Ondes sensibles

Cabane !

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J’ai 10 ans et demi, on est au zoo avec le centre aéré et ça arrive. La grâce tant attendue me tombe dessus : j’ai mes règles. J’ai pas vraiment le temps de comprendre ce qui m’arrive, trop occupée à dissimuler la tâche qui auréole mon pantalon. Les premières émotions sont la honte et le désarroi. Une fois à la maison, je cours dans le giron de ma mère pour lui annoncer la nouvelle, elle me félicite et me qualifie de « grande ». Wouah la classe ! La fierté de « les » avoir comme certaines de mes copines s’empare de moi. Cependant, un doute m’assaille : est-ce que en entrant dans la ronde des-filles-qui-les-ont, je dois quitter celle des filles-à-sa-maman ? Je ne m’attarde pas trop sur le sujet et j’apprécie la nouveauté. Je le clame aux femmes de ma famille comme pour signifier « jusque là, on n’était pas bien sûres, mais je suis bel et bien des vôtres ! ».  Malheureusement, cette euphorie ne dure pas longtemps, d’évènement mystérieux ça devient banal puis inconfortable. C’est trop bizarre de devoir marcher avec cette couche entre les jambes et puis, ça sent le poisson pourri. C’est ça être une fille en fleur ? Je suis fatiguée alors que je vois les garçons courir partout. Et puis, ça fait mal comme si un boulanger indélicat me pétrissait le bas du ventre. Mais on me dit : « c’est normal de souffrir, prends un Spasfon ». Et je les crois. Mais je commence à regretter sérieusement le temps où je ne saignais que quand j’avais un bobo au genou. Plus tard, ça vient bousculer mes plans : un week-end romantique, un saut à l’élastique. Et on m’accuse aussi : « t’as tes règles ou quoi ? ». Comme si j’étais coupable… Chacune utilise son vocabulaire : règles, ours, ragnagna. Mais ça sonne souvent comme un gros mot. Le truc tabou alors que ça concerne plus de la moitié de la planète quand même. Alors j’en chie tous les mois, ça dure environ dix jours. D’abord l’annonce (ce qu’on appelle communément le syndrome prémenstruel) : « oyez oyez le sang va couler et tu vas en baver ». Mes seins se mettent à gonfler. Ça excite mon ptit copain alors que moi j’ai juste envie de le baffer. Ambiance… Puis l’accomplissement : gérer les douleurs, coller une serviette, décoller, trouver une poubelle, opter pour le tampix, perdre le fil, une tâche au fond de ma nouvelle culotte. Et enfin, la décontraction, qui se fait pas trop rapide non plus, encore quelques saignements par-ci par-là histoire de ne pas oublier ce qui vient de se passer. Plus tard, c’est carrément devenu synonyme de deuil, quand on essayait de faire un bébé, chaque mois ce sang éclaboussait mes espoirs. Bref, les règles c’était chiant, c’était moche, c’était douloureux, c’était carrément nul. Aujourd’hui, je commence à accepter. Ça occupe un tiers de chaque mois depuis vingt-trois ans, soit à peu près 1 380 jours que le sang coule donc j’ai eu le temps de cogiter ! Finalement, ce sang il n’est pas pourri puisqu’il vient de mon utérus qui se préparait à accueillir un enfant, il est carrément sain même. Il paraît que certains chevaliers trempaient leur épée dans le sang menstruel avant de partir au combat ! Ce sang c’est le reflet de ma féminité. Il me susurre que je suis cyclique comme la lune. Évidemment que mon humeur change. Je me sens louve. Je prends le temps de vivre ce moment si particulier où je redeviens sauvage. Je me love sous la couette.  Ce sang c’est une autorisation à me retrouver face à moi-même. Le droit de dire « cabane ! ». Même si en vrai, j’ai toujours le droit de me regarder le nombril et de me faire du bien. C’est souvent à ce moment du mois que je le ressens plus fort. C’est maintenant que je me coule dans ma zone de confort. Emmitouflée dans un plaid, une tasse de tisane réchauffe mes mains, un bon bouquin me tient compagnie. A la société, je ne dis plus que je suis indisposée, j’explique que j’ai besoin de me ressourcer. Aux hommes, je ne dis plus « tu peux pas comprendre !», j’explique ce qui se passe en moi. Et à moi, j’arrête de dire que je suis sale, je me murmure des encouragements et des promesses. Ce que mon corps réclame, je lui donne : repos, écoute, respect, douceur. Parfois, je m’éloigne de lui alors ce sang qui coule ça me permet de ne pas l’oublier, d’en être fière même. Parfois, ça dérange « elle nous soûle elle avec ses règles, on va pas en faire tout un fromage ». Eh bien si. Moi ça me fascine comment mon Cher corps, fonctionne. Je réfléchis mieux à ce qui me permet de recueillir ce sang, j’opte pour une coupe menstruelle ou un tampon en coton bio bien plus doux que les serviettes hygiéniques pleines de produits chimiques. Et puis, je suis sûre qu’un jour le sang menstruel pourra être recyclé et utilisé à de belles fins. Je fais attention à ce que je mange aussi, même si ce bouleversement hormonal me dicte de me goinfrer, je sais que je le regretterai donc je fais une pause. Je sens que la douleur la plus insupportable n’est pas celle physiologique mais celle morale de me sentir impure, d’appartenir à un genre qui, dans certains pays, ne doit pas être touché pendant les règles. Alors oui, je suis à fleur de peau mais des mains attentionnées et aimantes seront acceptées. Je ne demande qu’à être apprivoisée. Aujourd’hui si je me cache ce n’est plus parce que j’ai honte mais pour apprécier pleinement ma nature. J’accepte d’être une FEMME et je comprends enfin qu’il ne faut pas nécessairement souffrir pour être belle…et heureuse.

 

Quand il s’écoule de moi,

Le sang tout en bas,

Je vois la vie en rouge.

Je n’ai plus le cœur lourd

Mais je suis pleine d’amour,

Et ça me fait quelque chose.

Ondes sensibles

La FIV c’est chic 

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Un bout de temps que j’en avais pas parlé… Et en discutant avec une amie on s’est fait la réflexion que cette pratique touchait de plus en plus de nos copains. Par contre, c’est toujours murmuré, soufflé du bout des lèvres, certains ont le rouge qui montent aux joues comme s’ils avaient fait une bêtise. Moi même j’avais ressenti cette injustice : « pourquoi moi ? », cette frustration de ne pas être « comme tout le monde ». Alors, il faut savoir qu’aujourd’hui 1 couple sur 10 a besoin de la procréation médicalement assistée. Donc on n’est pas si marginaux ! J’ai raconté mon expérience dans PMA quoi ?! mais je n’avais pas parlé de l’avant. Quand on vous dit : « bon, va falloir accepter la situation et vous faire aider ». C’est vrai qu’on se doutait que quelque chose clochait car faut dire qu’on mettait vraiment du coeur à l’ouvrage si je puis dire ! Ma première réaction a été : « jamais d’la vie », « ça, c’est pas pour moi », « ils doivent se tromper », « ah ces médecins qui veulent tout contrôler »…vous voyez le tableau !? Et puis, je me suis calmée, j’ai fait une réunion avec moi-même et j’ai fini par accepter. A partir de ce moment-là, j’ai fait confiance au corps médical, j’ ai attrapé la main qu’on me tendait même si elle était recouverte de latex. Puis, j’ai regardé C’est pas sorcier sur la fécondation in vitro et ça m’a rassurée. Évidemment, ça n’a pas été Disneyland non plus, faut pas se leurrer. J’ai gratté mon tatouage « garantie sans OGM » et je me suis shootée aux hormones, j’ai jamais testé les drogues dures (jte jure papa!) mais j’imagine que c’est un peu pareil : des sniff et des piqûres. Une bonne défonce pour un ptit Alphonse. Je flottais, à la fois hyper excitée et complètement lessivée du style un paresseux en rut. Pour me motiver, j’imaginais que je m’injectais des feux d’artifices colorés et ça marchait. Le tout est de penser au sens de tout ça. D’accord, j’aurais voulu être enceinte après quelques galipettes et sans éprouvette mais au moins je pouvais arrêter de faire le poirier après chaque coït ! Faut-il s’inquiéter que tant de couples doivent consulter ? Y a-t-il une conspiration pour le contrôle des naissances ? Est-ce que les gens sont trop paniqués et ont besoin d’être accompagnés même pour niquer ? Y a matière à discussion. En attendant, j’ai des copines lesbiennes qui ont deux beaux enfants grâce à la science et plein de copains hétéros qui ont vite oublié le long parcours des infertiles en voyant leur enfant naître. Non, ce ne sont pas des bébés-robots, ils sont comme les autres. Certains disent même qu’ils sont en meilleure santé que ceux conçus naturellement, d’autres qu’ils ont été encore plus désirés. Ben ouais c’est vrai qu’en plusieurs mois voire années de PMA, on a 1 000 fois le temps de changer d’avis ! Alors, aujourd’hui, même si mon projet a évolué, j’ai envie de chanter que « la FIV , c’est chic ! » et d’encourager tous les futurs parents qui passent par là car le plus important est le désir de transmettre la vie. Bravo les copains ! Et n’oubliez pas d’écouter Radio Fiv, la radio qui détend les ovaires…

 

Ondes sensibles

I like to move it, move it

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A lire
C’est le moment de bouger. C’est drôle comme « je déménage » tient en peu de mot. Faut voir tout ce qui se cache derrière : débrancher, emballer, scotcher, porter, déballer, peser, attacher, porter, envoyer, payer, vendre, donner, jeter. C’est souvent considéré comme une corvée mais c’est aussi l’occasion de faire du tri. Je m’en tire pour 120 kg, on peut estimer que c’est une broutille mais moi j’ai plutôt l’impression d’avoir des brouettées. Direction l’aéroport, je connais bien ! J’ai du faire une bonne quinzaine de vols en 5 ans, j’en suis pas très fière. Promis, Pierre Rabhi, je vais me racheter ! Je laisse échapper des larmes comme quand on lâche du lest pour que la montgolfière prenne de la hauteur. Un dernier coup d’œil à cette terre finlandaise que je quitte. J’essaie de dormir mais ma voisine à gauche me glisse sur l’épaule. J’accepte son laisser aller, elle dort profondément elle au moins. Par contre, je sens des coups réguliers
dans mon dos, j’imagine la cousine d’Adriana Karembeu qui ne sait pas quoi faire de ses jambes ou une femme enceinte de huit mois de triplés…à vocation précoce de footballeurs. Et puis, il y a régulièrement une annonce criante qui nous indique ce qu’on survole c’est sympa mais au dessus des nuages ça nous fait une belle jambe ! Ou encore, il y a le service à bord comme ils disent avec la délicieuse tablette de chocolat au modique prix de 10€. Même en Finlande c’est 3 fois moins cher ! Et puis il y a toujours des produits étonnants genre la dernière eau de toilette Versace. Qui achète du parfum dans un avion sérieux ?! J’imagine les passagers vaporiser à tour de rôle comme chez Sephora. Sûr que ca créerait un crash olfactif. Au moins, ça compenserait les odeurs de pieds, de transpiration et de pet ! Et puis franchement je me demande qui choisit de voler en low cost, où on n’a même pas droit à un verre d’eau, et achèterait du parfum de luxe ! Bref, je peux définitivement pas dormir mais heureusement ils nous passent des vidéos plutôt sympas, des courts métrages rigolos, les classiques Tom et Jerry et même des tutos où un genre de monsieur propre nous explique comment fabriquer un crocodile avec une vieille boîte à pizzas…la brillante idée pour compenser notre taxe carbone tiens ! De la récup… C’est vraiment classe. Et puis j’ai droit à un magnifique coucher de soleil, j’ai bien fait de batailler pour le hublot. Atterrissage puis 4h d’attente à Helsinki. Les aéroports c’est vraiment des lieux curieux, genre l’univers à échelle réduite. On y parle toutes les langues, des gens en doudounes côtoient d’autres en shorts et tongs. Certains boivent des pintes pendant que d’autres errent à moitié endormis. Un temple de la consommation où tout le monde se plaint des prix exorbitants mais achète néanmoins ! Moult émotions se fondent : l’excitation du voyage, la tristesse d’une séparation, l’impatience de retrouvailles. Moi je les ressens toutes à la fois, j’ai l’impression d’avoir traversé tous les fuseaux horaires ces dernières semaines. J’arpente les couloirs pour détendre mes jambes et je glisse tel un fantôme parmi les voyageurs. Vient l’heure de se diriger vers le comptoir pour Paris : je sens la joie des jeunes couples impatients de gravir les marches de Montmartre et de faire l’amour à l’Auberge des Deux Magots. Il y a aussi les familles nombreuses euphoriques qui seront à Disneyland demain. Je me sens blasée voire agacée. Moi j’y ferai que passer, comme des centaines d’autres fois. Je suis peut être jalouse de leur réjouissance car je n’ai plus d’énergie pour m’émerveiller. Trois heures plus tard, je récupère mes bagages, à contre cœur faut l’avouer, j’aurais presque préféré qu’ils les perdent, mes cernes pèsent assez lourd déjà ! Je franchis la ligne d’arrivée et je les envie tous ceux qui ont un comité d’accueil joyeux, ceux qui se font embrasser, j’aurais même dit oui à un collier de fleurs, une horde de copains/parents qui se précipiterait pour m’empêcher de m’écrouler. Mais non personne pour moi, ceci dit, j’ai encore laisser entendre que je me débrouillerai, donc à quoi je m’attendais ? De toutes façons, j’aurai pas eu de force pour répondre aux attentes de chacun donc c’est mieux d’être seule. Allez encore quelques efforts, bientôt je pourrai dormir tout mon soûl, me réparer en rêvant, puis me réveiller toute puissante pour commencer ma nouvelle vie. Allez, allez, allez !
Ondes sensibles

Allez à « trois », tu souffles…

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J’ai trois ans et ma vie de fille unique vient de basculer avec l’arrivée d’une petite sœur. Toutes ces dernières années, j’ai été adorée telle une déesse, bisée, câlinée, portée, consolée, écoutée… Il est temps de laisser la place à ce beau bébé. Ceci dit, je trouve ce nouveau rôle de grande sœur très chouette. Ça me plaît de jouer à la maman. Je deviens « grande » et « responsable ». Après tout, être la seule c’était pas si marrant. Et puis, ils vont enfin tous arrêter de m´oppresser !

3 + 3

J’ai 6 ans, encore si petite mais tellement sérieuse. Pas étonnant, un grand garçon m’a volé mon enfance. Je jouais tranquillement et il a osé toucher ce qui ne lui appartenait pas. Il a franchi la limite qui me marquera à jamais. « Il ne s’est peut-être pas rendu compte, à 12 ans on est encore un enfant ». Oui et bien moi je ne le suis plus désormais, j’ai sauté des étapes, involontairement. Ni enfant, ni adulte… Je suis quoi maintenant ?

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Une femme, je suis une femme ! J’en ai vu, bavé, testé, goûté, choisi, aimé. Je suis pleine d’expériences et de vies. Je prends la petite de trois ans dans mes bras et celle de six par la main et je leur parle. Je les embrasse, les félicite et les rassure et puis j´invite aussi l´ado complexée, la jeune fille excitée, la trentenaire névrosée et je leur dis : « regardez ce que vous êtes devenue les filles, ça valait le coup ! ». Une année de plus… Qu’est-ce que ça veut dire ? Certaines semblent si longues et ennuyeuses, et d’autres sont à elles seules une révolution qu’on prépare habituellement pendant des décennies. Je refuse d’être figée dans le temps ou dans une catégorie car j’ai tous les âges.

Le lendemain d’une nuit blanche, j’ai 78 ans.

Quand je souris pour rien, j’ai 6 mois.

Quand j’escalade l’arbre, j’ai 9 ans.

Quand je tombe amoureuse, j’ai 17 ans.

Quand je signe un crédit, j’ai 46 ans.

Quand je titube, j’ai 10 mois.

Quand je pleure la nuit, j’ai 4 ans.

Quand j´ai soif d´aventures, j´ai 21 ans.

Quand je vis intensément, c’est maintenant.

Ondes sensibles

Je t´aime…moi non plus (suite)

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À lire

Oui bon c’est joli les beaux discours mais ça vaut pas une bonne descente. Est-ce que si je reste allongée sur le sol ça m’évitera de tomber trop bas ? Inspire, expire. Sens ton corps là, et ouais même si ça fait mal comme un doigt dans la porte ou quand on percute un poteau. Il paraît qu’il faut ressentir la douleur pour qu’elle puisse mieux se dissiper. Euh dites…ça dure longtemps ? Bon parce que finalement ça faisait moins mal de se voiler la face. « Rupture » rien que le mot blesse, ça fait penser à rature, griffure, raclure, enflure… Comment on passe du statut d’être aimé à celui de plus aimé ? Qu’est ce que ça veut dire d’ailleurs « ne plus aimer » ? Ne plus me regarder l’air béat ? Ne plus bander pour moi ? Ne plus supporter mes pets ? Et d’ailleurs « aimer » ça veut dire quoi en vrai ? Ouh la la je sens poindre un mal de crâne. J’ai la tête qui éclate, j´voudrais seulement dormir, m´étendre sur l´asphalte et me laisser mourir… Eh non quand même pas hein, tiens je vais remplir ma machine à laver, c’est facile ça, le lave-linge ne me dira pas « euh stop, ôte tes pattes de là car dorénavant je ne t’aime plus », je me soucie de mon hygiène, je ne suis pas en train de devenir folle alors ! Oh je suis encore capable de plier tes caleçons rayés…mais d’ailleurs c’est pas un peu bizarre ça ? Mon côté punk s’insurge : « déchire ces maudits slips, qu’il aille griller son petit cul en enfer » mais mon côté fleur bleue réplique « allons, c’est la dernière fois que tu fais ça donc apprécie, un pli par ci, un pli par là et je fais des ptits tas ». J´ai essayé plein de trucs en -tion : relaxation, natation, masturbation, action, potion, méditation… Pourquoi ça passe pas ? J’ai pourtant mangé de la glace à même le pot devant Nuits blanches à Seattle en pleurant toutes les larmes de mon corps, j’ai couru comme une dératée sous la pluie battante, j’ai arraché les photos de nos murs, j’ai tout mangé le chocolat et tout vidé le rhum cubain, j´ai même braillé « Ne me quitte pas » au karaoké…j’ai même essuyé quelques insomnies moi qui suis une vraie marmotte, ne mériterais-je pas un peu de répit ? Ben 4 ans de relation, 867 coït, 1634 regards complices, 11 318 km parcourus côte a côte, 912 « je t’aime » ça guérit pas en 2 semaines, tu crois quoi ? C’est pas ton iPhone à re paramétrer. Bon ok, je retourne m’allonger sur le sol en attendant que ça passe.

Ondes sensibles

Je t´aime…moi non plus

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« Donner de l’amour, c’est vouloir donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » Jacques Lacan

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« Ça y est la fête est finie » comme disait la chanson, sauf que là c´est pas les amis qui sont partis… Oui la tempête dure depuis longtemps, elle est souvent harassante, nous bringuebale dans tous les sens, nous fait perdre le nord mais parfois il y a des éclaircies, des trouées d´espoir à travers les nuages menaçants. Pourquoi je me sens si abandonnée moi qui clame haut et fort que je suis une femme libre ? Je suis celle qui conseille à toutes de quitter celui qui plombe leur joie de vivre…c´est l´hôpital qui se fout de la charité. Je voulais de l´exotisme mais je souffre de me trouver face à un étranger. Je me targuais de te connaître par coeur mais je me sens arroseuse-arrosée. Oui, j´aime les surprises mais celle-ci j´ai du mal à la digérer.  Qu´est-ce qui fait si mal ? Que tu aies le culot de ne plus me désirer ?  Que notre vie confortable soit bousculée ? Les techniciens viennent désormais retirer le filet de sécurité alors que l´acrobate vacille. J´te comprends, elle est pas sexy Jacqueline…mais c’est pour de faux, tu sais ?! Je voulais être la sorcière bien-aimée qui te sort du côté obscur de la force. Quand tu m’as dit « je suis infirmier », j’ai sûrement songé que tu m’aiderais à mieux panser mes plaies. Mais on n´était pas là pour se soigner. Finalement, qu´est-ce qui fait durer un couple ? Une rencontre digne d´un film ? une bague au doigt ? un projet d´enfant ? un bien immobile ? « Faits l´un pour l´autre »…qu´est-ce que ça veut dire ?  Est-ce que c´est le regard ému et admiratif des copains ou des albums photos colorés qui nous rassurent ? Le couple c´est comme un feu qu´on entretient. Qui parfois presque s´éteint, un feu de joie comme à la St Jean, quelques braises qui crépitent après un feu de camp. C´est quelque chose qui réchauffe et réconforte mais qui fait aussi peur et peut être dangereux. Tu as emmuré la cheminée et il subsiste juste des cendres encore tièdes. Il aurait suffi de peu pour que les flammes repartent. Mais tu sembles à bout de souffle comme le loup dans Les trois petits cochons. Colère, impuissance, amertume, incompréhension, déception, tristesse me traversent…et puis l´ épuisement. C´est quand tu me quittes que je réalise à quel point on était deux. Et plus même parce que soudain accourent nos proches plein de tristesse et de larmes. On ravale les nôtres et on essuie les leurs. Quand un couple se sépare, ça agit par capillarités, comme l´arbre abattu dont le tronc hurle et les racines gémissent.  Je ne les blâme pas, ils se réjouissaient tellement, probablement rassurés de nous voir nous caser, tranquillisés de nous déposer sur les rails d´une vie rangée. Ils pouvaient enfin se reposer qu´on entre, main dans la main, dans une vie adulte et, sûrement, se décharger un peu de la responsabilité du bonheur de leur enfant. Ce gendre adorable la comblera, cette belle-fille souriante le transportera, ouf ! Je les comprends même si je n´ai pas d´enfant. Ah oui d´ailleurs, on y était presque…mais c´est vrai qu´il faut des futurs parents bouillonnants d´amour pour transformer des Mister Freeze en petits d´hommes. Je suis donc seule à présent. J´ai des frissons mais je dois accepter de laisser s´envoler la couverture. J´ai essayé, rattrapé, recousu, caressé, porté, aimé, écouté, rassuré…il est temps de me bercer. La rupture griffe, tranche, étrangle comme si une partie de moi m´était retirée. Mais je suis toujours vivante. La preuve je hurle, je cours, je danse, je ris aux éclats et j´éclate en sanglots. Le roseau plie mais ne rompt pas, contrairement à toi. Je me réjouis dans la tourmente de m´aimer car après ton départ, c´est bien de pouvoir ramasser calmement les morceaux pour les recoller. Je ne t´en veux (presque) pas. Tu as le mérite d´être honnête. Tu ne choisis pas de te gaver de télé pour ramollir tes idées et accepter une vie qui ne te fait pas vibrer. J´admire les gens qui ont du cran, même si dans ton cas, j´aurais préféré qu´il soit ma sûreté. Je choisis d´accepter, de te laisser aller parce que tu ne m´appartiens pas. Et parce que je décide de ne pas en baver plus que de raison. Je suis même cap´de te remercier pour tout ce que tu m´as fait découvrir et de souhaiter d´être heureux. Une page est en train de se tourner. J´en profite pour faire le point, me faire du bien. Et puis dans l´obscurité, des tas de faisceaux s´allument, des gens bienveillants me prennent la main, je mesure le sens du mot solidarité. Je sais que des tas d´autres sont passés par ces épreuves, j´arrête de me croire damnée. Je ne me sens plus si seule. En parler avec d´autres, ça m´apaise. Tiens, eux aussi ? Alors qu´ils rayonnaient sur leurs photos de lune de miel le mois dernier ? Facebook et Photoshop seraient de mèche ?! Bref, je ne suis pas la première et, avec ou sans toi, j´ai la vie devant moi.