Dites ouïe !

Aïe confianceeeeeeee

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Billet réalisé pour l’émission Du Piment Dans Le Citron de Radio Campus Rouen :

 

Emission complète à écouter sur https://soundcloud.com/user-602790540/du-piment-dans-le-citron-05-11-19-hypnose

Dites ouïe !

Joue contre joue

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A écouter

 

A lire

Lumière tamisée, des lampions scintillent, des jupes virevoltent. Je me sens comme une fée invitée à une fête dans la forêt magique. L’appréhension m’étreint en voyant tous ces couples enlacés en cadence. Je ne sais pas faire ça, je n’ai pas appris. Est-ce qu’ils voudront de moi dans leur ronde ? Je repense au documentaire Le grand bal que j’avais trouvé fascinant et effrayant car je m’étais sentie exclue de ce monde réservé à ceux qui savent lâcher prise, se laisser porter et s’accorder. Un premier homme m’invite et tout de suite je sens la peur de décevoir, l’envie de dire « je ne suis pas celle que tu crois ». Je me sens gauche dans ses bras, j’ai envie de lui plaire, d’être considérée comme une bonne partenaire de parquet. Il m’apprend, il compte les temps. Je me laisse porter en restant concentrée. Et puis, il y a les cercles, je me sens beaucoup moins jugée dans la foule. On me prend les mains tout naturellement, je me sens entraînée. J’observe les pas chorégraphiés et très vite je prends mon envol portée par l’énergie collective. Mon sourire reste accroché à mes oreilles pendant que mon corps s’élance. Je regarde tous ces gens, qu’est-ce qu’ ils sont beaux. La sueur coule dans mon dos et je me sens vivante ! Je réalise la chance que j’ai d’être en vie, d’être pleine d’énergie et d’être accompagnée dans ma gaieté. Je m’enivre des rires, des regards francs et charmants. Toute cette liesse me berce. Je trouve ça si touchant de se rencontrer en dansant, pas de conversations inutiles, c’est comme si on avait posé nos cerveaux au vestiaire pour laisser la place au langage corporel. Je me sens ballottée comme dans une tempête confortable, celle où on sent qu’il n’y aura pas de naufrage, ni de blessés. Je jubile de partager cette joie intense d’être là, juste ça, sans aucun objectif productif et quantifiable. On se croirait au bal masqué, derrière les barbes et les rides, je vois les gamins que nous étions. Comme dans la cour de récré, on se cherche, on crie, on se court après et on tape des pieds. Ici, tout semble autorisé. En l’espace de quelques heures, j’ai croisé tant de regards que j’ai l’impression d’avoir voyagé autour du monde et plus loin encore. J’ai serré des mains chaudes, des moites, des fermes, des timides et je suis touchée qu’une telle diversité puisse vibrer à l’unisson. C’est comme si nos cœurs s’accordaient pour amplifier les pulsations de la Terre. Sans hésitation, je me mêle à cet orchestre mouvant. Je n’ai plus peur de me tromper. Les mots de mazurka, gavotte, bourrée, valse glissent sur moi. Je m’intéresse surtout à ce qu’ils créent. Partout, c’est  l’amour que je vois briller. Tous ensemble, on ne fait qu’un. C’est déjà l’heure de la dernière danse et du chœur se détachent des duos. J’offre ma confiance à l’inconnu qui me prend la main. J’autorise mon corps à se rapprocher et à être entouré. Je lâche prise sur mes envies de tout contrôler, danseuse n’est pas nécessairement meneuse. J’accepte l’intimité et la lenteur quand il s’agit d’être à deux, je contacte ma douceur et tout mon être est à l’écoute de mon partenaire pour honorer l’œuvre des musiciens. Quand tout s’arrête, je me sens ivre sans avoir bu une goutte d’alcool, je suis shootée à l’euphorie. Alors je titube jusqu’à mon lit, les étoiles tournent, ma peau palpite…je m’endors en fredonnant « c’est beau la vie ».

Dites ouïe !

Vive la France !

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A écouter

 

A lire

J’ai envie de vous parler de Polo… On commence à bien se connaître tous les deux, ça fait des années qu’on se côtoie. Fidèle et réglo, je sais que je peux compter sur lui. Je sais aussi qu’il faut pas déconner, il t’explique les règles du jeu : chaque fin de mois, je dois pointer et j’ai juré de pas rester les bras croisés sur mon canapé. Il me permet même de partir en vacances, comme les autres Français, 30 jours par an je peux partir bronzer ! Des fois, je le sens s’éloigner comme s’il m’oubliait, je ne le prends pas mal, au contraire, je me dis qu’il a beaucoup de chats à caresser. Et puis même overbooké, chaque mois il pense à mon virement. J’ai saisi les règles du jeu : si je bosse, j’ai droit à un cadeau, c’est du troc en fait. Et puis il y a Cafrine aussi, c’est un peu comme une maman poule, elle me file des sous pour mon loyer et quand Polo a tout donné, elle prend le relais. J’ai failli oublier Séculine, une sacrée copine. C’est ma couverture de survie, dès que j’ai un pet de travers, que je sens l’angoisse poindre, elle arrive et prend tout en charge. Elle a des tas de pilules colorées brodées à l’intérieur de sa cape et si je me sens très très mal, elle m’amène dans des endroits où on s’occupe de moi et tout ça GRATOS…c’est dingue ! J’ai souvent entendu « tu vis pas au pays des Bisounours ! » et j’ai jamais bien compris parce qu’avec tous ces amis, qu’est-ce que je me sens bien câlinée ! Grâce à eux, j’ai le loisir de raconter ma vie, ma cousine peut faire grandir son bébé dans son ventre en toute sérénité, mes voisins dorment au chaud. Il paraît qu’il y a des pays où il faut se débrouiller : si t’as pas d’argent, t’es moins que le néant. J’y crois pas. Comment peut-on supporter une vie sans sa cure thermale annuelle subventionnée ? Y a même des gens qui décident de tout quitter : leur maison, leurs terres, leurs amis, leur famille, ils entassent leurs souvenirs dans une minuscule valise et parcourent des kilomètres pour venir chez nous. Franchement, chapeau ! C’est bien un signe que notre pays est formidable. On devrait se sentir flattés et les remercier tous ces migrants de tant aimer notre douce France. La semaine dernière, dans la rue, un homme m’a tendu la main, il voulait s’acheter un pain au chocolat pour son ptit déj. J’ai trouvé qu’il abusait… « une chocolatine ? Et pourquoi pas un Paris-Brest pendant qu’on y est ! ». J’ai toujours refusé de donner de l’argent aux mendiants en retenant ce que j’avais entendu dans mon enfance : « on sait jamais s’ils vont s’acheter de l’alcool ou de la drogue ». J’ai fait un rapide inventaire de mon sac et je lui ai proposé une galette de riz complet. J’ai été offusquée qu’il refuse puis j’ai passé mon chemin. J’ai parcouru quelques mètres, je me sentais agacée alors je suis revenue sur mes pas et je lui ai donné 1€ en lui disant que j’avais changé d’avis. C’est fou comme en l’espace de quelques secondes, je m’étais transformée en prout-ma-chère alors que 20 minutes plus tôt je faisais du stop au bord de la route. L’hôpital qui se fout de la charité ! J’avais eu le culot de mépriser cet homme parce qu’il avait eu l’honnêteté de formuler une demande précise. C’est pas parce qu’il est marginal qu’il doit se contenter d’un en-cas qui ressemble à du polystyrène… Avec les milliers d’euros que ma chère patrie m’a versée depuis des années, c’est le moins que je puisse faire. J’aurais envie de détourner la maladresse de Marie-Antoinette et de distribuer une bonne brioche sortant du four à tous ceux qui réclament un petit morceau de pain. Bref, je remercie cet homme qui m’a permis de me remettre en place. Tout circule. On me rend service et j’aide à mon tour. La vie est faite d’échanges. Des fois, je rencontre des gens qui disent qu’on vit dans un « pays d’ assistés » en parlant de l’Hexagone et ils refusent de côtoyer Polo, Cafrine et Séculine comme si c’étaient des galeux. Ils me toise depuis leur trône de l’Indépendance comme si c’était grâce à eux que je me fabrique une vie paisible. C’est juste que moi j’accepte les cadeaux quand il y en a. Si un jour il n’y a plus de cadeau, je n’irai pas bouder dans mon coin en braillant à la trahison, je m’adapterai et ça se passera très bien. J’entends déjà les « si tout le monde profitait, on serait mal barrés ! » et je leur rétorque « on ne sait pas, on n’a jamais essayé. Chiche ?! ». Certains ont peur d’une éventuelle punition divine s’ils croquent la pomme qu’on leur tend. Comme si on n’ avait pas le droit au bien-être. Ça me fait penser à ces parents qui minimisent leur amour pour leurs enfants pour que ces derniers s’habituent à « notre monde si cruel ». C’est justement en ouvrant nos cœurs, en lâchant prise sur nos peurs qu’on se sentira confiant et courageux. Je suis convaincue que si chaque Français consacre son énergie à accepter sa situation voire, si j’ose (!), à se réjouir, Séculine fera des économies et se concertera avec Polo et Cafrine pour mieux distribuer les cadeaux ! Comme ça, il y en aura pour tout le monde, plus de jaloux, et tous ensemble on criera « Vive la France ! ». Sans plus attendre, je prends conscience de la chance que j’ai d’être née dans ce beau pays riche et généreux et je rugis de plaisir !

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Dans ta Benz Benz Benz

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A écouter

A lire

J’avais rarement osé peut-être trop influencée par les discours catastrophistes genre « t’es dingue, tu peux tomber sur un taré ! » et aujourd’hui, j’envoie valser les préjugés. Même pas peur. Je me poste au bord de la route et je tends le pouce. C’est drôle comme brandir un doigt peut être compris de tous sans parler la même langue alors qu’on a parfois beaucoup de mal à communiquer avec des mots. Ça me conforte dans l’idée d’apprendre la langue des signes. Pas besoin de gesticuler, de me mettre en travers de la route, de me transformer en femme-sandwich, je trouve ça même classe comme geste, discret et efficace. Devant le défilé des voitures, je m’imagine dans l’arène graciant de beaux gladiateurs ! Mais revenons en 2019, sur le bitume. Le stop, c’est un excellent moyen pour apprendre à demander et surtout à accepter le refus. Il y a quelques mois, j’aurais très mal pris le fait que toutes ces voitures ne s’arrêtent pas pour moi. Je leur en aurais voulu, les traitant de cons, d’individualistes, j’aurais pu m’en vouloir aussi « qu’est-ce que je fous là ? Franchement la honte d’être sur le bord de la route comme une clocharde ! ». Aujourd’hui, droite dans mes chaussures de rando, je souris à tous ces gens qui passent. J’ai envie de prendre le temps, je fais confiance à l’imprévu. Même si la pluie commence à tomber, je sais que quelqu’un va s’arrêter. En attendant, j’observe le ballet des automobilistes et je m’amuse de leurs réactions. Certains haussent les épaules avec un sourire en coin comme pour s’excuser de ne pas accepter, d’autres regardent droit devant comme si je les menaçais, c’est comme s’ils avaient peur de mon pouce tendu alors qu’ils en balancent à longueur de journée sur Facebook. C’est comme si les félicitais d’ailleurs. D’autres agitent les bras pour me montrer qu’ils rentrent chez eux à 200 m, certains ont l’air sincèrement désolés en me désignant la voiture pleine. En quelques secondes, on crée déjà une relation et ça me plaît. Je ne leur en veux pas de continuer leur chemin sans moi, ça m’apprend la patience et la foi. Je m’imagine bien installée dans une voiture pour provoquer ma chance. Ça me plaît de me dire que ma demande muette est aussi une invitation, une invitation à se questionner « est-ce que j’ai envie de faire monter cette inconnue dans ma voiture ? », une invitation à prendre du recul sur ses peurs et ses principes « je ne suis pas l’arche de Noé, elle peut pas s’acheter une voiture, encore une assistée !». Une invitation à se montrer généreux, à partager la solitude d’un trajet, à se raconter. C’est ça qui me plaît, le stop c’est un échange. Quand j’attends longtemps, je commence à me questionner « est-ce que mon sourire a l’air forcé ? J’aurai du m’attacher les cheveux pour paraître moins bohème ! Est-ce que j’aurais du partir à une heure plus propice aux passages ? ». Et puis justement, quand mon mental sceptique et angoissé se met à ruminer, une voiture met son clignotant. Je saisis mon sac à dos et m’élance vers la vitre ouverte côté passager. J’annonce ma destination et me réjouis qu’on s’y rende aussi. C’est un pur plaisir de me glisser dans l’habitacle. Ils n’hésitent pas à déplacer leurs affaires pour me laisser m’asseoir : un tas de dossiers pour la réunion, les provisions fraîchement achetées, certains osent même éloigner leur précieux sac à main sur le siège arrière. Une fois, j’ai même pris la place du levain d’un boulanger qui partait pétrir son pain, j’étais honorée de voyager dans le même espace que cette préparation magique ! J’ai l’impression de savourer encore plus ce confort qui m’est offert gracieusement. Parfois, les gens s’excusent du bazar dans leur voiture, du chien qui me renifle ou de la fumée de cigarette et je suis pleine de gratitude. Je suis touchée qu’ils m’ouvrent la portière de leur intimité même pour quelques minutes. Parce qu’une voiture, c’est un espace particulier, confiné. Il n’y a pas de meuble entre nous, seul un petit frein à main délimite nos territoires respectifs, on se toucherait presque. En m’acceptant dans leur voiture spontanément, tous ces gens m’autorisent à découvrir leur univers : les papiers de bonbons froissés dans le cendrier, des gris gris qui pendent au rétroviseur. C’est fascinant de rencontrer des gens si différents, un jour avec un paysan, une chanteuse lyrique, une communauté internationale de hippies, un couple de hollandais fortunés, un tatoué au grand cœur, des quinquagénaire rangés, un chasseur. Je me sens toute petite dans une berline neuve qui sent le cuir, je suis bringuebalée dans une 4L, j’apprécie l’espace d’un camping car. Ce choix de déplacement m’ouvrent les portes d’univers que je n’aurais pas fréquentés, ça m’apprend à dépasser les clichés. J’aime accéder à un bout de quotidien de toutes ces personnes, je suis surprise que la plupart se livre, peut-être que le fait de regarder dans la même direction aide mieux à se dévoiler ou alors c’est le caractère éphémère de notre rencontre qui désinhibe. Certains sont nostalgiques car ils ont aussi voyagé en stop à une époque, d’autres n’ont jamais osé mais ils « prennent régulièrement », d’autres se sont arrêtés sans savoir pourquoi. Je les écoute me parler de leurs passions, de leur amour pour la région, de l’histoire des paysages que l’on traversent. Ensemble, on est en mouvement et pourtant le temps se suspend. Beaucoup font des détours pour me rapprocher de ma ligne d’arrivée. Je reprends confiance en l’humanité : oui il y a de la solidarité, oui on peut encore se rencontrer en toute simplicité. J’arrive à destination et malgré l’envie de prolonger cet instant privilégié, il est temps de se quitter. Je les salue chaleureusement et je descends de la voiture sans regret, je sais que d’autres rencontres m’attendent au prochain carrefour…

Merci à Michèle, Guillaume, Yves, Eric, Michel, Sylvie, Claude, Sophie et Jean-François, Frank, Marc et Christophe, Marcel, Paulette, Tony, Vanessa, Marylou, Wilfried, Romain, Bouchar, Pierre et tous les autres qui ont accepté de m’ouvrir la portière de leur intimité et m’ont aidée à voyager.

 Merci aussi à tous ceux qui continuent à tendre le pouce et à ceux qui acceptent de lever le pied !

Dites ouïe !

Hypercalifragilisticexpialidocious

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A écouter

 

A lire

On m’a dit l’année dernière que je suis  hypersensible, j’avais déjà entendu douillette, délicate et là je découvrais qu’il existe un terme dépourvu de jugement pour ce que je ressens ! J’ai même entendu parlé d’associations, il y a des articles sur le sujet et j’ai des amies qui travaillent particulièrement avec cette catégories de gens. Quand j’ai su ça j’ai été partagé entre le soulagement d’appartenir à un groupe et la déception d’être banale. C’est vrai qu’ « hyper-quelque chose » ça envoie ! Quand j’étais plus jeune, je disais beaucoup vachement. Je connaissais hyper pour ces endroits gigantesques où on peut passer la journée à faire ses courses. Hypermarché ça sonne encore mieux que super, avant j’avais à choisir parmi des centaines d’articles et maintenant j’ai accès à plus des milliers de denrées et objets. Quelle aubaine !  Ceci dit, pour tous ces nouveaux adjectifs, je sens une petite note négative, les dicos citent l’excès et l’exagération. C’est vrai que je clame haut et fort que je veux vivre des expériences et des relations intenses. Parfois, je me qualifie d’hyperactive, c’est vrai qu’il y a des jours où j’enchaîne les actions et je m’étonne de mon efficacité. Ou alors, j’ai du mal à tenir en place plus de quinze minutes, j’ouvre 8 onglets à la fois, j’entame 2 romans, 1 essai et 1 BD en même temps, en me levant de mon bureau pour aller aux wc, je range le linge, je lis un sms, je me fais un thé, je reviens m’asseoir et j’ai oublié de vider ma vessie.  On pourrait dire hyper dispersée ou hyper déconcentrée. Et puis récemment, j’ai lu que je suis hyperphage. Je dévore sans réussir à m’arrêter, je me vois faire, je sais que c’est pas très sain (même si c’est de la purée d’amandes bio sans sucres ajoutés), je me sens honteuse de ne pas parvenir à me contrôler et je continue jusqu’à ce que mon estomac tire la sonnette d’alarme. J’ai l’impression d’être une diligence avec un cocher complètement inconscient qui s’élance sur les pavés alors qu’il y a une petite chose très fragile à l’intérieur. Encore une fois, quand j’ai lu qu’il y avait un terme pour ça et donc d’autres gens comme moi, j’ai ressenti un soulagement. Comme si la catégorisation diminuait la tare. J’ai dit à mon thérapeute : « je fais de l’hyperphagie » avec le sourire en coin comme si mettre un mot dessus allait me guérir. C’est comme tous ces hypocondriaques qui revivent quand ils entendent les noms de leurs maux. Ça les rassure de pouvoir dire à la cantonade : j’ai une aplasie médullaire. Et ils peuvent même ajouter : « c’est hyper rare » ! Même si j’ai collé une étiquette sur mon comportement, je ne me sens pas mieux. On me dit hyper alors que parfois je me sens plutôt micro. Bon je comprends, on est des milliards, c’est plus facile de classifier, de faire des wikipédia des êtres humains comme ça les docteurs peuvent aller plus vite et c’est plus pratique pour les développeurs d’algorithmes. Tout ce trop me pèse. J’ai besoin de sobriété, solitude, silence. La profusion de produits sur les étals, l’effervescence culturelle, l’ultra confort me fatiguent. Ces derniers temps, je me prends pour une ogresse, je fais des achats compulsifs alors que je me plains de l’accumulation d’objets chez moi, je reste de longues minutes sous la douche brûlante comme si le pommeau pouvait compenser toutes mes larmes bloquées. Tout ça pour combler le vide en moi. Ça fait des mois (voire des années) que ça dure et je réalise que ça ne me fait pas du bien. J’alimente un insatiable mal tapi en moi, j’oublie de me respecter et je cause du tort à la planète en épuisant égoïstement ses ressources. Alors, c’est décidé, JE PARS MARCHER. Cet appel du chemin me titille depuis des années et je sens que c’est le moment. Je coupe le moteur.  La maîtresse a rangé son maillot d’bain et moi je fais l’école buissonnière. Ça me plait de partir à l’heure où des milliers de gens, après la torpeur estivale, reprennent un rythme effréné. Je me réjouis d’aller rejoindre les arbres et les rivières.  Il est temps de choisir, tout ne rentrera pas alors je renonce à la crème de jour, l’après-shampoing anti-pelliculaire, le masque peau grasse, l’huile tonifiante, les ampoules de magnésium, les gouttes « nuits paisibles ». Je m’en remets au soleil, au vent et à la pluie pour me purifier. J’oublie le fromage et le vin rouge et je m’interroge vraiment : « qu’est-ce qui sera essentiel au bon fonctionnement de mon corps ? ». Je me sens déjà mieux. C’est en foulant le sol que je choisis de démêler les nœuds qui m’étranglent. Il y a 32 ans, je me dressais pour découvrir le monde, j’y retourne. Un pas après l’autre en conscience pour tenir debout.

Sur la route parapampampam
Petit Odré s’en va parapampampam
Elle sent son coeur qui bat parapampampam
Au rythme de ses pas parapampampam
Rapampampam, rapampampam
Oh! petite Odré pamrapampam,
Où vas-tu?
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5 semaines par an

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A écouter

A lire

J’entends les gens évoquer leur proche départ en vacances. Certains ont 2, 3 voire 4 semaines et je sens la jubilation dans les yeux. Moi je leur réponds que je travaille tout l’été et j’ai droit à des mines compatissantes : « ça va aller quand même? ». Alors je m’interroge… Effectivement, est-ce que je vais supporter d’être dans un magasin climatisé pendant que mes congénères sont sur la plage de Saint Jean de Luz, en rando dans le Mercantour ou dans les pubs irlandais ? C’est vrai que ça fait rêver, rien qu’en entendant les clients, j’ai un catalogue d’agence de voyage. Alors justement, si j’avais moi aussi plusieurs semaines à poser, ce serait difficile de choisir. Et puis, je sens que pour certains, il ne faut pas se tromper car ils attendent ça comme si leur peine carcérale arrivait à terme. Beaucoup ont tellement attendu que quand le jour béni se pointe, ils tombent malades. Une grippe fulgurante comme ça, en pleine canicule. Alors ils stressent : « c’est pas malin d’être malade pendant mes congés avec tout ce que j’ai prévu. ». Moi je suis bien à bosser, j’opte pour le temps partiel et je m’offre des bouffées de vacances régulièrement. Avant, j’aurais hurlé d’être enfermée juillet et août sauf que l’insouciance estivale me gagne même en bleu de travail. Avant j’étais envieuse et maintenant quand ma collègue m’annonce son menu, je me réjouis pour elle et je me plais à m’imaginer à sa place. Au milieu des têtes de gondoles, je rêve de Venise et ça me galvanise ! Je ressens la chaleur et j’entends la musique de Puccini. J’ouvre les yeux et je ris en réalisant que je me tiens face au rayon lasagnes. Cet été, je décide d’aller travailler à vélo, ça change. Je sens le vent dans mes cheveux, je lâche le guidon et je me sens libre comme l’air. Un peu comme en vacances… Et puis, un soir de semaine, je m’offre une escapade dans la nature, je prépare mon paquetage. A 3km de chez moi, je plante mon campement éphémère, je dîne à la belle étoile, le temps se suspend. Demain, je retournerai travailler et là, tout de suite, je suis en congé ! Il y a quelques années, je me cantonnais au boulot/dodo et cet été, j’innove. Six heures sur un tapis de sol me rendent plus joyeuse que 9h sur mon matelas mémoire de forme. Je suis heureuse de découvrir la souplesse et l’évasion à quelques coups de pédale. Un matin, je me lève une heure plus tôt et je prends un petit déjeuner gargantuesque dans le jardin. Toute seule pendant que le quartier est encore endormi, pieds nus dans la rosée. Ce midi, j’évite la cantine et je pars pique-niquer au bord du canal. Je sors du bureau à 19h et je m’offre un cornet menthe/chocolat en envoyant valser les idées reçues ! Les vacances, j’ai pas envie de les comptabiliser comme quand j’étais enfant « plus que 5 dodos ». Je me souviens de ce temps où, pendant mes journées de salariée, j’organisais fiévreusement mes congés. Une fois « libérée, délivrée », je partais loin pour oublier, j’évitais le sujet tabou et des semaines après, je reprenais le boulot des larmes au fond de la gorge. Certains rapportaient du sable dans leurs chaussures et moi, c’était des galets dans le creux du ventre. A cette époque, j’utilisais beaucoup le mot « vivement » et « j’ai hâte » comme s’il fallait fuir le moment présent. Aujourd’hui, j’ai envie que chaque jour soit agréable même celui où il pleut, même celui où je tombe en panne, même celui où on se dispute. La vie est faite d’une multitude d’instants et je décide que la majeure partie soit positive. Pour moi les vacances c’est pas 5 semaines de congé par an, c’est plutôt 5 fois par jour. Je réévalue mes exigences et je prends ce qui est à portée de main. Ça veut dire quoi pour moi « être en vacances ? » : prendre le temps de la lenteur, de la surprise, de l’émerveillement, de l’exaltation. Et puis, ce qui est bien quand tout le monde est en congés, c’est le calme. J’apprécie que les voitures aient déserté la ville, ça me plaît d’être de ceux qui restent. Vivement maintenant !

Dites ouïe !

Passe-moi les sardines

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Rien de tel qu’un séjour au camping pour déconnecter. Ici ça respire la joie de vivre et la nonchalance. Y a même des mecs qui sifflotent en faisant la vaisselle, je suis sûre que c’est pas la même dans leur pavillon de Douai. Chacun fait son trou, installe son campement pour se recréer un cocon pour quelques jours ou plusieurs semaines. Certains restent même des mois, ils ont des jardinières et une antenne télé. Ici chacun met ses lubies vestimentaires de côté, on se promène en pyjama, shorts et tongs règnent. Les coincés du caca se dévergondent et se promènent le rouleau de papier toilette à la main. On vit au rythme des roucoulements des tourterelles, des va-et-vient des vagues, des ronflements du voisin. Eh oui, parce que le camping c’est aussi la promiscuité mais curieusement, les gens se supportent plus que dans leur HLM. Est ce que c’est d’être au contact de la nature qui les apaise ? Vue du ciel on doit ressembler au fameux village des irréductibles gaulois, y a même le barde qui fait des prouesses à la soirée années 80. En général, les gens sont détendus, jouent à toutes sortes de jeux extérieurs, boivent l’apéro pendant des heures affalés sur leur salon de jardin en plastique pendant que les mômes jouissent d’une liberté sans entraves. Cabanes pour les uns, canons pour les autres. On reste sur la plage alors que le soleil est bien bas, certains s’attardent dans les rouleaux comme si tout ça aura disparu demain. Le temps est un peu arrêté au camping. On enlève nos montres, le réseau est mauvais et donc on regarde plus à l’horizon. Ici pas d’écran à part le total qu’on s’étale malgré les nuages bretons. D’ailleurs, il faut s’occuper pour les jours de pluie car par contre,  le camping mouillé, c’est moins marrant. Les possibilités sont restreintes : un tour à Décath ou à l’aquarium du coin et pour les plus téméraires, ceux qui disent « en Bretagne, il pleut que sur les cons », il y a pêche aux coques avec bottes et ciré, d’autres optent pour un Monopoly dans la caravane. Les plus précaires en tente prennent leur mal en patience, supportent vêtements trempés et duvets frais et partent pédaler dans la bruine en positivant : « en Bretagne, il fait beau plusieurs fois par jour ». Et lui, il se tient toujours là, fier, malgré les milliers de pieds qui l’arpentent, le cap Fréhel résiste. La roche rose contraste avec le turquoise de la mer et les falaises de granit se dressent imperturbables. Les décorateurs de Games of Thrones jubileraient. Et ce phare si fidèle et bienveillant avec son faisceau qui guide des tas d’âmes à la dérive. Pendant les vacances au camping, les écorchés reprennent leur souffle, trouvent du réconfort dans une crêpe caramel au beurre salé, vivent au rythme du soleil, et prennent le temps de contempler les étoiles. Ouf…