Ondes sensibles

Ça

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A écouter

 

A lire

Quand j’étais gamine, parmi de nombreux surnoms, on m’a donné Bozo le clown parce que j’avais les cheveux crépus. Même si j’adorais me donner en spectacle, je le prenais plutôt mal. En plus, je détestais les clowns, j’en avais peur. Il y avait celui du roman de Stephen King qui agrippait les jambes des passants à travers les bouches de métro et puis toutes ces marionnettes désarticulées avec leurs visages de porcelaine qui me fixaient et me glaçaient le sang. Cher patron de McDonald´s, pourquoi avoir choisi un personnage si tendancieux pour attirer les petits enfants à toi ? Avoir le nez rouge, pour moi c’était carrément nul car j’avais souvent entendu des mères dire méchamment à leur fils « arrête de faire le clown » et parfois face à mes blagues, on me rétorque ironiquement « euh, t’as mangé un clown ?! ». Pourtant, j’ai décidé de faire un stage pour en devenir une. En cinq jours, j’ai réalisé qu’il y en avait toujours eu et que c’était vraiment bien de le réveiller. J’avais quelques a priori, je me demandais si j’allais porter des pantalons bouffants avec des chaussures péniches et devoir faire des galipettes avec la panoplie trompette et confettis. Je pense aussi aux clowns tristes ou déjantés comme le Joker et Beetlejuice. Bref, c’est avec beaucoup de curiosité et d’excitation que je me suis inscrite. Quand j’en ai parlé à certaines personnes, on m’a tout de suite parlé des clowns à l’hôpital comme potentielle poursuite. Moi j’y allais d’abord pour m’amuser et découvrir sans recherche de rentabilité. Ça a tout de suite été une révélation. Comme si je m’élançais du trapèze, je me suis sentie réceptionnée par des gens accueillants et vrais. On a fait jaillir l’enfant en nous et chacun avait sa place légitime. Aucun sarcasme ou moquerie, juste de l’admiration et de l’inspiration. C’était vraiment dingue de pouvoir se retrouver avec d’autres fêlés et de diffuser notre lumière, comme si nos failles nous servaient de projecteurs. Je me suis retrouvée avec des gens bien sous tous rapports : prof, informaticien, bibliothécaire, des personnes qui ont des responsabilités, des enfants et qui osent se travestir, se mettre à nu pour se faire du bien. On était guidé par une maîtresse délirante qui nous bien-veillait, pas de réprimandes, que des encouragements : « laisse pétiller les bulles de champagne dans ton corps », « paie toi ce luxe », le mot PLAISIR résonnait dans tout l’espace et servi à toutes les sauces. Tous les jours, on avait droit à plusieurs boums ! Quand on n’était pas en récré, c’était les vacances. Le plus important était de penser à RESPIRER et de se rappeler que « c’est pas grave » comme disent les enfants. Enfin une opportunité d’être complètement soi et de kiffer. J’avais vraiment sous estimé l’aspect thérapeutique d’une telle aventure, j’ai pleuré et ri comme jamais et parfois pour pas grand chose en apparence, juste parce que j’en avais besoin. J’ai pas essayé de décortiquer, j’ai laissé couler et je me suis baignée dans toutes ces émotions. La vie galopait en moi. J’ai joué à être conférencière scientifique, Liza Minnelli, rappeur du Bronx, petit rat de l’opéra, accro à Excel, guérisseuse chamanique et ma mère aussi. Je me suis même offert d’être interprète de Jan Fabre. Mon corps exultait. Enfin cet espace où je pouvais faire mon show sans être interrompue, sans avoir à quémander : « j’aimerais parler, j’aimerais parler, j’aimerais parler » ! J’ai senti une réelle écoute de mes pairs, personne n’a essayé de voler la vedette à l’autre. Tout ça parce qu’on avait droit d’être authentiquement nous. Au lieu de triturer nos blessures dans notre coin, on pouvait les exposer en chantant. Toutes les facettes de ma personnalité ont pu briller : Caliméro, la folle de Chaillot, Wonder Woman, Hitler, la Castafiore…ils étaient tous invités à la fête sans distinction, aucun n’a été blacklisté ! Et puis le plus important qui a pu s’exprimer c’est le ça en moi…cette chose difforme, cette boule monstrueuse qui bave, meugle, tressaute et vomit des insanités. Je l’ai autorisée à entrer dans la lumière et à s’exprimer devant des témoins. Malgré les artifices et le fard, j’ai montré ma nature brute et j’ai été soulagée que les spectateurs soient attendris plutôt que dégoûtés. Cette expérience a été jouissive car même si « c’était pour de faux », j’ai dévoilé qui je suis. J’ai pu orchestrer les retrouvailles de tous mes MOIs. J’aurais voulu être une artiste et vivre ça tous les jours ! J’avoue que le retour à la réalité est un peu abrupt, les conversations météorologiques et les complaintes du Français moyen contaminent presque mon enthousiasme débordant. Alors je ferme les yeux et je ressens les petites bulles de champagne qui circulent dans mon corps, je prends un gros sniff de poudre de perlimpinpin et je cours dans les bras de la vie en jubilant !

Car ça c’est vraiment moi
Ça se sent
Oui, ça c’est vraiment moi
Ça se sent, ça se sent
Ça se sent que c’est moiC’est rien d’autre que moi
Non rien d’autre que moi

Que moi
Non rien d’autre que moi

 

 

 

Ondes sensibles

PMA quoi ?! (suite et fin)

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On prend constamment des décisions. Est-ce que je tourne à gauche ou je continue, est-ce que j’accepte ce dîner ? Pâtes ou riz ? Vert ou jaune ? Il y en a certaines beaucoup plus difficiles à prendre que d’autres. Il y a tout juste un an je décidais de changer de vie, un gros package plein de décisions douloureuses…renoncer, déménager, annuler, quitter. Comme c’était un revirement très intense, je pensais être un peu tranquille avec les verdicts. Il y en a une que je cachais sous le tapis, ça faisait un tas, c’était flagrant mais je me disais que ça pouvait attendre. Jusqu’à ce que je me prenne les pieds dedans et que je tombe…une fois et puis d’autres encore. Je pouvais choisir de le contourner pour traverser la pièce mais l’habitude me faisait marcher dessus. J’aurais pu l’enlever mais c’était exposer à la lumière cette chose énorme pas gérée. On dit que le temps panse les plaies, qu’on finit par oublier… Je réalise que si on ne traite pas une difficulté rapidement, elle ne disparait pas. Au mieux, elle attend gentiment, au pire elle explose. Aujourd’hui, je crie un bon coup et puis j’agis. Même si La FIV c’est chic , je renonce à ces quatre embryons congelés dans cet hôpital finlandais. Même si le froid polaire conserve, il est temps de régler la question. Il y a un an et demi, ils représentaient quatre espoirs de vie c’est pourquoi c’est si difficile de les supprimer simplement, juste comme si je sortais les Mister Freeze du congél. Sûrement parce que j’ai senti leur création. Parce que pendant ce parcours de PMA, j’ai eu le temps de prendre conscience de ce qui était à l’œuvre. Peut-être plus que pendant un furtif coït… Est-ce que c’est la vulnérabilité qui me guidait ? Est-ce que notre union n’était pas juste ? Est-ce que ce n’était pas « le bon moment » ? « Peut-être », « et si »…à quoi bon. J’accueille la douleur de détruire l’espoir. J’accueille la colère d’avoir soumis mon corps ces bouleversements. J’accueille la culpabilité d’abandonner.  Les futurs parents que nous étions avons pris des chemins différents, l’amour qu’il reste entre nous n’est pas destiné à sauver ces vies. Il arrive que tout le monde ne sorte pas rescapé d’un naufrage. Je remercie ces quatre petites âmes de m’avoir donné espoir et je leur souhaite un bon voyage. Les cigognes peuvent repartir vers d’autres horizons. J’ai besoin de clarté, de m’extirper du passé ainsi je vous libère. Ne m’en veuillez pas, soyez assurés que je vous ai désirés et aimés. Je vous remercie d’avoir fait naître en moi l’urgence de m’exprimer publiquement. C’est en vous créant que je démarrais ce blog qui me galvanise laissant la parole à mon corps muselé. En voulant tant porter la vie, j’ai réveillé l’étincelle créatrice au fond de mon ventre. Grâce à vous, j’ai dansé, j’ai déclamé, j’ai parlé. Et je suis devenue maman, celle de mon enfant intérieur qui a besoin de reconnaissance et de tendresse. Je me berce, je me console, je m’écoute et un jour viendra où une autre âme d’enfant verra la lumière et viendra s’installer en mon sein douillet. Patience est la mère de toutes les vertus…

 

Épisode premier PMA quoi ?!

Ondes sensibles

Touchée, calmée

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A écouter

A lire

J’ai des souvenirs de gros chagrins calmés par une caresse sur la tempe, une peur qui s’évanouit quand ma petite main est tenue par une plus grande, un front contre mon front pour soutenir mon désespoir. J’avais l’impression que je savais m’occuper de mon corps. En vérité, j’ai passé des milliers d’heures à arracher des poils ou à percer des points noirs. Je me suis massée oui, avec de la crème anti-cellulite, j’ai beaucoup pincé mes bourrelets, remuer avec dégoût la peau qui pend de mes bras. Je saigne des gencives à force de me brosser les dents avec acharnement comme si je récurais mes WC. Et la tendresse, bordel ?! Défricher, triturer, gratter ça je sais. Aujourd’hui, j’apprends à effleurer, caresser, envelopper, respecter. Il m’arrive encore de la martyriser pour en gommer le trop, pour la rendre soyeuse comme le papier glacé des magazines alors je m’interroge sur mes gestes. J’agis en étant consciente, je la console avec mes mains aimantes. Je comprends ce que veut dire « prendre soin ». Je ne suis pas étonnée que des personnes proposent des « free hugs » dans la rue ou que d’autres s’improvisent câlineuse professionnelle. Je me suis souvent réfugiée dans les bras de ma mère, un nounours ou un oreiller contre mon ventre m’ont parfois apaisée. De la chaleur, de la douceur. J’ai toujours aimé le contact mais très vite je me suis heurtée aux normes qui empêchent. Quand je vivais en Finlande, je m’estimais heureuse d’être Française tant la distance entre les êtres humains est grande malgré le besoin de se réchauffer. En Espagne, je réalise que je suis encore frileuse. La bise que je pratique quotidiennement paraît insipide, comme si nos joues se claquaient alors que plus au sud, elles s’attardent. Dans certains pays, même les hommes se tiennent par la main, les accolades sont banales. Il y a des endroits où les gens dansent pendant des heures, mêlent leur sueur sans pudeur. Je rêve de bisous sonores, de me pendre à des cous. Certains reculent et je chute, d’autres envahissent mon espace vital et je suffoque. Quelle est la bonne distance ? Tel un géomètre, je tâtonne. Je trace la cartographie de mon pays et mes frontières sont mouvantes. Un jour, je t’embrasse, un autre je me casse. Ce qui est différent c’est que je sens mieux et quand j’ose, je ressens que c’est ça dont j’ai besoin. Je veux être touchée au sens propre comme au figuré. Comme « c’est pas beau de demander », je restais seule avec mon corps qui palpitait, ne sachant que faire de cette énergie qui m’embrasait. Maintenant, je l’écoute cet amour qui bouillonne sous mon nombril, s’il n’y a personne avec qui partager, je pose une main sur mon ventre et j’accueille le va-et-vient de ma respiration, le tam-tam de ma vie. Parfois, je pars en exploration, mes cinq doigts sont mes alliés, j’entame un dialogue avec mes pores, je me rassemble. Je me sens vibrante juste en faisant attention. Pas cette attention qu’on crie aux enfants. Je suis là avec moi, je m’offre un arrêt dans le temps, un instant où sont bannies efficacité et productivité. Je souris de mon audace, je suis en connivence avec mon corps, ce moment rien que pour moi.  Et puis, il y a des jours où je me partage. J’aime tant sentir son ventre collé contre le mien, ma chair qui respire sous sa pulpe, sa barbe naissante qui me chatouille, son souffle chaud dans ma nuque. En fusion totale, je retrouve mon unicité. Ce bébé qui hurle, j’ai envie de le bercer contre mon sein pour lui rappeler que la vie peut être douce. Le petit garçon qui a peur du loup, je lui caresse le front. Je presse l’épaule de cette mère qui râle. Je prends la main de mon grand-père qui redoute la mort. On s’élance tous sur la piste de danse, on n’a plus peur les uns des autres, la sueur se mêle sans pudeur. Rapprochons-nous !

Ondes sensibles

Cabane !

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A écouter

A lire

J’ai 10 ans et demi, on est au zoo avec le centre aéré et ça arrive. La grâce tant attendue me tombe dessus : j’ai mes règles. J’ai pas vraiment le temps de comprendre ce qui m’arrive, trop occupée à dissimuler la tâche qui auréole mon pantalon. Les premières émotions sont la honte et le désarroi. Une fois à la maison, je cours dans le giron de ma mère pour lui annoncer la nouvelle, elle me félicite et me qualifie de « grande ». Wouah la classe ! La fierté de « les » avoir comme certaines de mes copines s’empare de moi. Cependant, un doute m’assaille : est-ce que en entrant dans la ronde des-filles-qui-les-ont, je dois quitter celle des filles-à-sa-maman ? Je ne m’attarde pas trop sur le sujet et j’apprécie la nouveauté. Je le clame aux femmes de ma famille comme pour signifier « jusque là, on n’était pas bien sûres, mais je suis bel et bien des vôtres ! ».  Malheureusement, cette euphorie ne dure pas longtemps, d’évènement mystérieux ça devient banal puis inconfortable. C’est trop bizarre de devoir marcher avec cette couche entre les jambes et puis, ça sent le poisson pourri. C’est ça être une fille en fleur ? Je suis fatiguée alors que je vois les garçons courir partout. Et puis, ça fait mal comme si un boulanger indélicat me pétrissait le bas du ventre. Mais on me dit : « c’est normal de souffrir, prends un Spasfon ». Et je les crois. Mais je commence à regretter sérieusement le temps où je ne saignais que quand j’avais un bobo au genou. Plus tard, ça vient bousculer mes plans : un week-end romantique, un saut à l’élastique. Et on m’accuse aussi : « t’as tes règles ou quoi ? ». Comme si j’étais coupable… Chacune utilise son vocabulaire : règles, ours, ragnagna. Mais ça sonne souvent comme un gros mot. Le truc tabou alors que ça concerne plus de la moitié de la planète quand même. Alors j’en chie tous les mois, ça dure environ dix jours. D’abord l’annonce (ce qu’on appelle communément le syndrome prémenstruel) : « oyez oyez le sang va couler et tu vas en baver ». Mes seins se mettent à gonfler. Ça excite mon ptit copain alors que moi j’ai juste envie de le baffer. Ambiance… Puis l’accomplissement : gérer les douleurs, coller une serviette, décoller, trouver une poubelle, opter pour le tampix, perdre le fil, une tâche au fond de ma nouvelle culotte. Et enfin, la décontraction, qui se fait pas trop rapide non plus, encore quelques saignements par-ci par-là histoire de ne pas oublier ce qui vient de se passer. Plus tard, c’est carrément devenu synonyme de deuil, quand on essayait de faire un bébé, chaque mois ce sang éclaboussait mes espoirs. Bref, les règles c’était chiant, c’était moche, c’était douloureux, c’était carrément nul. Aujourd’hui, je commence à accepter. Ça occupe un tiers de chaque mois depuis vingt-trois ans, soit à peu près 1 380 jours que le sang coule donc j’ai eu le temps de cogiter ! Finalement, ce sang il n’est pas pourri puisqu’il vient de mon utérus qui se préparait à accueillir un enfant, il est carrément sain même. Il paraît que certains chevaliers trempaient leur épée dans le sang menstruel avant de partir au combat ! Ce sang c’est le reflet de ma féminité. Il me susurre que je suis cyclique comme la lune. Évidemment que mon humeur change. Je me sens louve. Je prends le temps de vivre ce moment si particulier où je redeviens sauvage. Je me love sous la couette.  Ce sang c’est une autorisation à me retrouver face à moi-même. Le droit de dire « cabane ! ». Même si en vrai, j’ai toujours le droit de me regarder le nombril et de me faire du bien. C’est souvent à ce moment du mois que je le ressens plus fort. C’est maintenant que je me coule dans ma zone de confort. Emmitouflée dans un plaid, une tasse de tisane réchauffe mes mains, un bon bouquin me tient compagnie. A la société, je ne dis plus que je suis indisposée, j’explique que j’ai besoin de me ressourcer. Aux hommes, je ne dis plus « tu peux pas comprendre !», j’explique ce qui se passe en moi. Et à moi, j’arrête de dire que je suis sale, je me murmure des encouragements et des promesses. Ce que mon corps réclame, je lui donne : repos, écoute, respect, douceur. Parfois, je m’éloigne de lui alors ce sang qui coule ça me permet de ne pas l’oublier, d’en être fière même. Parfois, ça dérange « elle nous soûle elle avec ses règles, on va pas en faire tout un fromage ». Eh bien si. Moi ça me fascine comment mon Cher corps, fonctionne. Je réfléchis mieux à ce qui me permet de recueillir ce sang, j’opte pour une coupe menstruelle ou un tampon en coton bio bien plus doux que les serviettes hygiéniques pleines de produits chimiques. Et puis, je suis sûre qu’un jour le sang menstruel pourra être recyclé et utilisé à de belles fins. Je fais attention à ce que je mange aussi, même si ce bouleversement hormonal me dicte de me goinfrer, je sais que je le regretterai donc je fais une pause. Je sens que la douleur la plus insupportable n’est pas celle physiologique mais celle morale de me sentir impure, d’appartenir à un genre qui, dans certains pays, ne doit pas être touché pendant les règles. Alors oui, je suis à fleur de peau mais des mains attentionnées et aimantes seront acceptées. Je ne demande qu’à être apprivoisée. Aujourd’hui si je me cache ce n’est plus parce que j’ai honte mais pour apprécier pleinement ma nature. J’accepte d’être une FEMME et je comprends enfin qu’il ne faut pas nécessairement souffrir pour être belle…et heureuse.

 

Quand il s’écoule de moi,

Le sang tout en bas,

Je vois la vie en rouge.

Je n’ai plus le cœur lourd

Mais je suis pleine d’amour,

Et ça me fait quelque chose.

Ondes sensibles

La FIV c’est chic 

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A écouter

A lire

Un bout de temps que j’en avais pas parlé… Et en discutant avec une amie on s’est fait la réflexion que cette pratique touchait de plus en plus de nos copains. Par contre, c’est toujours murmuré, soufflé du bout des lèvres, certains ont le rouge qui montent aux joues comme s’ils avaient fait une bêtise. Moi même j’avais ressenti cette injustice : « pourquoi moi ? », cette frustration de ne pas être « comme tout le monde ». Alors, il faut savoir qu’aujourd’hui 1 couple sur 10 a besoin de la procréation médicalement assistée. Donc on n’est pas si marginaux ! J’ai raconté mon expérience dans PMA quoi ?! mais je n’avais pas parlé de l’avant. Quand on vous dit : « bon, va falloir accepter la situation et vous faire aider ». C’est vrai qu’on se doutait que quelque chose clochait car faut dire qu’on mettait vraiment du coeur à l’ouvrage si je puis dire ! Ma première réaction a été : « jamais d’la vie », « ça, c’est pas pour moi », « ils doivent se tromper », « ah ces médecins qui veulent tout contrôler »…vous voyez le tableau !? Et puis, je me suis calmée, j’ai fait une réunion avec moi-même et j’ai fini par accepter. A partir de ce moment-là, j’ai fait confiance au corps médical, j’ ai attrapé la main qu’on me tendait même si elle était recouverte de latex. Puis, j’ai regardé C’est pas sorcier sur la fécondation in vitro et ça m’a rassurée. Évidemment, ça n’a pas été Disneyland non plus, faut pas se leurrer. J’ai gratté mon tatouage « garantie sans OGM » et je me suis shootée aux hormones, j’ai jamais testé les drogues dures (jte jure papa!) mais j’imagine que c’est un peu pareil : des sniff et des piqûres. Une bonne défonce pour un ptit Alphonse. Je flottais, à la fois hyper excitée et complètement lessivée du style un paresseux en rut. Pour me motiver, j’imaginais que je m’injectais des feux d’artifices colorés et ça marchait. Le tout est de penser au sens de tout ça. D’accord, j’aurais voulu être enceinte après quelques galipettes et sans éprouvette mais au moins je pouvais arrêter de faire le poirier après chaque coït ! Faut-il s’inquiéter que tant de couples doivent consulter ? Y a-t-il une conspiration pour le contrôle des naissances ? Est-ce que les gens sont trop paniqués et ont besoin d’être accompagnés même pour niquer ? Y a matière à discussion. En attendant, j’ai des copines lesbiennes qui ont deux beaux enfants grâce à la science et plein de copains hétéros qui ont vite oublié le long parcours des infertiles en voyant leur enfant naître. Non, ce ne sont pas des bébés-robots, ils sont comme les autres. Certains disent même qu’ils sont en meilleure santé que ceux conçus naturellement, d’autres qu’ils ont été encore plus désirés. Ben ouais c’est vrai qu’en plusieurs mois voire années de PMA, on a 1 000 fois le temps de changer d’avis ! Alors, aujourd’hui, même si mon projet a évolué, j’ai envie de chanter que « la FIV , c’est chic ! » et d’encourager tous les futurs parents qui passent par là car le plus important est le désir de transmettre la vie. Bravo les copains ! Et n’oubliez pas d’écouter Radio Fiv, la radio qui détend les ovaires…

 

Ondes sensibles

I like to move it, move it

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A lire
C’est le moment de bouger. C’est drôle comme « je déménage » tient en peu de mot. Faut voir tout ce qui se cache derrière : débrancher, emballer, scotcher, porter, déballer, peser, attacher, porter, envoyer, payer, vendre, donner, jeter. C’est souvent considéré comme une corvée mais c’est aussi l’occasion de faire du tri. Je m’en tire pour 120 kg, on peut estimer que c’est une broutille mais moi j’ai plutôt l’impression d’avoir des brouettées. Direction l’aéroport, je connais bien ! J’ai du faire une bonne quinzaine de vols en 5 ans, j’en suis pas très fière. Promis, Pierre Rabhi, je vais me racheter ! Je laisse échapper des larmes comme quand on lâche du lest pour que la montgolfière prenne de la hauteur. Un dernier coup d’œil à cette terre finlandaise que je quitte. J’essaie de dormir mais ma voisine à gauche me glisse sur l’épaule. J’accepte son laisser aller, elle dort profondément elle au moins. Par contre, je sens des coups réguliers
dans mon dos, j’imagine la cousine d’Adriana Karembeu qui ne sait pas quoi faire de ses jambes ou une femme enceinte de huit mois de triplés…à vocation précoce de footballeurs. Et puis, il y a régulièrement une annonce criante qui nous indique ce qu’on survole c’est sympa mais au dessus des nuages ça nous fait une belle jambe ! Ou encore, il y a le service à bord comme ils disent avec la délicieuse tablette de chocolat au modique prix de 10€. Même en Finlande c’est 3 fois moins cher ! Et puis il y a toujours des produits étonnants genre la dernière eau de toilette Versace. Qui achète du parfum dans un avion sérieux ?! J’imagine les passagers vaporiser à tour de rôle comme chez Sephora. Sûr que ca créerait un crash olfactif. Au moins, ça compenserait les odeurs de pieds, de transpiration et de pet ! Et puis franchement je me demande qui choisit de voler en low cost, où on n’a même pas droit à un verre d’eau, et achèterait du parfum de luxe ! Bref, je peux définitivement pas dormir mais heureusement ils nous passent des vidéos plutôt sympas, des courts métrages rigolos, les classiques Tom et Jerry et même des tutos où un genre de monsieur propre nous explique comment fabriquer un crocodile avec une vieille boîte à pizzas…la brillante idée pour compenser notre taxe carbone tiens ! De la récup… C’est vraiment classe. Et puis j’ai droit à un magnifique coucher de soleil, j’ai bien fait de batailler pour le hublot. Atterrissage puis 4h d’attente à Helsinki. Les aéroports c’est vraiment des lieux curieux, genre l’univers à échelle réduite. On y parle toutes les langues, des gens en doudounes côtoient d’autres en shorts et tongs. Certains boivent des pintes pendant que d’autres errent à moitié endormis. Un temple de la consommation où tout le monde se plaint des prix exorbitants mais achète néanmoins ! Moult émotions se fondent : l’excitation du voyage, la tristesse d’une séparation, l’impatience de retrouvailles. Moi je les ressens toutes à la fois, j’ai l’impression d’avoir traversé tous les fuseaux horaires ces dernières semaines. J’arpente les couloirs pour détendre mes jambes et je glisse tel un fantôme parmi les voyageurs. Vient l’heure de se diriger vers le comptoir pour Paris : je sens la joie des jeunes couples impatients de gravir les marches de Montmartre et de faire l’amour à l’Auberge des Deux Magots. Il y a aussi les familles nombreuses euphoriques qui seront à Disneyland demain. Je me sens blasée voire agacée. Moi j’y ferai que passer, comme des centaines d’autres fois. Je suis peut être jalouse de leur réjouissance car je n’ai plus d’énergie pour m’émerveiller. Trois heures plus tard, je récupère mes bagages, à contre cœur faut l’avouer, j’aurais presque préféré qu’ils les perdent, mes cernes pèsent assez lourd déjà ! Je franchis la ligne d’arrivée et je les envie tous ceux qui ont un comité d’accueil joyeux, ceux qui se font embrasser, j’aurais même dit oui à un collier de fleurs, une horde de copains/parents qui se précipiterait pour m’empêcher de m’écrouler. Mais non personne pour moi, ceci dit, j’ai encore laisser entendre que je me débrouillerai, donc à quoi je m’attendais ? De toutes façons, j’aurai pas eu de force pour répondre aux attentes de chacun donc c’est mieux d’être seule. Allez encore quelques efforts, bientôt je pourrai dormir tout mon soûl, me réparer en rêvant, puis me réveiller toute puissante pour commencer ma nouvelle vie. Allez, allez, allez !
Ondes sensibles

Allez à « trois », tu souffles…

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3

J’ai trois ans et ma vie de fille unique vient de basculer avec l’arrivée d’une petite sœur. Toutes ces dernières années, j’ai été adorée telle une déesse, bisée, câlinée, portée, consolée, écoutée… Il est temps de laisser la place à ce beau bébé. Ceci dit, je trouve ce nouveau rôle de grande sœur très chouette. Ça me plaît de jouer à la maman. Je deviens « grande » et « responsable ». Après tout, être la seule c’était pas si marrant. Et puis, ils vont enfin tous arrêter de m´oppresser !

3 + 3

J’ai 6 ans, encore si petite mais tellement sérieuse. Pas étonnant, un grand garçon m’a volé mon enfance. Je jouais tranquillement et il a osé toucher ce qui ne lui appartenait pas. Il a franchi la limite qui me marquera à jamais. « Il ne s’est peut-être pas rendu compte, à 12 ans on est encore un enfant ». Oui et bien moi je ne le suis plus désormais, j’ai sauté des étapes, involontairement. Ni enfant, ni adulte… Je suis quoi maintenant ?

33

Une femme, je suis une femme ! J’en ai vu, bavé, testé, goûté, choisi, aimé. Je suis pleine d’expériences et de vies. Je prends la petite de trois ans dans mes bras et celle de six par la main et je leur parle. Je les embrasse, les félicite et les rassure et puis j´invite aussi l´ado complexée, la jeune fille excitée, la trentenaire névrosée et je leur dis : « regardez ce que vous êtes devenue les filles, ça valait le coup ! ». Une année de plus… Qu’est-ce que ça veut dire ? Certaines semblent si longues et ennuyeuses, et d’autres sont à elles seules une révolution qu’on prépare habituellement pendant des décennies. Je refuse d’être figée dans le temps ou dans une catégorie car j’ai tous les âges.

Le lendemain d’une nuit blanche, j’ai 78 ans.

Quand je souris pour rien, j’ai 6 mois.

Quand j’escalade l’arbre, j’ai 9 ans.

Quand je tombe amoureuse, j’ai 17 ans.

Quand je signe un crédit, j’ai 46 ans.

Quand je titube, j’ai 10 mois.

Quand je pleure la nuit, j’ai 4 ans.

Quand j´ai soif d´aventures, j´ai 21 ans.

Quand je vis intensément, c’est maintenant.