un mökki (chalet en bois traditionnel), dès demain matin ils allumeront leur sauna, électrique ou à bois, prépareront le vihta (des branches de bouleau) avec lesquelles ils se fouetteront pour expier leur péchés ! Bon, ils ne renoncent pas non plus à tous les vices car ce week-end, le pays boit tout son saoul et même plus ! Ils se jetteront dans le lac et grilleront des kilos de saucisses. Certains préfèreront aller remuer à un festival de heavy metal où la bière coulera aussi à flots, entre deux slam, ils feront la queue pour le sauna-bus. Dimanche, tous se réveilleront avec la “crapula” (gueule de bois) et des centaines de piqûres de moustiques mais avec la satisfaction d´un week-end dignement célébré et la joie de pouvoir dire que l´été commence officiellement ! Je me souviens de mon enfance dans ce petit village de Lorraine où on célébrait aussi un certain Jean. Mes parents m´autorisaient à aller à la fête avec mes copains. On parcourait 5 km à vélo et on se mêlait à la foule au bord du lac, on admirait la flambée de l´immense bûcher, on se régalait d´un sandwich merguez-ketchup, on se moquait des anciens qui dansaient des valses, on escaladait les meules de foin et surtout on se laissait aller aux premiers émois…combien de “tu veux sortir avec moi ?” étaient murmurés ce soir-là ! Puis ensuite, au lycée je devenais groupie pour la fête de la musique, j´étais fière d´écouter les copains qui devenaient stars locales ! Avec l´âge, cette liesse s´est calmée : “tu fais quoi pour la fête de la musique ? Oh rien de special, j´ai pas envie d´aller en ville, ca finit toujours en bagarre !”. Toujours est-il que cette date a toujours été synonyme de grande liberté, d´une nuit de tous les possibles…la fête de l´été qui annonce le sable chaud, le balancement du hamac, les glaces sur le port, la peau salée qui tire, les petits-déj dans le jardin, les nuits à la belle étoile. Enfin bon, cette année, les étoiles je ne les verrai pas mais je profiterai des rayons du soleil de minuit !

Chez les Finntoks

Polie glotte – épisode 2

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Pour survivre en Finnois

Hei! : Salut ! Attention à bien aspirer le H sinon ca veut dire « non » et y a quiproquo (comme avec les Indiens qui acquiescent en tournant la tête de gauche à droite)

Ei : non Ne pas ajouter de « h », sinon ça veut dire « salut »

Kyllä : oui Moyen mnémotechnique : (pose ton) cul lààààà

Hyvää päivää! : Bonjour !   Moyen mnémotechnique : Hue va, p´pa y va

Kiitos! : Merci !  Moyen mnémotechnique : Quitte (cet) os (Médor) !

Mitä? : Quoi ? Hein ? Moyen mnémotechnique : (t´as) mis ta (cagoule)

Mitä kuuluu? : Comment ça va ? Quoi d´neuf ? Moyen mnémotechnique : (t´as) mis ta (cagoule) ? Coooooool ou ?

Hauska tutustua : Enchanté(e) ! Moyen mnémotechnique : Ah Oscar l´toutou s´tua

 

Chez les Finntoks

Polie glotte – épisode 1

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A écouter…

 

Ou à lire… Depuis peu, j’ai ajouté « finnois » sur mon cv. Je suis fière de maîtriser une langue que l´on classe dans les plus difficiles au monde et puis c´est un peu un acte politique car en grossissant le rang des presque 6 millions de finnophones, je participe à la non disparition de cette langue discrète ! Déjà que peu de gens savent situer la Finlande, alors la langue finnoise est un mystère. Cousine du hongrois et de l´estonien si ça vous parle. Contrairement à l´italien et l´espagnol que les Français peuvent imiter en ajoutant des voyelles et en parlant avec les mains, le finnois ne ressemble pas du tout au suédois, russe ou norvégien, ce serait trop facile !  En finnois, pas de prépositions, tu mets tout à la fin des mots, ça s´appelle une langue agglutinante. C´est un peu paradoxal pour un peuple qui aime tant l´espace mais bon. Ca donne donc des mots à rallonge c´est assez surprenant. Quand j´écoute la radio en Finlande, je me demande s’ils ont des ouïes pour respirer autrement que par la bouche tellement ils débitent de mots. Je ne suis pas surprise qu’ils soient fan du français si chantant ! Mais, au moins, le finnois est logique, par exemple : pour parler de la bibliothèque tu dis « endroit » et « livre » alors que « bibliothèque » franchement si tu l’as pas appris depuis tout petit ou que tu n´as pas pris l´option grec au collège, tu peux pas savoir ce que c´est. Quand tu commences à avoir un peu de vocabulaire tu peux donc vite deviner des mots. Quand en France la lettre la plus utilisée est le E, je dirais qu´ici, c´est le K. J´ai encore jamais joué au Scrabble en finnois mais j´imagine qu´on peut faire des supers scores ! La prononciation est simple aussi chaque lettre est importante. A 32 ans, je renoue avec le h ! Allez savoir pourquoi on le néglige en France. T’apprends pendant des heures à le calligraphier à l´école maternelle pour ne jamais le prononcer. C’est vraiment encourageant quand tu débutes avec le finnois, à part les trémas qui viennent pimenter les sons, tu prononces donc correctement.  Alors qu´un Finlandais qui apprend le français est regardé de travers lorsqu´il lit « lesse clientesse mangeante leuh gateuh a u ». Et puis finis les genres chez les Finntoks : verge n’est pas féminin et clitoris n’est pas masculin. Chacun est « hän ». C’est peut être pour ça que la parité est mieux respectée… Autre chose vraiment appréciable : on utilise quasiment jamais le vouvoiement. Ici, tu dis « tu » à ton voisin, ton employeur, ton beau père. Evitée la lutte des classes ! C’est une langue efficace je dirais, mais un peu rude parfois. Par exemple le « s’il te plaît » n’existe pas. Autant dire que j’étais déroutée au début. On te rabâche les oreilles toute ton enfance avec ces trois mots et maintenant tu dois l’exclure de ton vocabulaire. Heureusement, le sacro saint « merci » subsiste mais faut avouer qu´il est utilisé avec parcimonie. Le Finlandais économise sa salive, il ne tourne pas autour du pot. Ce qui pourrait passer pour de l’impolitesse est simplement de l’efficacité. Bon parfois, je regrette le « pourrais-je », le « certes » et le « si cela vous sied ». Par contre, « mes salutations distinguées » ne me manque pas du tout. Franchement, en 2018, on pourrait se contenter de « cordialement », non ? Ah oui, et aussi ils ne conjuguent pas au futur ! Serait-ce leur côté punk ? Bref, c’est très intéressant de voir comme une langue en dit long sur un pays. Si vous souhaitez savoir à quoi cela ressemble vraiment, ne loupez pas le prochain épisode !